Tunisie : « Les cas de torture ne sont pas une exception »

La pratique de la torture et des mauvais traitements reste courante en Tunisie. De nombreuses associations, comme des avocats et des citoyens dénoncent régulièrement ces pratiques. Les autorités semblent peiner à changer les habitudes. Le rapporteur des Nations Unies, Juan E. Méndez était présent à Tunis pour faire le suivi des recommandations faites sur cette question en 2012.

Un détenu dans la prison de Sfax. Crédit image : HRW 2013

Trois ans après sa première visite en Tunisie le rapporteur des Nations Unies sur la torture, Juan E. Méndez, était de retour à Tunis pendant 3 jours, dans le cadre du suivi des recommandations formulées en 2012 contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants. Lors d’une conférence de presse, qui a eu lieu vendredi 6 juin, il a fait par de son avis mitigé sur l’évolution de la situation.

Il a d’abord souligné les avancées qu’il a pu noter depuis sa dernière visite comme la création de mécanismes de prévention de la torture et la mise en place de la commission vérité et dignité.

Mais il a noté que même si il existe une volonté affichée de la part des autorités de lutter contre la torture et les mauvais traitements, les actes ne suivent pas assez rapidement. La justice transitionnelle et la lutte contre l’impunité ne semblent toujours pas être des priorités. Les réformes institutionnelles traînent. Il n’y a eu que très peu de procès d’auteurs de mauvais traitements, malgré les nombreuses plaintes des citoyens. Les cas de mauvais traitements restent fréquents.

Les cas de torture ne sont pas l’exception, contrairement à ce que dit le gouvernement

a expliqué M. Méndez.

Le rapporteur spécial des Nations Unies a noté que la situation actuelle pouvait permettre aux politiques comme à la société civile, qui avaient fait bonne accueil de ses recommandations en 2012, de mettre en place un réel changement.

Il est important, selon lui, d’améliorer les conditions de détention des détenus. La surpopulation carcérale, l’absence de personnel médical (1 docteur et 1 infirmière pour 1000 détenus), les conditions d’hygiène déplorables sont autant de mauvais traitement infligés aux détenus :

Ce n’est pas parce que l’on est privé de sa liberté de mouvement que l’on doit se voir retirer sa dignité humaine

a-t-il déclaré.

M. Méndez a souligné la nécessite de modifier le Code de procédure pénal ainsi que les peines de prison. Ainsi il lui semble important de réviser l’application de l’emprisonnement préventif, de la liberté conditionnelle ou de l’enfermement pour consommation de stupéfiant. Il a également expliqué qu’il est important de mettre la garde à vue en accord avec les normes internationales.

La garde à vue doit rester l’exception et ne doit pas être systématique

a-t-il ajouté.

En 2011 l’accent avait été mis sur trois points particuliers : les mauvais traitements sous le régime Ben Ali, les abus commis lors de la révolution et des premiers mois du gouvernement transitoire et les mécanismes à mettre en oeuvre pour lutter contre ces pratiques dans le futur.

Le 26 juin prochain, pour la journée mondiale de lutte contre la torture, le bureau de Tunis de l’Organisation Mondiale Contre la Torture, avec une quinzaine d’associations, organisera différents événements en Tunisie afin de sensibiliser la population à cette question. Un point de sensibilisation sera mis en place au centre ville à Tunis. Dans différentes villes du pays des marches seront organisées en direction de lieux symboliques où la torture était pratiquée, comme l’ancienne prison du 9 avril à Tunis. Enfin un film documentaire sur l’affaire Baraket Essahel sera organisé dans plusieurs centre culturels du pays.

Sana Sbouai

Vox in Box : Pousser les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales

Alors que les partis politiques continuent de parlementer sur l’organisation simultanée des élections législatives et présidentielles, la société civile s’active. Le regroupement Lam Echaml se lance dans la sensibilisation des citoyens à l’inscription sur les listes électorales avec le projet « Vox in Box ».

En 2011 Lam Echaml, regroupement d’associations qui œuvre pour une Tunisie démocratique, avait organisé des caravanes en région pour inviter les citoyens à s’inscrire sur les listes électorale. Fort de son expérience Lam Echaml se lance à nouveau dans l’aventure, mais via un projet plus vaste.

Nous avons accumulé de l’expertise en octobre 2011 avec les caravanes à l’époque. Nous avons voulu faire la même chose et plus. Nous allons reprendre la campagne de sensibilisation citoyenne. Vox in Box est une campagne de sensibilisation qui prend trois formes. Il y a d’abord la sensibilisation de proximité. On reprend comme en 2011 avec des actions dans la rue, la distribution de flyers… La deuxième étape c’est : les Conseils citoyens dans les souks ruraux. Les jeunes vont se balader dans les souks et les villages et rencontrer les personnes de référence, pour qu’elles-mêmes sensibilisent les gens et les contactent. Ce sont des relais de sensibilisation des activités. La dernière forme d’action est une plateforme web sur laquelle on trouve des informations, des illustrations pour pousser les gens à s’inscrire et une carte de la Tunisie pour trouver la liste des bureaux d’inscription.

explique le président de Lam Echaml, Moncef Ben Slimane.

Les actions de sensibilisation seront menées dans 6 régions du pays, plus d’une centaine d’éducateurs civiques seront formés et la plateforme Voxinbox.tn doit rapidement voir le jour.

Une fois l’étape des inscriptions sur les listes électorales passées, Lam Echaml passera l’autre étape : l’observation des élections.

Sana Sbouai

Liberté d’expression en Tunisie : « On ne peut pas contrôler une menace mais on peut l’éviter. »

La liberté d’expression garantie en Tunisie? Pas si sûre à en croire les acteurs de la société civile réunis lors d’une journée de réflexion à Tunis. Si cette liberté est inscrite dans la Constitution les attaques contre elle restent fréquentes. Article 19, le Syndicat National des Journalistes, l’Observatoire tunisien de l’indépendance de la magistrature et le réseau Euromed ont organisé une journée de discussion à Tunis La protection de la liberté d’expression et l’impunité en Tunisie, pour essayer de mettre en place des mécanismes de défense.

Selon la Consitution tunisienne adoptée en janvier 2014 :

Article 31
Les libertés d’opinion, de pensée, d’expression, d’information et de publication sont garanties.

Dans les faits la situation est différente, comme le souligne Ramy Salhi, directeur du bureau tunisien de l’organisation Euromed : « Malgré le fait que la liberté d’expression soit inscrite dans la Constitution : il y a encore des attaques pour réprimer cette liberté. » Et ces attaques sont aussi bien visibles sur le terrain que dans les textes pour lui :  » Si on veut encadrer la liberté d’expression il faut le faire suivant des standards internationaux. Or nous observons qu’il y a plutôt une tendance à l’encadrer pour l’écraser. »

Pour contrer ces attaques les organisations présentes souhaitent mettre en place une stratégie, comme l’explique Saloua Ghazouani, directrice du bureau de l’ONG Article 19 à Tunis. « Aujourd’hui nous traitons de la protection des journalistes et des défenseurs des droits humains en nous concentrant sur la lutte contre l’impunité. C’est une garantie pour les protéger. L’impunité est un fait récurrent et nous avons voulu interroger le rôle de la magistrature, le rôle des journalistes, de la société civile… Nous espérons que cette interaction donnera naissance à une stratégie commune. »

De son côté Zied Dabbar, journaliste fraîchement élu au bureau du SNJT propose une action concrète : « Tout le monde dresse le constat des attaques contre la liberté d’expression. Le SNJT a décidé d’agir en réfléchissant à la création d’un centre national pour la sécurité des journalistes. Il s’agira de mener des actions préventives et correctives. On ne peut pas contrôler une menace mais on peut l’éviter. Il s’agira donc d’oeuvre à la détection des menaces; à la formation des journalistes pour qu’ils apprennent à se protéger et à l’instauration d’un volet juridique avec la mise en place d’un groupe d’avocat. »

Sana Sbouai

Azyz Amami en prison : La mobilisation ne faiblit pas

La mobilisation continue pour faire libérer Azyz Amami, blogueur et activiste et son ami Sabri Ben Mlouka, tous deux arrêtés pour « détention et consommation de cannabis », il y a dix jours. Dans la rue, sur le net et dans les salles de cinéma les citoyens et militants continuent la bataille.

Alors que le blogueur et activiste Azyz Amami, ainsi que son ami Sabri Ben Mlouka, arrêtés dans la nuit du 12 au 13 mai dernier, comparaissent aujourd’hui au Tribunal de Tunis, la mobilisation continue. Des militants ainsi que des citoyens se sont retrouvés devant le palais de justice, tôt ce matin.

Une mobilisation importante du fait de la portée politique de ce procés, pour Thameur Mekki, journaliste et activiste :

Ce procès contre Azyz est clairement politique. Cet acharnement policier et judiciaire contre les militants indépendants va à l’encontre du processus d’évolution des libertés et des droits individuels. Cela constitue un tournant très dangereux. La police reprend ses anciennes méthodes, qui visent à souiller la réputation et l’éthique des militants. Cela rappelle l’époque de Ben Ali où l’on pouvait voir dans la presse des articles parlant d’affaires de mœurs impliquant des activistes.

Mobilisation culturelle

Pendant trois jours quatre salles de cinéma ont diffusé gratuitement le film Wled Ammar qui parle des activistes qui ont lutté contre la censure sur le net à l’époque de Ben Ali et dans lequel Azyz Amami témoigne de son engagement à faire aboutir le processus révolutionnaire. Pour Thameur Mekki le fait qu’un nouveau corps de métier se soit solidarisé à la cause est positif : « Il y a une forte portée symbolique et cela montre que l’affaire d’Azyz a un intérêt national. Ici les distributeurs du film, les producteurs, ainsi que les gérants des salles ont voulu marquer leur soutien. Il y a donc l’adhésion d’un nouveau corps professionnel. Après les avocats, les journalistes, le cinéma. »

Pétition sur le net

Sur le site Change.org une pétition a été mise en place. Adressée au Premier ministre tunisien, elle l’invite à libérer tous les jeunes de la révolution. Elle a été mise en ligne le 17 mai dernier et a récolté, pour l’heure, quelques 3000 signatures.

Sana Sbouai

Tunisie- Pèlerinage de la Ghriba à Djerba

Le pèlerinage annuel de la Ghriba, à l’occasion de la fête juive de Lag Ba’omer , a lieu jusqu’à dimanche sur l’île de Djerba. Comme chaque année depuis la révolution il a lieu sous haute surveillance policière et dans un contexte politique particulier : il y a quelques jours la ministre du tourisme devait s’expliquer suite à une motion de censure à son encontre, après que des touristes israéliens aient été autorisés à entrer en Tunisie.

Crédit image : Mosaique FM

Les organisateurs auraient aimé voir affluer 4000 pèlerins, pour les quelques jours de festivité du pèlerinage de la Ghriba. Puis le chiffre a été revu à la baisse. Finalement se serait quelques 2000 personnes qui se seraient déplacées.

Sous haute surveillance

Alors que cette année le pèlerinage a lieu sans que le pays soit en état d’urgence, l’accent a encore une fois était mis sur la sécurité. Cette année encore de nombreux membres des forces de l’ordre ont été déployés autour du site de la Ghriba, pour assurer le bon déroulement du pèlerinage. Le ministre de l’intérieur a même fait le déplacement en début de semaine a Djerba

L’affaire de la ministre du tourisme

Il y a quelques jours la bien connue ministre du tourisme, Amel Karboul, s’expliquait devant l’ANC, suite à une motion de censure à son encontre. Il lui était reproché l’entrée sur le territoire tunisien de ressortissants israéliens. La polémique autour de la normalisation des relations avec l’Etat d’Israel a eu un impact direct sur l’affluence, a expliqué Peres Trabelsi, représentant de la communauté juive de Djerba. Celle-ci aurait effrayé certains pèlerins, venant de l’étranger, qui ont préféré ne pas faire le déplacement.

Sana Sbouai

Azyz Amami, blogueur et défenseur des droits de l’homme, est en prison

Le blogueur et défenseur des droits de l’homme Azyz Amami a été arrêté dans la nuit de lundi à mardi, dans une ville de la banlieue proche de Tunis, pour détention de cannabis d’après les dires des autorités. Pour les militants des droits de l’homme en Tunisie il s’agit en réalité d’une arrestation qui vise à faire taire Azyz Amami, virulent critique du système et des autorités en Tunisie.

Devant le Palais de Justice de Tunis. Crédit image : Stefano Pontiggia

La nouvelle s’est propagée rapidement sur les réseaux sociaux dans la nuit de lundi et après quelques minutes seulement on pouvait lire des messages de soutien adressés à Azyz Amami et à ses proches. L’arrestation qui a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, aurait été accompagnée de violence. Le père de Azyz, qui a pu lui rendre visite, rapporte que son fils porte des traces de coups.

Azyz Amami, ferveur défenseur des droits de l’homme en Tunisie, s’élève toujours contre la répression policière et dénonce régulièrement les dérapages, ce qui lui vaut de ne pas être apprécié par les autorités tunisiennes. Par ailleurs en avril dernier il lancait une campagne intitulée « Moi aussi j’ai incendié un poste de police » en réaction aux décisions de justice rendues dans les procès des martyrs et des blessés de la révolution.

Le dessinateur -Z- illustre bien ce fait à travers une publication postée mardi 13 mai et qui porte la mention ACAB, très répandue en Tunisie (All Cops Are Bastards) :

Dés mardi la société civile commençait à s’organiser pour obtenir le plus rapidement possible la libération du blogueur. Dans la soirée une réunion avait lieu dans un théâtre de Tunis.

L’arrestation de Azyz Amami soulève deux points différents.

Il est d’abord question des peines encourues pour détention et consommation de cannabis. Selon la loi 52, un consommateur encourt un an de détention et plus de 1000 dinars d’amende. Depuis la révolution il y a tentative d’amorcer un débat sur la dépénalisation de la consommation. Le directeur général des prisons lui-même appelle à réfléchir sur la question : trop de jeunes se retrouvent enfermés pour ce motif.

En mars 2014 le collectif citoyen Al Sajine 52 lancé une campagne pour la dépénalisation, suite aux nombreux emprisonnements de rappeurs, de réalisateurs de films et d’artistes engagés contre le système en place en Tunisie.

En réalité cette loi semble avant tout être utilisée pour réprimer tout esprit subversif. Loin d’une approche de réinsertion sociale, si tant est qu’elle soit nécessaire, la loi 52 permet, aujourd’hui comme avant la révolution, d’écarter pour un temps, des individus qui questionnent le système en place.

Cette idée est renforcée par le deuxième point soulevé par l’arrestation d’Azyz Amami : les conditions de l’arrestation et de la garde à vue. Azyz Amami aurait été victime de violence policière. Un acte qui a indigné les militants des droits de l’homme mais qui n’étonne personne. Les habitudes policières n’ont pas encore changé en Tunisie. Le père de Azyz Amami a écrit au Procureur de la République pour exiger que son fils bénéficie d’une visite médicale, comme le permet la loi.

Edgar Morin apporte son soutien

Au soutien de la scène tunisienne est en train de s’ajouter un soutien international, destiné à faire pression sur les autorités tunisiennes afin de faire libérer Azyz Amami au plus vite. Ainsi le sociologue et philosophe français, Edgar Morin, à qui Azyz Amami avait adressé une lettre ouverte sur le site de Rue 89, vient d’appeler à la libération du blogueur sur le même site.

Azyz Amami avait été arrêté lors de la période de la révolution en 2011. Il avait également était victime de violence policière en septembre 2011 suite à une réflexion faite à des agents des forces de l’ordre.

Sana Sbouai

Tunisie : Des élections en 2014 ?

Le premier ministre se veut rassurant : les élections auront lieu en 2014, comme mentionné dans la Constitution. Un pari risqué s’il l’on prend en compte toutes les polémiques autour de l’organisations des élections.

Mur d'affichage des listes à Tunis en octobre 2011- Crédit image : Sana Sbouai

Le code électoral

Il y a d’abord le code électoral, jugé bancal par de nombreux observateurs. Il aurait été taillé sur mesure pour les parlementaires sortants. Mais avant même d’analyser le fond le nombre de voix en sa faveur montre un désaccord de députés : 132 voix pour, sur les 217 que compte l’ANC. Par ailleurs ce jeudi 1er une soixantaine de députés étaient absents.

L’article 167 qui proposait l’exclusion des anciens responsables du parti de Ben Ali n’a pas été voté. Un rejet qui a provoqué un tollé au sein de la société tunisienne, mais à propos duquel des accords politiques semblent avoir eu lieu.

ISIE et IRIE

Il y a ensuite la question de l’organisation : l’Instance Supérieure Indépendante des Elections, mise en place il ya peu de temps et entrain de recruter du personnel pour ses bureaux régionaux. Une administration qui va devoir se mettre en place dans un temps record. Pour s’éviter les écueils d’organisations auxquels l’ancienne instance avait dû faire face lors de l’élection d’octobre 2011, la nouvelle instance a décidé de faire coopérer la société civile, qui travaille sur les élections depuis deux ans et demi maintenant.

Législatives et présidentielles : quel timing ?

La campagne électorale n’a pas encore commencé que les partis sont déjà en train de se tirer la bourre, s’appliquant à marquer leur position divergente. Les élections législatives et présidentielles doivent-elles être organisées au même temps ou séparément ? Les points de vue divergent, les arguments avec. Là où tous se retrouvent c’est sur la volonté d’essayer de tourner la situation à leur avantage. Certains partis préféreraient des élections séparées, afin de bénéficier de possibles retombées. D’autres préfèrent jouer sur l’amalgame, prétextant des économies de budget.

Sana Sbouai

« Tunis Capitale de la Danse » du 1er au 4 mai

Du 1er au 4 mai Tunis accueille des artistes danseurs et chorégraphes de toute l’Afrique, pour la 13éme édition du festival Tunis Capitale de la Danse, Pour une Afrique qui danse.

« Rendez-vous sous le pont, boulevard de l’indépendance, pour danser, si la police ne nous en empêche pas ! » plaisante dans le micro Sihem Belkhojda, danseuse et chorégraphe tunisienne qui s’occupe de l’événement Tunis Capitale de la Danse , alors que les spectateurs quittent la salle à la fin du spectacle d’ouverture du festival.

La 13éme édition du festival a débuté jeudi 1er mai en pleine rue. Devant la salle de cinéma Le Mondiale au cœur du centre ville de Tunis, des danseurs venus de toute l’Afrique, ont commencé à danser. Les spectateurs, venus assister à l’ouverture du festival, les ont timidement accompagnés au début, puis les passants et les riverains se sont joints au mouvement. Faire de la rue une scène, pour autre chose qu’un combat politique, fonctionne bien et la danse attire facilement le public.

Pour l’ouverture deux chorégraphies étaient présentées au Mondial, puis le public était invité à assister à une nouvelle performance dans la rue, avant que deux autres spectacles soient présentés, au Rio et au 4éme art, dont Trans(e), du danseur Algéro-tunisien Ahmed Khemis :

Pendant 4 jours des artistes de tout le continent se retrouvent pour danser ensemble. L’initiative, organisée par l’association Ness el Fen est placée cette année sous le signe du « Dialogue entre les danses. »

Des spectacles sont organisés jusqu’à dimanche.

Sana Sbouai

A Contre Courant, un film pour parler des morts en Méditerranée

En juillet 2012 un équipage de militants des Droits de l’homme embarque pour un périple qui les mènera de Toscane en Sicile, en passant par la Tunisie et Lampedusa. Pas d’excursion touristique ici mais une action militante, menée par Boats 4 People, une coalition internationale, pour parler des migrants morts en mer, de la politique européenne migratoire et de ses conséquences. A chaque escale des rencontres ont lieu. Le film A Contre Courant, dont le DVD est disponible dés maintenant, raconte ce voyage. Nicanor Haon, coordinateur du projet Boats 4 People, qui a longtemps travaillé en Tunisie, revient sur cette expérience.

Crédit image : Boats 4 People

Tawa Fi Tunis : Comment est née l’idée de ce film ?
Nicanor Haon :Pour la coalition Boats 4 People, il était évident que cette action devait être filmée. A la fois pour garder une trace de cette action et pour tenir des preuves que tout ce que nous faisions l’était dans la légalité. Puis nous avons eu l’idée d’en faire un film et tout de suite pensé aux réalisateurs Nathalie Loubeyre et Joël Labat qui avaient déjà réalisé un film sur les migrations à Calais intitulé « No Comment« . Ils ont immédiatement accepté de monter à bord, à la fois en tant que militants et en tant que réalisateurs et ont participé à toute la traversée.

Tawa Fi Tunis : Y avait-il une volonté de sortir des sentiers battus du militantisme, via une action différente ?
Nicanor Haon :Oui! Le but était d’avoir une action positive, au delà de la dénonciation, de rassembler des gens autour de la Méditerranée et autour du bateau, l’Holopherne. Comme le dit Marco Tibiletti, le capitaine du bateau « La mer c’est du liquide qui rassemble les peuples ». Nous avons voulu rapprocher un peu les deux rives de la Méditerranée, si proches géographiquement mais toujours divisées par autant de fils barbelés, de frontières, de drones, de bateaux de guerre, d’hélicoptères etc.

Tawa Fi Tunis : Humainement comment avez-vous vécu cette action ?
Nicanor Haon : C’est difficile à dire car vu le travail qui a été effectué en amont et pendant la traversée tout s’est passé très vite. Mais cela a été une opportunité d’interconnecter différents cercles de militants qui travaillaient sur la question sur les deux rives sans jamais se rencontrer. Le fait de se retrouver ensemble sur le terrain était une expérience forte.

Tawa Fi Tunis : Comment le public à terre a-t-accueilli l’initiative ?
Nicanor Haon : Le public à terre s’est montré très mobilisé, en Toscane, à Palerme, en Tunisie et à Lampedusa. Même sur l’île de Pantelleria, lorsque le bateau arrivait sur les rives, tout le monde se sentait concerné. C’est ce qui fait la différence avec des actions dans des villes ou à l’intérieur des terres. Avec le bateau, le public rencontré était fait de marins, de commerçants, de migrants qui vivent chaque jour les migrations entre les deux rives de la Méditerranée. Tous les événements à terre ont rassemblé énormément de monde et c’est une des plus belles réussites du projet.

Propos recueillis par Sana Sbouai

Bye bye bakchich systeme

Une table géante, des balais suspendus, un danseur sur une balançoire ou une slameuse dans un carré transparent : pendant tout un week-end les rues de Sousse ont accueilli des oeuvres d’art. C’était Bye bye bakchich syteme, une manifestation d’art contemporain dans l’espace public qui a donné à voir les oeuvres de 17 artistes originaires de Tunisie, Allemagne, Algérie, Belgique, France, Maroc et Italie. Chacun a travaillé sur la thématique de la corruption et l’a mise en scène à sa façon.

"Opération balai" de Héla Ammous. Crédit image : Sana Sbouai

A l’entrée de la place Farhat Hached les taxis s’arrêtent et les chauffeurs interpellent l’artiste : « C’est combien? » C’est combien le litre d’essence ? Patricia K. Triki est l’auteur de « Bidoun Ta3li9″, « Sans commentaire », une oeuvre qui reproduit les points de vente de carburant de contrebande, que l’on trouve partout le long des routes tunisiennes.

Bidoùn Ta3li9 de Patricia K. Triki. Crédit image Sana Sbouai

Plus loin le long du quai, Lilia Ben Romdhane slame, enfermée avec la danseuse Rim Rachidi dans un carré transparent. Toutes les deux mettent des mots et des gestes sur la corruption. Le public hésite, puis se laisse happer.

Sur la place Farhat Hached le danseur Bahri Ben Yahmed est occupé à filmer la chorégraphie « Ommi Sissi » interprétée par plusieurs jeunes danseurs. Un homme est installé sur une balançoire à laquelle quatre danseurs sont enchaînés. A la fin de la danse le dictateur est mis à terre.

Ommi Sissi de Bahri Ben Yahmed. Crédit image : Sana Sbouai

A peine plus loin « Opération balai » de Héla Ammous est une installation de balais suspendus, d’une symbolique implacable : faire le ménage dans les affaires, dans toutes les affaires, pour plus de transparence.

C’est aussi l’idée que l’on retrouve dans « Dessous-de-table » de Faten Rouissi, qui a installée une table à la taille démesurée sous laquelle s’empilent des dossiers.

"Dessous-de-table" de Faten Rouissi. Crédit image : Sana Sbouai

Au pied de la grande mosquée, dans la médibna de Sousse, des paravents en tissus blancs ont retenu l’attention des passants. Ils protégeaient des regards un conteneur, transformé en tirelire, dans lequel les habitants de la ville étaient invités à venir déposer les 10% de revenu annuel émanant de la corruption. La somme récoltée par « Du bakchich pour Lampedusa » de Barbara Holub et Paul Rajakovics a ensuite été reversée à l’association Afrique Intelligence de Sfax qui aide les migrants présents en Tunisie.

"Du bakchich pour Lampedusa" de Barbara Holub et Paul Rajakovics. Crédit image : Sana Sbouai

L’évènement a donné lieu a de nombreux échanges entre les artistes et le public.

Sana Sbouai