Tunisie – Chedli Zaïdi «la gauche doit à présent s’unir»

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Tawa fi Tunis


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Tête de liste du parti Watad à Paris, l’avocat Chedli Zaïdi a bien connu Chokri Belaïd qui était son ami. Il a fondé avec lui dans les années 80 la mouvance des patriotes démocrates devenu le parti Watad en 2011. Avant de partir à Tunis pour les funérailles de son ami, l’homme se confie. Pour lui, seul l’union de la gauche permettra une sortie de crise. A Tunis, la situation se complique avec la grève générale décrétée le vendredi 8 février.

«Je suis désolée, je prends l’avion dans peu de temps» dit Chedli Zaïdi au téléphone. On aura juste le temps d’arracher quelques mots à cet homme bouleversé par la mort d’un de ses amis les plus proches.

«Chokri et moi nous avions fait nos études ensemble à Paris 8. Nous avons même partagé le loyer pendant nos années étudiantes. Je connais très bien sa femme, son père, son frère et ses enfants.» confie-t-il la voix tremblante.

Chedli a appris la nouvelle depuis Paris où dirige la branche française du mouvement de gauche des patriotes démocrates. Ce mouvement d’extrême gauche qui appelle à une révolution nationale démocrate est parmi ceux qui défendaient le plus les revendications sociales de la révolution tunisienne. Pour Chedli, c’est ce qui a causé la mort de Chokri Belaïd :

«Il disait la vérité, il mettait les islamistes en face de leur inaction face aux demandes sociales de la révolution. Cet homme défendait les pauvres, ceux que le parti Ennahdha a oublié en accédant au pouvoir».

Hommage à Chokri Belaïd à Gabès le jeudi 7 évrier. Crédits photo: Stéphanie Pouessel

La voix de l’homme s’indigne puis se fait plus étouffée. Un moment de silence dans le combiné, il vient de voir à la télévision la femme et les enfants de son ami dit-il. «Excusez-moi je vais éteindre. Je n’en peux plus de voir ça.» Après une minute de silence, il reprend et raconte pourquoi il en veut autant aux islamistes. Selon lui, le gouvernement savait que son ami était menacé mais n’a rien fait pour le protéger. Ses paroles font écho à la veuve de Chokri Belaïd et à son frère qui a accusé nommément le parti au pouvoir d’être responsable de la mort de Chokri Belaïd.

La veuve de Chokri Belaïd, Basma.

Rached Ghannouchi, leader d’Ennahdha a nié ces accusations dans un communiqué diffusé le jour-même et a condamné les auteurs de l’opposant de gauche.

«J’en discutais souvent avec Chokri. Ici à Paris, nous n’avons jamais eu de problèmes mais en Tunisie, à chaque congrès ou meeting du Watad, la violence politique était présente. Et les dernières menaces qu’a reçues Chokri au Kef étaient bien réelles. Ce qui me choque le plus, c’est cette vidéo où l’on voit que le Ministre de l’Intérieur l’a accusé d’être derrière les évènements de Siliana. Je me souviens très bien de cette histoire, Chokri était au Maroc à ce moment là, on ne comprenait pas cet acharnement…Chokri gênait cette classe politique, voilà tout.»

La vidéo dans laquelle Ali Larrayedh s’en prend à Chokri Belaïd

Aujourd’hui, si les coupables du meurtre ont été identifiés, il est encore trop tôt pour parler d’un crime politique ou d’une quelconque culpabilité du parti Ennahdha. Mais pour les gens qui manifestent depuis deux jours à Tunis, le gouvernement est responsable de par son laxisme sur la sécurité et par le climat de violence entretenu au sein de la classe politique.

«Il y avait toutes les prémices d’un drame dans ces menaces à l’encontre de Chokri sauf que jamais on aurait pensé que ça irait jusque là.»

Aujourd’hui, le camarade de classe d’un symbole de la gauche tunisienne s’en va pour Tunis afin d’assister aux funérailles de son ami. Il ne sait pas ce qui l’attend.

«J’ai confiance dans le peuple tunisien, pour moi les milliers de gens qui ont manifesté prouvent que la Tunisie ne se laisse pas faire.»

Mais même si Chedli reprend son souffle après chaque phrase, il semble paradoxalement optimiste.

«On peut dire que la mort de Chokri a forcé la gauche tunisienne à s’unifier. J’espère qu’un vrai front va désormais se former et que les tactiques politiciennes ne prendront pas le dessus. La gauche doit s’unir s’il veut représenter une vraie alternative au pouvoir actuel.» conclue-t-il.

L’enlisement de la crise politique

En août 2012, le parti de Chokri Belaïd avait en effet suivi le pas en s’unifiant au Front populaire, autre parti historique de gauche dirigé par Hamma Hammami. Aujourd’hui, cette gauche dite «radicale» saura-t-elle s’allier avec l’autre front de l’opposition, la coalition de partis appelée Appel de la Tunisie, réunissant notamment trois partis moderniste: Al Massar, Al Joumouhri et Nida Tounes? Alors que le parti Ennahdha est plus que jamais divisé sur la ligne politique à adopter par le gouvernement, l’alternative peine aussi à se préciser.

La mort de Chokri Belaïd a fait exploser un climat politique et social tendu atour d’un remaniement ministériel qui peine à se faire mais elle a aussi mis à jour une classe politique plus que jamais déchirée et divisée. Même au sein d‘Ennahdha, la division est de mise et la décision du Premier Ministre de dissoudre le gouvernement actuel a été désavouée par son propre parti.

Le discours d’Hamadi Jebali sur la dissolution du gouvernement

 

Le gouvernement actuel saura-t-il mener une réelle enquête et une procédure judiciaire pour incriminer les coupables du meurtre de Chokri Belaïd? Agira-t-il enfin contre ces ligues de protection de la révolution qui continuent d’agir en toute impunité? Une coalition gouvernementale constituée de «technocrates apolitiques» comme l’a décidé le Premier Ministre Hamadi Jebali est-elle réellement possible quand on voit que la Troïka a mené à une impasse politique? Enfin quelle alternative l’opposition offre-t-elle et est-elle apte à gouverner? La mort de Chokri Belaïd a révélé les maux d’un pays en crise. Pas seulement une crise politique, mais une crise sociale, une crise face à un mal-être qu’on oublie encore.

«Aujourd’hui nous sommes dans une impasse politique et institutionnelle. Certes l’opposition se recompose mais la solution des technocrates n’est pas forcément la bonne. C’est une solution de sortie de crise par la petite porte. Nous avons besoin d’une vision politique et de personnes qui trouvent des solutions politiques.»

déclare Maher Tekaya de l’association de vigilance démocratique, Al Bawsala,  à Tunis.

Réunion de crise à l'Assemblée le jeudi 7 février. Crédits photos: Al Bawsala

Grève générale et violences

Du côté de l’Assemblée, le consensus peine à se faire et la surenchère politique continue. Les députés ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur  la question de soutenir ou non la décision de Hamadi Jebali.  Ils ont décidé de faire front commun pour assurer leur légitimité.  Le député nahdhaoui Sahbi Aatig s’est dit contre la dissolution mais a mis en avant l’idée d’un front parlementaire. Certains députés de la troïka comme Samia Abou du CPR ont soutenu la décision de Hamadi Jebali, d’autres veulent sa démission.

l’ANC aura en effet une place décisive dans le processus de remaniement du gouvernement ou si le gouvernement est dissolu. Dans les deux cas, l’Assemblée doit approuver la décision. Ennahdha avec ses 89 sièges ne pourra faire la majorité absolue au vote. A travers les régions, certains bureaux d’Ennahdha ont été saccagés, les affrontements avec la police continuent comme à Gafsal’UGTT s’est confronté aux policiers toute la journée. Ce n’est pas la première fois. Rappelons les troubles à Siliana, la menace de grève générale en décembre et la mort de Lotfi Naguedh. Comme l’a dit un internaute observant les affrontements d’hier sur l’avenue Habib Bourguiba

«C’est le même 14 janvier qui se répète encore sous mes yeux à chaque fois.» La Tunisie sursaute encore une fois. Un policier est mort hier dans les manifestations.  Comme le dit Chedli Zaïdi, la mort de Chokri Belaïd ne doit pas rester un symbole, elle «doit être une étincelle pour attiser le vrai changement pour une Tunisie meilleure qui n’abandonnera pas son processus révolutionnaire».

Vendredi 8 février, la grève générale sera aussi un troisième jour de deuil pour les Tunisiens qui suivront le cortège funéraire de Chokri Belaïd. C’est une grève de «contestation» et non de «revendication» d’après Kacem Hafaya, Secrétaire général-adjoint à la chaîne arabophone Al Arabiya. Les clauses de l’accord signé entre l‘UGTT et le gouvernement à Tunis le 12 décembre 2012 ne semblent pas avoir été respectées. Parmi les promesses, on trouvait l’action pour mettre fin à la violence politique, la dissolution des ligues de la révolutions, et une commission d’enquête sur les violences à l’égard de l’UGTT le 4 décembre. Le rapport de cette commission devait être publié début février.

Lilia Blaise

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1 réaction

  1. alnabab
    Le 8 février 2013 à 11 h 10 min

    L’islamisme n’est ni de droite ni de gauche.Ce sont des dirigeants qui lui donnent la couleur,non prédéterminée.Figurez-vous qu’il y a des islamo-marxistes.