Tunisie – Des mausolées brûlent encore

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Tawa fi Tunis


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Dans la nuit de samedi 2 février à dimanche 3 février, le mausolée Sidi Omar Bouzid à Mahdia a été incendié.

 

Après le mausolée de Sidi Bou Saïd presque détruit par un incendie, trois mausolées ont été incendiés entre le 23 et le 24 janvier à Hammam Sousse, Douz, et Al –Hamma près de Gabès. Ce n’est que la suite d’une vague de violences qui touche le patrimoine culturel du pays.

Le jour de la fête du Mouled (fête qui commémore la naissance du prophète Mahomet) n’a pas été de tout repos en Tunisie. Dès le matin, la polémique enfle à Sidi Bou Saïd à la suite de l’annonce de la visite du leader d’Ennahdha dans le mausolée, incendié il y a dix jours. Au sud de la Tunisie, les habitants de Douz découvrent avec amertume qu’un de leur mausolée vient d’être aussi incendié. Le monument datant de plus de trois siècles et la tombe de son saint Sidi Ahmed El Gouth ont été brûlés. Et dans l’après-midi, un autre mausolée, celui de Sidi Salem à El-Hamma a aussi été victime d’une attaque.

Le mausolée Sidi Ahmed El Gouth à Douz incendié le 24 janvier. Crédits photos Ali Nasr

«C’est un grand choc pour nous car ce mausolée est symbolique et nous y sommes très attachés. Al Gouth veut dire « le sauveur »». témoigne Ali Nasr, un habitant de Douz qui s’est rendu sur les lieux. Le mausolée se trouve au centre du cimetière de Douz, il n’était pas gardé la nuit de l’attaque selon Nizar Ben Abdenour, un autre témoin présent sur les lieux. L’incident est arrivé entre 4h et 5h du matin et les habitants attendent encore les résultats de l’enquête policière sur ce qui a pu causer l’incendie.

L'entrée du mausolée jeudi 24 janvier. Crédits Photos Nizar Ben Abdenour

Les dégâts à l'intérieur du mausolée. Crédits Photos: Ali Nasr

La veille,  c’est le mausolée de Sidi Ouerfelli a Akouda près de Hammam Sousse qui a été détruit. Des restes de ce qui pourraient être des cocktails Molotov ont été découverts sur les lieux d’après la radio Jawahara fm.

Imed El Kouaili, directeur d’une société et photographe amateur a pris des photos des dégâts. Après avoir parlé avec les habitants, il relate leurs témoignages. «Pour beaucoup des habitants c’est l’acte criminel de salafistes mais nous devons attendre l’enquête de la police pour en être sûr.» Sur les images, on peut voir l’édifice presque détruit. «C’est notre patrimoine culturel qui brûle sous nos yeux» rajoute Imed El Kouaili.

Le mausolée de Sidi Ouerfalli à Akouda. Crédits photos: Imed Kouaili

Le mausolée Sidi Iuerfalli à Akouda près de Hammam Sousse. crédits Photos Imed El Kouaili

Crédits Photos Imed El Kouaili

Mokless Jemal , le gouverneur de Sousse a condamné les agressions et a promis une enquête. Au nord du pays, à Sidi Bou Saïd, les habitants attendent avec colère le cheikh Ghannouchi. La semaine passée, le maire de la ville s’en était pris directement à lui et avait menacé de porter plainte contre lui. A 14H journalistes et curieux attendent encore de pied ferme le leader d’Ennahdha qui annule finalement sa visite. Il avait été accueilli par des «Dégage» lorsqu’il s’était rendu sur place le lendemain de l’incendie.

 

Le saccage des mausolées semble être devenu un feuilleton quotidien pour les Tunisiens. Il y a encore six jours des individus ont tenté d’incendier le mausolée de Sidi Salem à Hammam Sousse. L’imam de la mosquée, Lotfi Mathlouthi est intervenu à temps pour contrer les deux malfaiteurs. Même scénario à Menzel Bouzelfa dans le Cap Bon où les gardiens du mausolée Sidi Abdelkader El Jilani ont déclaré que des individus les avaient menacés verbalement et physiquement.  Le fléau semble s’amplifier face à une population qui reste impuissante.

«On ne sait pas quoi faire à part s’entraider pour nettoyer et  limiter les dégâts. On ne sait pas pourquoi ils s’en prennent à ces lieux. Il n’y a même plus de soufistes à Douz, pourtant la culture soufie reste une référence. Ils viennent de détruire une partie de notre identité.»

dit Ali Nasr. Une mémoire «assassinée», les mots de l’intellectuel Abdelwahab Medebb dans un article du magazine Leaders daté du 21 janvier rejoignent les mots d’Ali.  Le penseur voit dans ces évènements, un «mal wahhabite» entraîné par des radicaux en Tunisie selon lui:

«Nous savons que ces destructions qui nous blessent sont un symptôme. Symptôme qui nous révèle, au-delà de la maladie wahhabite, des gens déréglés dépouillés du sentiment d’appartenance à la mémoire de nos lieux (…)»

Son avis semble partagé par le leader de l’Union soufie de Tunisie, créée après les évènements Mohsen Charif qui craint que les attaques ne s’étendent aux autres monuments a-t-il déclaré à l’AFP. A Sidi Bou Saïd, les habitants  et l’école d’architecture de la ville se sont unis pour restaurer le mausolée en quelques jours et y célébrer le Mouled et déguster l’Assida zgougou crème à base de pignons de pin. L’ambassade de France a également fait un don de 10 000 dinars pour participer à la reconstruction du lieu. Mais c’est surtout le gouvernement qui est attendu au tournant sur cette question à la veille d’un remaniement ministériel annoncé déjà depuis une semaine. Le 13 janvier, Ali Larrayedh, Ministre de l’intérieur avait dit privilégier les «pistes criminelles» pour l’enquête mais il avait aussi assuré que les dispositifs de «sécurité» seraient renforcés devant tous les monuments.

Lilia Blaise

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