Tunisie – Les enfants et la révolution

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Tawa fi Tunis


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Contrairement au 14 janvier 2011 où la foule en masse, s’est confrontée aux forces de l’ordre, le jour de l’anniversaire de la chute de Ben Ali a laissé place à des manifestations relativement paisibles. Certains viennent même en famille avec leurs enfants qui ont une idée bien précise de la révolution.

Ils sont discrets mais éveillés. Ils ne voient que le bout des drapeaux mais connaissent les logos. Ils attendent plus la barbe papa ou les cacahuètes mais crient en chœur avec leurs parents. C’est la grande minorité silencieuse, celle qui ne peut pas encore voter mais qui assiste même inconsciemment aux changements du pays. Alors que la presse étrangère fait apparaître dans les gros titres la «désillusion» de la révolution et la célébration sans «faste» de la révolution, les enfants de Tunis semblent avoir une toute autre opinion et célèbrent le 14 janvier avec lucidité.

Un enfant vendeur de jasmin sur l'avenue Habib Bourguiba. Crédits photo: Amine Boufaied

Si l’on baisse un peu le regard on peut les voir tenant la main de leurs parents pour les tirer vers un marchand de ballons. Et avec l’autre main, certains serrent précieusement un petit drapeau. Youssef trouve que son père parle beaucoup de la politique depuis la révolution.

«Je veux apprendre à mon enfant le sens de la citoyenneté et l’éveil politique. Je veux qu’il grandisse dans environnement qui le rend immunisé contre le retour de la dictature. Car nous lorsqu’on était enfant on n’avait pas le droit d’en parler. C’est ce qui a fait qu’aujourd’hui nous nous retrouvons dans cette situation.» commente son père Hatem.

Youssef n’est pas le seul à avoir un avis sur ce qui se passe. Beaucoup d’enfants présents n’avaient pas l’air d’être passifs, et encore moins dépassés par les évènements. Ahmed, 12 ans trouve que le projet de la constitution n’est pas mal, mais qu’il préfère le régime parlementaire au régime présidentiel.

«J’ai apprit ça à l’école, au cours d’éducation civile, j’ai apprit que le régime parlementaire garantie la démocratie. Et c’est ce dont on a besoin, c’est pour la démocratie que la révolution s’est déclenché.»

La présence de ces enfants le jour du 14 Janvier laisse à penser que les prochaines générations sauront peut-être porter le flambeau. Grâce à un sens de la citoyenneté qui est en train de se développer dès leur plus jeune âge, les enfants de la révolution donnent une lueur d’espoir à cette journée considérée comme un jour de «deuil» pour certains Tunisiens. Les enfants  représentent aujourd’hui près de 23% de la population (0- 18ans), les enfants se situant dans la tranche d’âge de 5 à 12 ans représentaient 1, 4 millions de la population active en 2000 selon un rapport de l’UNICEF.

Du côté des plus grands, l’ambiance a plus été celle des différents slogans politiques confrontés aux paroles des prédicateurs.

Le récit de la journée en images et en Tweets.

Sur le réseau social, l’heure est plutôt au désenchantement et aux critiques mais sur le terrain, la tension est perceptible entre les diverses tendances qui s’affrontent depuis plus d’un an.

La blogueuse Tunisian Girl commence la journée en postant sur instagram les photos de la manifetstation. Ici, le député  d’Al Joumouhri, Iyed Dahmani qui se fraye un chemin dans la foule:

 

Sur l’avenue Habib Bourguiba, les gens affluent depuis 9h du matin. L’horloge du 7 novembre a été couverte du drapeau tunisien pour l’occasion.

L'Avenue Habib Bourguiba le lundi 14 janvier 2012. crédits Photos: Amine Boufaied

Dans la matinée, l’UGTT, principale force syndicale, le patronat représenté par l’UTICA et le gouvernement ont signé un pacte social qui fait l’objet de huit mois de travaiL. Ses grands points portent sur le développement économique et régional, la politique de l’emploi et de la formation professionnelle, mais aussi le dialogue social qui semblait avoir été rompu après les évènements de Siliana et l’attaque du local de l’UGTT en décembre dernier.

A midi, les commentaires sur le réseau social Twitter, oscillent entre espoir et désillusion:

 

 

Du côté de l’avenue, les acteurs de la révolte du bassin minier de 2008 manifestent pour que leurs droits soient pris en compte dans le décret loi 97 supposé indemniser les martyrs de la révolution. c’est seulement dimanche 13 janvier qu’ils ont pu obtenir ce droit qui ne devait concerner que les familles des martyrs et blessés de la révolution.

Les blessés de la révolution manifestent pour leurs droits. Crédits Photos: Amine Boufaied

Beaucoup de Tunisiens critiquent encore la « division » de la société tunisienne mais surtout la permanence du RCD, le parti politique de Ben Ali, dans les rouages des politiques du côté de l’opposition comme de chez Ennnahdha.

Vers 13h30, les prédicateurs Adel El Almi et Béchir Ben Hassine font un prêche sur l’avenue: Leurs mots d’ordre: La polygamie et le vendredi comme jour férié.

La manifestation se termine dans une ambiance bon enfant après quelques tensions entre forces de l’ordre et manifestants.

Et la fin de la journée se déroule devant la télévision tunisienne. Débats et émissions spéciales sont consacrés au 14 janvier comme sur la chaîne Ettounissia TV qui a diffusé un documentaire spécial sur la fuite de Ben Ali.

Lilia Blaise et Amine Boufaied

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