Tunisie – Deux mausolées incendiés pendant le week-end

L'Auteur

Tawa fi Tunis


Topics

Après le mausolée de Sidi Abdelaziz à la Marsa, en banlieue nord de Tunis, c’est le mausolée de Sidi Bou Saïd qui a été incendié dans la nuit du samedi 12 janvier. La population a protesté dans les rues de la banlieue nord pour manifester sa colère face à la recrudescence de ces attaques contre le patrimoine culturel.

Deux mausolées incendiés en moins d’un week-end. Malgré les condamnations officielles, les habitants de Sidi Bou Saïd n’ont pas caché leur colère dimanche 13 janvier. Le mausolée soufiste vieux de trois siècles a été incendié dans la soirée du samedi 12 janvier. La veille, c’était le mausolée de Sidi Abdelaziz situé dans le cimetière de la Marsa, plus au nord. Incendié par un objet inflammable lancé dans le local, le feu a été maîtrisé rapidement et les dégâts ont été nettoyés dès le lendemain et l’évènement est presque passé inaperçu. Mais après la répétition du méfait sur la colline de Sidi Bousaïd, la communauté a réagit immédiatement, entamant une marche vers le palais de Carthage dès le samedi soir. Le lendemain, ils se sont regroupés dans la ville pour protester contre un phénomène qui ne semble pas nouveau. Bien que l’enquête policière ne se soit pas encore prononcée sur l’origine de l’incendie, Nabil 42 ans a sa version des faits:

«Après tous ces incendies successifs nous n’avons plus de doutes sur le fait que ces attaques ont été orchestrées. Les jeunes salafistes sont manipulés par Nahdha car le gouvernement essaie de faire diversion. Ils touchent les Tunisiens au fin fond de leur identité pour qu’ils ne s’occupent pas de leur dépassements.»

 

Le mausolée Sidi Abdelaziz à la Marsa incendié le vendredi 10 janvier. Crédits photos Amine Boufaied

 

 

C’est aussi l’avis du maire de la vie Raouf Dahklaoui, qui a veut porter plainte contre Rached Ghannouchi.Le parti Ennahdha a pourtant condamné les faits dans un communiqué publié immédiatement après les évènements. Les soupçons sont portés vers la mouvance salafiste à cause de précédents. En avril 2012, des salafistes avaient profané le mausolée de Sidi Ahmed Assila au Bardo à Tunis. Des témoins sur les lieux avaient confirmé que près de six cent salafistes avaient encerclé le cimetière où se trouvaient les mausolées et avaient saccagé deux mausolées et la tombe du saint Sidi Abbès.

Pendant l’année 2012, plus d’une douzaine de mausolées ont été violés selon l’association citoyenne Touensa. Le 16 octobre dernier, le saccage du mausolée Saida Manoubia à Tunis avait fait réagir l’opinion publique. Le 31 décembre, c’est aussi le mausolée de Sidi Ali Hachani à Menzel Abderrahmane sur la route de Bizerte qui a été saccagé. Plusieurs enquêtes ont été entamées mais aucun résultat officiel n’a été donné.

Intérieur du mausolée de Sidi Abdelaziz à la Marsa. Crédits Photos: Amine Boufaied

Intérieur brulé du mausolée de Sidi Bou Saïd. crédits Photos: Amine Boufaied

Mais du côté des citoyens, la responsabilité incombe aussi aux partis politiques. Plusieurs députés se sont rendus sur place dimanche et ont été hués par la foule qui leur reproche leur «laisser-faire» tout comme Mehdi Mabrouk, le Ministre de la culture qui a tenté d’apaiser les habitants samedi soir sans succès. Mourad, 47 ans, exprime son désarroi face aux attaques qui touchent selon lui, à l’identité du pays

«On entend dire qu’ils ont brûlé le mausolée parce que c’est du blasphème…Mais personne ne vient plus prier ici, il s’agit d’un patrimoine, c’est notre histoire. Les islamistes veulent anéantir l’histoire de ce pays. Ils sont en train de changer l’histoire, de déraciner la Tunisie de son identité.»

Le mausolée de Bousaid ben Khalaf Ben Tamimi El Beji, né en 1156 à Beja et mort en 1231, fait partie du patrimoine de la ville et représente un des symboles du courant soufiste en Tunisie.«Le problème, c’est que ces lieux ne sont pas protégés, ni par la municipalité ni par le Ministère de l’Intérieur.» déclare Faïza Skandrani, une habitante de la banlieue nord  et militante de l’association Egalité et Parité qui a alancé l’alerte sur l’incendie du mausolée Sidi Abdelaziz à la Marsa.

Ces mausolées soufistes vieux de plusieurs siècles sont en général gardés par les descendants du Saint ou des familles qui veillent à préserver le patrimoine culturel. Le ministre de l’Intérieur, Ali Larrayedh a en effet condamné les attaques mais a déclaré que les forces de l’ordre n’étaient pas en charge de la protection de ces zaouïas (lieux saints). Ali Larrayedh et Mehdi Mabrouk ont annoncé un plan d’action de protection pour ce patrimoine culturel. Le mausolée de Sidi Bou Saïd est classé au patrimoine culturel de l’Unesco depuis 1985. L’Unesco a d’ailleurs fermement condamné condamné l’attaque du mausolée Saïda Manoubia en octobre dernier.

Les citoyens en colère se sont regroupés à Sidi Bou Saïd le 13 janvier pour protester contre la profanation de leur lieu saint.

Depuis la révolution, les attaques criminelles envers les édifices représentant les minorités religieuses en Tunisie sont fréquentes. Les courants soufistes et chiistes sont tout particulièrement visés mais il faut rappeler aussi le saccage d’une icône dans l’église orthodoxe à Tunis ou encore les fréquents appels contre les juifs scandés lors de manifestations de groupuscules extrémistes. Le mercredi 9 janvier, le local de l’association protégeant les minorités en Tunisie situé à Carthage a également été vandalisé et pillé. La présidente de l’association tunisienne de protection des minorités, Yamina Thabet, a accusé directement les Ligues de la révolution d’être derrière ces attaques.

Lilia Blaise en collaboration avec Amine Boufaied

A lire aussi:

Rien n’est perdu pour la Tunisie

Pourquoi il n’y aura pas d’autres élections en Tunisie

Les objets du mausolées Sidi Abdelaziz ont été sortis le matin du samedi 12 janvier pour nettoyer les dégâts de l'incendie à l'intérieur

 

 

Les citoyens de Sidi Bou Saïd se recueiilent devant leur mausolée. crédits Photis: Amine Boufaied

Un habitant dans les décombres du mausolée de Sidi Bou Saïd. crédits Photos: Amine Boufaied

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

1 réaction

  1. Le 14 janvier 2013 à 10 h 16 min

    L’horreur intégriste, sectaire et extrémiste n’a pas de limites.
    Musulmans, juifs et chrétiens doivent prier ensemble pour la Paix et la Concorde, selon le beau texte de la mosaïque romaine d’Algérie PAX ET CONCORDIA