Tunisie – Le parti Ennahdha déstabilisé par deux investigations

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Tawa fi Tunis


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Après le Sheratongate qui continue de susciter la polémique en Tunisie, c’est tout le parti Ennahdha et non plus seulement le Ministre des affaires étrangères qui vient d’être visé. Le site Nawaat.org vient de publier une enquête sur un réseau de trafic d’armes directement lié à des membres du parti.

L’affaire a éclaté au même moment que le scandale autour du détournement de fonds publics par le Ministère des affaires étrangères. Le site Nawaat.org a commencé par publier des vidéos fin décembre, montrant un homme d’affaires qui commandite clairement une opération de trafic d’armes en vu de tuer des personnalités. Le personnage s’appelle Fathi Demmak, c’est un homme d’affaires connu qui menace dans une vidéo de tuer des journalistes ainsi que d’autres hommes affaires. La justice s’empare de l’affaire et l’homme est placé en garde à vue. Mais mardi 8 janvier, le site Nawaat.org a publié la suite de l’enquête qui révèle que l’homme d’affaires semble avoir voulu commanditer cette action, ses motivations restant peu claires. Les caméras cachées ont montré que l’homme d’affaires Chafik Jarraya était visé. C’est ce dernier qui a eu connaissance des vidéos et les a remises au Ministère de l’Intérieur. Faute d’investigation de la part du Ministère, Nawaat a pu se procurer le dossier.

Devant le Ministère de l'Intérieur à Tunis en novembre 2012. Crédits photos: Amine Boufaied

S’ensuit alors une longue enquête pour comprendre qui est derrière cette transaction. Commence le soupçon d’une cellule parallèle au Ministère de l’intérieure puis les journalistes enquêtent d’avantage sur les deux interlocuteurs de Fathi Dammak dans la vidéo, des dénommés Belhassen et Ali qui s’avèrent être des militants du parti Ennahdha. Selon Nawaat.org, le dénommé Belhassen serait Belhassen Nakache, un membre du bureau de Yasminet à Ben Arous et le dénommé Ali serait Ali Ferchichi qui déclare être membre d’Ennahdha dans la vidéo. La thèse de l’implication des membres du parti a été corroborée par la source de Nawaat. Le média a sorti ces informations en restant très prudent sur les suspicions de la réelle implication du parti dans cette affaire. Il a insisté que les autres personnes impliquées dans l’affaire comme Chafik Jerraya sont des personnages controversés de l’après révolution qui ont aussi un intérêt politique à ce que ce genre d’affaires éclate au grand jour. L’homme est connu pour ses liens directs avec les Trabelsi, la famille de l’ex-première dame. Tout comme le concerné, Fathi Demmak semble avoir été instrumentalisé pour apparaître comme le principal coupable dans plusieurs séquences vidéos. La conclusion du site reste l’affirmation d’un lien entre un «réseau parallèle» et des membres du parti Ennahdha.

Reste encore à savoir dans quelle mesure ce genre de cellules s’est structuré de manière isolée ou si elle fait parti d’un réseau clandestin bien plus organisé. Cela ne serait pas improbable puisque le parti Ennahdha a longtemps agit dans la clandestinité durant la dictature comme le rappelle les journalistes du site Nawaat:

«L’histoire du parti Ennahdha, notamment durant la période de clandestinité, nous rappelle le gout prononcé du mouvement pour les structures sécuritaires parallèles. Une personnalité proche du mouvement dans les années 90, sidéré par les conclusions de notre enquête nous a déclaré que ces pratiques ne sont pas nouvelles».

Le contexte dans lequel cette enquête paraît contribue à renforcer cette dernière thèse. Selon un ancien fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur,

«Le système Ben Ali entretenait déjà un lien étroit avec les réseaux de contrebande et de trafics d’armes et ce système n’a pas changé. L’autre point important, c’est le renforcement sécuritaire actuel : barrage de polices, violences à Siliana, menace terroriste érigée à tout va. Le contexte montre un renforcement sécuritaire qui fait aussi penser à la dictature et à un certain amateurisme dans la gestion de la question sécuritaire.»

A ce climat tendu pour le gouvernement s’ajoute l’autre polémique, celle du Ministre des affaires étrangères Rafik Abdesselem qui se trouve au cœur d’une prétendue affaire de détournement de fonds publics. Ces révélations ont été faites par la blogueuse Olfa Riahi qui a demandé l’ouverture d’une enquête officielle sur la mise à disposition d’une chambre dans un hôtel de luxe pour le Ministre. Elle a aussi révélé qu’un fond d’aide en provenance de la Chine aurait été viré directement au Ministère des Affaires étrangères. La véracité des faits reste encore à prouver.

Un groupe d’avocats, le groupe des 25 a porté plainte et vient d’entamer une procédure judiciaire, dossiers à l’appui.

Après deux semaines de polémique, la blogueuse s’est retrouvée interdite de voyager et doit comparaître cette semaine devant le juge d’instruction tout comme Ayoub Massoudi qui n’avait pas pu sortir du territoire jusqu’à son verdict le vendredi 4 janvier dans un procès pour «atteinte à la dignité militaire». A

l’approche du 14 janvier date d’anniversaire de la révolution tunisienne mais aussi du remaniement ministériel promis par le gouvernement, il semble que le parti soit de plus en plus décrédibilisé par la permanence des pratiques de l’ancien régime au sein même de ses militants et de ses hauts cadres. La liberté d’expression semble encore bridée mais le changement se lit dans les écrits des journalistes. Olfa Riahi a clamé «ne pas craindre la justice» même si elle risque deux ans de prison selon le chef d’accusation qui l’accuse d’avoir diffusé de fausses informations sur un fonctionnaire. et les dissidents de Nawaat sont habitués aux piratages et aux fréquentes attaques. Même si les deux enquêtes nécessitent des vérifications officielles et un vrai engagement de la justice à traiter des deux affaires, ces médias semblent se constituer lentement mais surement en un quatrième pouvoir qui dérange mais qui doit aussi prendre garde aux risques de diffamation. Le parti Ennahdha n’a pas encore réagi sur les révélations de Nawaat.

Lilia Blaise

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1 réaction

  1. skander
    Le 10 janvier 2013 à 16 h 51 min

    Tous les mouvements fascistes se ressemblent.Les memes pratiques et la meme mentalité.A part détruire et tuer , ils ne savent pas faire grand chose.