Tunisie – Le 23 octobre, de Soumaya Ghannouchi au Souk de Bab Jezira

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Tawa fi Tunis


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La célébration du 23 octobre, date anniversaire des élections démocratiques a démarré fort en Tunisie. Soumaya Ghannouchi, une des filles du leader d’Ennahdha a publié sur son compte Facebook, un texte largement repris par les internautes tunisiens. Elle y insulte ouvertement ce qu’elle appelle «l’élite tunisienne». Mais face à ce discours déjà entendu d’autres voix se distinguent dans les rues de Tunis au sein des quartiers populaires.

«Le peuple tunisien a le droit de fêter le 23 Octobre, étant donné que c’est la date des premières élections libres et démocratiques dans l’histoire de la Tunisie. Tout comme c’est le droit des victimes de ces élections, ces mauvais perdants malheureux, de pleurnicher et de chialer en se rappelant ce jour noir et maudit. Ce jour est celui qui a dévoilé leur vérité et leur présence négligeable: une minorité qui fait beaucoup de bruit et de mascarades, qui travaille peu et loin de la société. C’est une minorité bien équipée et qui a les moyens pour détourner l’opinion publique et pour faire de la propagande via leurs médias.»

Voici en quelques mots comment l’une de des filles de Rached Ghannouchi a décidé de fêter le 23 octobre. Soumaya Ghannouchi, diplômée en philosophie à Londres qui écrit pour le quotidien anglais The Guardian et mariée au Ministre des affaires étrangères tunisien Rafik Abdesselem a rédigé un billet bien senti sur sa page Facebook. Elle poursuit son pamphlet en souhaitant la défaite et la déception éternelle aux concurrents de son père et de son parti.

«C’est ce qui explique la perturbation de ces élites étranges et qui ignorent leur réalité et celle de la société dans laquelle ils vivent. C’est ce qui explique aussi la haine qu’ils éprouvent à un peuple qui l’a ignoré à son tour et ne lui a donné aucun intérêt. C’est ce qui explique son désespoir et son recours aux moyens des ratés en incitant à la violence et à l’anarchie. Poursuivez votre chemin nos élites progressistes illuministes RCDistes, continuez comme ça. Et je souhaite qu’à chaque élections vous retrouver les visages pâles, les bras baissés, les scrutins vides et désespérés.»

Si le coup d’éclat a été remarqué par les internautes, le discours «anti-élite» semble avoir été entendu une fois de trop. Dans les rues de Tunis, calmes pour la journée supposée être celle de tous les dangers, certains Tunisiens qui ne font pas partie de «l’élite» tant détestée par Soumaya, montrent un autre regard sur le bilan un an après les élections.

La page Facebook de Sumaya Ghannouchi le 23 octobre 2012

Dans un quartier populaire où se trouve le marché de «Kherba» pas loin de Bab Jazira à Tunis, le 23 octobre n’est pas un jour de fête ni de règlements comptes. Malek, 20 ans, est un salafiste. Vendeur ambulant, il passe sa journée dans le souk avant de se rendre à la mosquée puis rentrer directement chez lui. Avec réticence, il hésite, puis s’exprime sur la situation actuelle.

«Je ne suis pas content du rendement de la Troïka. Au temps de Ben Ali, nous étions mieux. Au moins, il n’y avait pas de morts. C’est vrai que nos frères étaient en prison mais au moins ils étaient vivants et ils pouvaient travailler et recruter dans les prisons sans risquer leurs vies.» Dit-il en refusant de se faire photographier. «Vous savez, nous avons des frères qui ont été kidnappé et torturés par la police parce qu’ils ont fait des déclarations à la presse. Je veux pas avoir des problèmes» explique Malek avant de nous laisser lui prendre une photo sans montrer son visage.  Un salafiste nostalgique de Ben Ali, l’absurdité de la situation interpelle pourtant sur le contexte actuel.

Pas loin de la marchandise de Malek et ses amis, un autre marchant ambulant fait un signe. Il a des choses à dire. Il s’appelle Wahid, il a 30 ans et travaille depuis des années au souk de Bab Jazira « je ne sais pas quoi dire. La Tunisie a changé pour le pire et je ne crois pas à la révolution. Je m’en fous finalement de celui qui gouverne. Ennahdha ou Ben Ali, ils sont tous pareils. Au moins avant, le commerce allait mieux. On avait la possibilité de ramener notre marchandise de l’étranger sans problèmes. Ennahdha, nous ferme les portes et ne laisse personne travailler.» raconte Wahid.

Le jeune salafiste interviewé dans le souk

Saleha, femme tunisienne, 35 ans qui travaille au souk tous les jours, partage son avis: «je n’ai pas voté l’année dernière et je m’en fous de celui qui gouverne. Mon seul souci est la cherté de la vie. Quand je fais les courses, je maudis le président de la république «Marzouki» qui ne sait faire que des discours. Finalement, personne ne s’intéresse à nous. Et s’il vous plait ne mentionnez pas les insultes au président, « ils » vont mettre en prison» dit-elle en rigolant, laissant sous-entendre dans le «ils», la police.

Le compagnon de Saleha, Hafedh Barhoumi, 27 ans, renchérit «Nahdha veut instaurer la charia. C’est tout ce qui nous dérange. Nous ne voulons pas la charia de Ghannouchi. Qu’il l’applique en Afghanistan et pas en Tunisie» explique-t-il en ajoutant «le problème, c’est qu’un an après les élections, nous voyons toujours les mêmes têtes dans les médias. Ceux qui ont fait vraiment la révolution n’ont pas le pouvoir et sont toujours écartés. Il faut écouter le peuple…» commente Hafedh.

Pendant que ces gens essayent d’améliorer un quotidien, des centaines de manifestants appartenant aux différents partis politiques manifestent devant l’Assemblée Nationale Constituante. Derrière les manifestants, la société civile, «l’élite», c’est aussi cette Tunisie, celle des commerçants et des artisans, mais aussi celle des laissés-pour-compte et des vendeurs à la sauvette qui peine à se faire entendre. Derrière cette opposition entre l’élite et Ennahdha, le monde des quartiers populaires, une des principales bases électorales du parti, crie aussi son mécontentement. Ces voix dissonantes montrent que la politique est passée désormais derrière les préoccupations économiques et sociales, prochains enjeux des futures élections prévues pour 2013.

Henda Hendoud à Tunis. Crédits Photos: Amine Boufaied

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le souk El Kherba la veille du 23 octobre

Saleha qui travaille au souk


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6 réactions

  1. Bouzgarou SIhem
    Le 23 octobre 2012 à 19 h 32 min

    Oui, madame, nous sommes désespérés, déçus, et je dirai même catastrophés Et vous savez pourquoi? Parce que nous y avons cru en ses élections prétendument transparentes! Parce que le parti présidé par votre père a dévoyé cette révolution et l’a détournée de ses objectifs! Parce que le 23 octobre 2011, nous avons voté pour une assemblée constituante dont le rôle était de rédiger une nouvelle constitution qui déterminera l’avenir de notre pays et de nos enfants, et non pas pour un gouvernement qui prendrait les rênes du pouvoir, en dépit du bon sens!
    Mais veuillez être honnête et dites-nous si les élus de cette assemblée se sont attelés à cette tâche! Se sont-ils préoccupés de notre sort et de celui de notre mère patrie?
    Oh que non, madame! Ces messieurs de l’assemblée se sont plutôt chargés de se partager les parts du gâteau qu’ils ont cru avoir gagné avec les un million cinq cents mille voix que compte leur électorat! Ces messieurs de l’assemblée, après un mois de pourparlers, de palabres, de négociations, ont formé un gouvernement pléthorique de 81 membres! Un gouvernement dont les membres avides attendaient leur part de butin puisqu’il fallait récompenser tous les militants qui ont apparemment souffert des affres de la dictature, sous des cieux plus cléments des démocraties occidentales!
    Cependant, les dégâts se sont-ils arrêtés à ce stade? Je suis dans le regret de vous répondre par la négative!
    Tout au long de l’année en cours, en effet, nous avions subi le poids de l’incompétence « du meilleur gouvernement que la Tunisie ait connu de toute son histoire » dont je vais détailler les principales réalisations peut-être comprendriez-vous notre désespoir, vous qui avez vécu dans un pays démocratique et laïc !
    Avec la visite dans notre pays d’un prétendu cheikh prônant l’excision des fillettes et, par-delà, l’aliénation de leur vie de femme et de mère et qui, plus est, s’est permis d’insulter les Tunisiens dans leur fief!
    Avec les déclarations tonitruantes de votre mari qui révèlent son incompétence et sa méconnaissance des règles élémentaires de la diplomatie, celles des différents ministres du « meilleur gouvernement de l’histoire de la Tunisie », celles encore de votre père qui révèlent sa duplicité, son double langage et le projet sociétal liberticide qu’il veut instaurer !
    Avec les agressions contre les intellectuels, les artistes, les simples citoyens, les procès iniques intentés à notre élite, accusée à tort, vilipendée trainée dans la boue et même malmenée, par une horde de pantins manipulables et influençables à souhait!
    Avec les lynchages en règle ordonnés par les milices à la solde du parti majoritaire ayant entraîné la mort d’un père de six enfants, passé de vie à trépas en laissant derrière lui une veuve éplorée, des sœurs affectées et six jeunes orphelins qui attendront en vain le retour de leur papa « si gentil » chargé de bonbons et de menus cadeaux pour ses enfants chéris!
    Avec la décision indue et je dirai même indécente prise par ce gouvernement d’indemniser à hauteur sept cent cinquante milliards les victimes de la dictature de Ben Ali, alors que l’économie tunisienne est agonisante que le nombre de chômeurs ne cesse de s’accroître !
    Nous ne saurons, évidemment pas, partager votre optimisme quant aux prochaines élections, et nous ne pourrons nous réjouir de cette première année d’exercice de pouvoir nahdhoui !
    Ayez donc la décence d’avoir la victoire modeste, parce que, quoi qu’il en soit, le parti de votre père n’est pas encore à la tête de ce pays! Rappelez-vous seulement que sur une population comptant douze millions d’âmes, vous parti a seulement remporté un million cinq cent mille voix par conséquent les islamistes sont loin d’être représentatifs de tous les Tunisiens!
    Pour finir, je vous dirai :
    لَوْ دَامَتْ لِغَيْرك، لأَنَّ مَا آلَتْ لَكَ!

  2. al07
    Le 24 octobre 2012 à 8 h 56 min

    Mme Bouchlaka(vrai nom de son mari)oublie que le parti de son père et de
    son époux vit une situation PROVISOIRE,que le pays est dans une période TRANSITOIRE,et que par voie de conséquence tout est TEMPORAIRE !!
    L’Histoire est pleine d’exemples de vainqueurs d’aujourd’hui qui sont les
    perdants de demain……. »Qui rit aujourd’hui,demain pleurera »,dit le proverbe….
    Attention qu’un jour le Peuple Tunisien de vous ressorte vos déclarations
    et vous les fassent payer cher….
    A bonne « entendeuse »…..Salla-l lahou ‘alay-hi wa salam !

  3. Ramzy Chebil
    Le 24 octobre 2012 à 13 h 39 min

    Mme Bouchlaka
    Un certain 23Octobre 2011,je me suis rendu aux urnes avec l’intime conviction que ce seront des élections,pour la première fois depuis l’indépendance transparentes et honnêtes. Je me suis permis même de faire la queue pendant près de 4 heures, moi qui ne l’ai jamais fait, j’en ai horreur..
    Bref, arrivé mon tour, j’ai voté « Ennahdha », non par conviction je vous l’assure, mais parce que j’avais pensé que c’était le moindre mal et que, voter une équipe qui dispose d’un programme qui m’a paru assez complet – bien qu’étant persuadé qu’elle n’arriverait jamais à le mettre en oeuvre- j’aurai fait un vote utile.
    Eh bien Madame, croyez moi et, sachant pertinemment que ma voix ne pèse pas lourd dans les résultats du scrutin, aujourd’hui, j’en ai vraiment honte, ( ce n’est pas la peine de répéter les raisons, ce qui a été dit et redit des centaines de fois: climat sécuritaire, inflation, chaumage, avenir sombre, promesses non tenues..ajoutés à l’hypocrisie de nos dirigeants et j’en passe.) Ma seule consolation est, que beaucoup de nos concitoyens ont été naïfs comme moi mais, qu’ils ont appris la leçon..

  4. alnabab
    Le 24 octobre 2012 à 14 h 45 min

    Si des Tunisiens regrettent Ben Ali,c’est qu’ils sont vraiment romantiques,même quand ils sont commerçants.Cela rappelle le vers d’Al Moutanabbî :«Je suis né tellement fidèle que ,si je revenais à la jeunesse,je quitterais ma vieillesse,le cœur meurtri et en pleurant ».
    Quant aux « élites » supposées,ont-elles fait développer la Tunisie durant les longues décennies d’antiislamisme bourguibiste et ben-aliste?Par contre,quel talent dans l’islamophobie et l’intellectualisme faussaire !
    Je ne dis pas que certaines critiques précédentes sont infondées.

  5. Galois
    Le 24 octobre 2012 à 18 h 48 min

    Ennahda a commis des erreurs.C’est dommage :o n risque de revenir au régime maffieux de Bourguiba et Ben Ali,en plus du néo-colonialisme français.

  6. Lion17
    Le 25 octobre 2012 à 6 h 56 min

    @Galois:sans compter le retour du féminisme d’Etat de Bourguiba ,de Ben Ali et de sa femme.