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Abdelfattah Mourou, cause palestinienne, congrès nahdha, ennahdha, Hamadi Jebali, Hichem Larrayedh, islamistes, Mustafa Ben Jafaâr, Rached Ghannouchi, révolution tunisienne
Militants historiques et grands leaders se sont réunis pour l’ouverture du 9 ème congrès du parti islamiste Ennahdha à Tunis le 12 juillet. Peu présents sur la scène médiatique, les jeunes du parti sauront-il profiter de l’évènement pour s’affirmer face à l’ancienne garde ?
Les versets du Coran résonnent dans la grande salle, tandis que des filles voilées de bleu accueillent, grand sourire aux lèvres, les visiteurs. «C’est la couleur du Parti et puis c’est joli, vous ne trouvez pas ?» demande Zeineb, 23 ans militante au sein d’Ennahdha depuis 2010. Au parc des expositions du Kram, plus de 10 000 personnes sont venues assister au pemier jour du congrès du parti Ennahdha. Premier congrès ouvert depuis 1988, la manifesttaion est devenue un évènement au point de rassembler des figures clefs du parti mais aussi des membres du gouvernement et députés, invités pour l’occasion. On croisera ainsi Ikbal Msadaa et Samir Ben Amor élus du CPR, Abderrazak Kilani, Ministre chargé des relations avec l’assemblée Constituante, Abderrahmane Ladgham, ministre chargé des affaires de Malversation, ou encore Mohamed Bannour, porte-parole d’Ettakatol. L’opposition est peu présente et le président de la république, Moncef Marzouki, s’impose par son absentéisme. Quant aux militants historiques tels que Hamadi Jebali, Premier Ministre, Moncef Ben Salem ou encore Ali Larrayedh, ils occupent les premières places avec le président de l’Assemblée Constituante, Mustapha Ben Jafaâr. Mais le plus frappant, ce sont les jeunes militants: si la majorité des invités reste hétérogène, familles, sympathisants, vieux militants, de jeunes têtes s’élèvent de partout. Pourtant peu connus du grand public, les jeunes d’Ennahdha constituent une base non négligeable du parti. Pas encore de chiffres officiels mais des adhésions qui s’élèvent à plusieurs «milliers» selon un des membres, Mohamed Trabelsi qui établit qu’environ 30% des membres du parti seraient des jeunes entre 18 et 30 ans. Ces militants, majoritairement étudiants spécialisés dans la filière scientifique et issus de familles déjà sympathisantes du mouvement Ennahdha imposeront-ils leur marque au congrès?
Une base logistique et organisatrice
De l’organisation à la logistique, ils coordonnent les moindres détails du congrès. Zeineb , 18 ans, a passé sept jours sur place à organiser et veiller au bon déroulement du congrès. Bénévoles comme les autres, elle consacre la majorité de ses vacances scolaires à son activité partisane. C’est le cas aussi de Bassem, Mohamed et Tasnim qui occupent quant à eux, des postes stratégiques au siège central du Parti dans le quartier de Montplaisir. Plus qu’une aide organisationnelle, ces jeunes voient dans cette 9 ème édition du congrès, l’occasion d’affirmer leur présence au sein du parti. Pour Hichem Larrayedh, fils du ministre de l’intérieur et président du bureau des étudiants d’Ennahdha, l’occasion est réellement le moyen de montrer des nouveaux visages :
«Les jeunes d’Ennahdha font partie intégrante du mouvement, ils sont présents au sein de l’organisation, de l’assemblée mais aussi du bureau exécutif. Les jeunes auront la possibilité de s’exprimer d’avantage lors de ce congrès.»
Tout comme Tasnim et Mohamed qui font partie du siège centrale, l’une gérant la communication, l’autre la planification, Hichem s’est engagé tôt après du parti influencé par l’histoire d’une famille déjà militante. Ali Larrayedh, son père, a été secrétaire général du parti Ennahdha jusqu’à son arrestation en 1990. Il passera dix ans dans les geôles de Ben Ali. Ce passé politique ou l’exil forcé de certains membres sera un des points du discours de Rached Ghannouchi ce jeudi 12 juillet qui salué les membres fondateurs Abdelfattah Mourou et Salah Karker.Des références connues d’Hichem qui voit son appartenance idéologique comme une influence familiale directe mais son militantisme et son engagement relèvent de sa propre initiative. Il a choisi de faire parti du bureau des étudiants. Mohamed Trabelsi, dit avoir été influencé par son grand frère tandis que Tasnim confie avoir une famille entièrement nahdhaouie. Si leur investissement est resté clandestin, contraint par la question sécuritaire et marqué par la répression qu’ont pu vivre leurs parents, le temps est aujourd’hui à l’engagement.
«C’est vrai que l’on ne nous voie pas trop dans les médias, car il y a déjà des porte-paroles et des têtes connues mais on s’exprime beaucoup, assez librement au sein du parti et sur nos pages Facebook.» Malgré tout, ils restent dans la doctrine du parti à savoir, présent là où l’on a besoin d’eux. « Dans le parti, ce n’est pas un militant qui va choisir de faire une carrière politique, c’est plutôt les dirigeants qui décident s’ils ont besoin ou pas de la personne et qui lui proposent une tache ou un engagement spécifique,» conclue Hichem.
Renouveau idéologique ?
Pour Hichem Larrayedh, le congrès sera un tournant pour la jeunesse nahdhaouie qui doit aussi être d’avantage impliquée dans le renouvellement idéologique «Les deux grands enjeux de ce congrès pour les jeunes sont : leur plus grande inclusion au sein de l’institution structurelle du parti et leur mise à contribution dans le renouveau idéologique du parti.» Selon lui, l’épreuve du pouvoir vécu par Ennahdha, parti majoritaire au gouvernement et à l’Assemblée, a aussi été un test pour les jeunes et un bond de vingt ans en termes de maturation politique :
«Un an et demi après la révolution, on a tous vécu le saut dans le temps des années 90 à 2011. Entre les deux, il s’agissait plus d’opposition. Le parti se restructure désormais et la question est de savoir comment il peut gouverner. Pour les têtes fortes du parti, elles ont pu évaluer en un an, ceux qui étaient matures politiquement et ceux qui ont encore à apprendre. Pour moi, un jeune qui a rejoint le parti après la révolution a autant de chances que celui qui a milité en secret pendant des années, car toute l’année 2011 a été un apprentissage politique intensif.»
Le mouvement des jeunes au sein du parti divisé en un bureau des jeunes et bureau des étudiants reste dans son fonctionnement, similaire aux principes de base du parti. «Nous avons des désaccords mais c’est toujours la majorité qui l’emporte», cette phrase lancée à la fois par Hichem et Tasnim fait penser au vote unanime et discipliné d’Ennahdha chaque fois qu’une voix est votée à l’assemblée. Pourtant certains sujets peuvent être source de désaccord entre les vieux militants qui occupent les hauts postes et la jeune base, parfois plus radicale. Sur la question de la Chariah dans la constitution par exemple, beaucoup de jeunes nahdhaouis étaient favorables à son inscription dans la nouvelle version. La décision de Rached Ghannouchi de mettre un terme au débat deux mois plus tard en refusant de changer l’article 1er avait créé quelques remous.
Libres mais fidèles aux grands principes du parti
«Nous avons finalement suivi la décision prise par le leader du parti après une réunion avec les membres du bureaux politique. On est tombé d’accord que l’important ce n’était pas dans l’écrit mais dans l’application. Si l’article 1er dit que la Tunisie est un pays musulman, nous pouvons mettre en pratique l’article via les institutions.» Déclare Hichem pour qui les grands principes de la Chariah à appliquer sont ceux du penseur et ancien enseignant à la Zitouna Mohamed Tahar Ben Achour qui parle de «liberté» dans ses études théologiques. « Pour moi, le parti Ennahdha doit défendre les principes de l’Islam dans les institutions tout ayant comme premier but la liberté, c’est-à-dire, personne à part dieu, ne peut m’imposer quoi que ce soit.» Une jeunesse cultivée et mature politiquement, mais qui reste attachée aux principes conservateurs du parti, les jeunes d’Ennahdha s’inscrivent-t-ils dans la continuité de leurs pères spirituels? Pour Jihed Cherni, une jeune militante de 17 ans rencontrée en janvier 2012, l’adhésion s’est faite simultanément au sentiment de liberté qu’elle a vécu après la révolution. Cette liberté s’est exprimée en partie par la possibilité de pouvoir porter le voile jusque là interdit dans les écoles par exemple ou tourné en dérision par les autorités. Tasnim en parle aussi, «l’oppression pour nous, c’était surtout de ne pas pouvoir porter le voile sans subir les moqueries à la faculté, souvent de la part de professeurs». Aujourd’hui la plupart des jeunes militantes d’Ennahdha sont voilées et assument pleinement cette «liberté» acquise avec la révolution comme le montre l’uniforme bleu du congrès et le discours d’Abdelfattah Mourou pendant le congrès:
«Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans la peur. Nous ne nous cachons plus pour bouquiner, nos filles n’ont plus peur de porter leurs voiles. Nous sommes là en présence de ministres, de hauts responsables et en plus, les policiers nous protègent. Ô mon Dieu ! Les islamistes étaient des sous-citoyens. Dieu merci, cela a changé.» (Traduction de Globalnet)
Malgré la sur-médiatisation du congrès, beaucoup de jeunes d’Ennahdha, s’inquiètent de l’image médiatique du parti: «nous ne sommes pas bien traités par les médias» déclare Tasnim, non sans rappeler les propos de quelques figures connues comme Lotfi Zitoun ou Samir Dilou, pas très tendres envers les médias tunisiens. Or, la revanche se fait sur les réseaux sociaux, devenus l’apanage des jeunes nahdhaouis qui s’en servent comme moyen de communication mais aussi somme veille médiatique. De nombreux adhérents au parti sont aussi blogueurs comme Houcem Eddine Trabelsi qui travaille aujourd’hui au sein du Ministère des droits de l’homme. Sur Facebook, circulent déjà les premières photos et vidéos du congrès tandis que le hashtag #Cnahdha sur Twitter est bien alimenté.
La Palestine, cause fédératrice
Alors que Zeineb et Oumaima, deux membres de l’organisation du congrès s’affairent dans l’un des halls qui mènent à la salle plénière, Kelad Mechaal, un des dirigeants du Hamas prend la parole au congrès sous les applaudissements et standing ovation. Les jeunes d’Ennnahdha participent à l’engouement de la foule, pour Mohamed comme pour Hichem, la question de la Palestine est tout «sauf secondaire» dans ce congrès. «C’est une question religieuse à propos de laquelle nous nous sentons très concernés» déclare Hichem. Les jeunes du parti sont souvent présents dans les manifestations de soutien à la libération de la Palestine comme le 2 mai 2012 où ils avaient célébré le 64ème anniversaire de la guerre de 48. Alors qu’un militant fait flotter le drapeau palestinien dans la salle, chacun écoute avec attention le discours du dirigeant islamiste. Quelques temps après, c’est au tour du membre du Comité central du Fatah, Abbes Zaki qui a rebondi sur le discours pour encourager le rôle joué par la Tunisie dans la libération de la Palestine.
Si Oumayya, Tasnim, Mohamed et Hichem semblent vivre le congrès comme un «évènement national» dit Hichem faisant écho au discours de Rached Ghannouchi qui a parlé de «moment historique», leur présence sur l’estrade se fait encore attendre. Les trois prochains jours consacrés au congrès qui verra défiler quelques 1103 congressistes représentant les 58 741 adhérents sera aussi un enjeu pour les jeunes dans la mesure où le parti doit décider de sa reconversion de parti d’opposition en grand parti de pouvoir et se restructurer autour d’une ligne idéologique homogène.
Lilia Blaise
Le Premier jour du congrès en images










1 réaction
Je réagis par rapport à ce que vous rapportiez dans l’article, je cite :
« Si Oumayya, Tasnim, Mohamed et Hichem semblent vivre le congrès comme un «évènement national» dit Hichem faisant écho au discours de Rached Ghannouchi qui a parlé de «moment historique», leur présence sur l’estrade se fait encore attendre.
Il existe une grande différence entre vivre le congrès *comme* un « évènement national » chose qui relève somme toute de l’émotionnel et le considérer comme tel !
Je comprends le défi que représente ce congrès pour le parti en question mais cela n’explique nullement sa saisie du salon d’honneur pour la réception de ses propres invités (et non officiellement ceux de la Tunisie).
Citation : « Il est à mentionner que le salon d’honneur est réservé d’habitude aux personnes et délégations officielles invitées par l’Etat. A noter également que le logo du parti Ennahdha a bel et bien été installé dans cet espace, contrairement à l’usage, même sous l’emprise du RCD. »
Lien de l’article : http://www.businessnews.com.tn/Rached-Ghannouchi-re%C3%83%C2%A7oit-ses-invit%C3%83%C2%A9s-au-salon-d%C3%82%E2%80%99honneur-de-l%C3%82%E2%80%99a%C3%83%C2%A9roport-%28vid%C3%83%C2%A9o%29,520,32242,1#com