Employé au Qatar et ministre en Tunisie: Un gendre idéal ?

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Tawa fi Tunis


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Les vieux réflexes dictatoriaux ne s’oublient pas si vite quand le pouvoir vous tend la main. Lorsque le gendre du leader du parti d’Ennahdha devient membre du nouveau gouvernement, le nom Ghannouchi apparaît peut-être un peu trop souvent jusqu’à créer la polémique dans l’Assemblée.

Les 138 interventions qui ont eu cours vendredi 23 décembre avant le vote de confiance accordé au gouvernement ont montré les premières critiques de certains contre le nouveau gouvernement. Réglée pour chaque député à 3 minutes, une intervention a créé la gêne au sein de l’hémicycle. La député du Pôle Démocratique Salma Baccar a exprimé son mécontentement en dénonçant la nomination de Rafik Abdessalem au poste de Ministre des Affaires étrangères. Celui-ci ne serait autre que le gendre de Rached Ghannouchi, membre du parti Ennahdha. Il est marié à Soumaya Ghannouchi et directeur du centre de recherches stratégiques rattaché à la télévision Al Jazeera. Sa nomination au poste de ministre des Affaires étrangères avait déjà suscité des réactions dans la presse nationale qui parlait de « népotisme ». Celle-ci a exprimé sa désapprobation notamment face au contexte actuel.

«L’opposition est depuis deux semaines très inquiète sur cette nomination. Personne ne doute des capacités de ce monsieur mais nous vivons encore les blessures de la dictature et ses séquelles. La demande de la société civile est à prendre en compte et je pense que nos collègues d’Ennahdha auraient pu faire attention à la sensibilité des citoyens. Nous sommes encore trop proches d’un passé douloureux pour ne pas tenir compte de cela.»

La voici s’exprimant à l’Assemblée :


Cette déclaration a provoqué une certaine gêne chez les membres d’Ennahdha qui ont immédiatement pris la défense du concerné dans leurs interventions. Meherzia Lâabidi, vice-présidente de l’Assemblée a préféré prendre la remarque avec humour.

«Il ne faut pas être injuste en se basant sur ce qui s’est passé à l’époque de la dictature. Ce n’est pas approprié selon moi de faire un parallélisme. C’était une époque différente où il n’y avait de possibilité pour l’opposition de s’exprimer et pour la transparence. Tout le monde s’accorde à dire que la fonction principale de l’Assemblée, c’est justement d’être vigilant et de contrer le gouvernement lorsqu’il y a des dérives.»

Les membres d'Ennahdha au sein de l'Assemblée le vendredi 23 décembre

Néji Jmal, autre député d’Ennahdha, s’indigne «Je trouve ça inadmissible d’attaquer un ministre car c’est le gendre de tel ou tel. De la part d’un citoyen lambda c’est acceptable mais de la part d’un député d’attaquer un ministre… »

Un incident qui ne laisse as indifférent d’autres membres de l’opposition qui déplore le fait que le débat se déplace sur ce genre de problèmes. Iyed Dhamani du PDP (Parti Démocratique Progressiste) affirme être mitigé «Ce n’et pas une bonne chose de déplacer le débat sur des individus, on va juger le gouvernement sur ses actes. Ennahdha aurait pu éviter cela plutôt face à l’opinion publique.»

Le gendre de Ghannouchi derrière Béji Caïd Essebssi et Hamadi Jebali


Un incident qui fait polémique sans pour autant arrêter le débat en cours. Si les députés s’accordent à dire que l’on reste bien loin des réflexes dictatoriaux et de l’emprise des Trabelsi sur le pays, qu’en sera-t-il des réactions de la société civile ? Le terme de « clientélisme »  déjà employé durant le régime Ben Ali a refait surface dans le vocabulaire des journalistes tunisiens qui dénoncent aussi le fait qu’il ne maîtrise pas bien la langue française pour ce poste.

Lilia Blaise

 

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1 réaction

  1. amad salem
    Le 26 décembre 2011 à 0 h 07 min

    Quand on cherche le pou sur la tête d’un chauve en oubliant ceux qui pullulent chez les chevelus, on dit et on fait n’importe quoi. D’abord, on oublie qu’on est élu pour accoucher d’une constitution le plus vite possible. Ensuite, on oublie que c’est le peuple qui paies ces palabres tunisiennes plus néfastes que les byzantines. Tertio, on joue à l’hypocrite car celle, ou celui, qui critique aurait fait pire à la même place. Enfin, on leur pose la question : dans la liste gouvernementale passée comme ballon d’essai, il y avait bien Khayem Turki ministre des Finances ? Il est le frère de l’épouse de Ben Jaafar, président de la constituante et du takattul allié à Ennahdha. Pourquoi n’avons pas entendu ces « critiques » ? Où étaient ces « défenseurs de la démocratie » quand les deux précédent président et 1er ministre distribuaient les postes à leurs familles et proches ? Dommage qu’il y ait eu ces élctions de constituante !