Ces petites phrases d’Ennahdha qui dérangent

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Tawa fi Tunis


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Si les propos récents de Rached Ghannouchi sur Hannibal TV à propos de l’adoption étaient passés relativement inaperçus, la déclaration de Souad Abderrahim sur les mères célibataires a déclenché un tollé général. Jusqu’où Ennahdha ira-t-il dans le jeu du double discours ?

Le journal français Le Parisien mettait encore en avant mercredi 9 novembre la modernité de la femme «non-voilée» d’Ennahdha, Souad Abderrahim tête de liste du parti dans la circonscription de Tunis 2. Cette dernière semble avoir montré une autre facette de sa personnalité en bannissant purement et simplement les mères célibataires de la société tunisienne dans un entretien radiophonique donné le même jour. Dans ces deux médias, chaque discours très différent témoigne du jeu de langage que les représentants d’Ennahdha continuent d’entretenir après les élections:

Au Parisien, le 9 novembre, Souad Abderrahim déclare «Il y a une phobie d’Ennahda dans ce pays. Mais les Tunisiens vont juger sur la pratique, et ils comprendront qu’on ne veut rien imposer. La Tunisie pratique un islam modéré, et Ennahda est un parti politique civil et modéré, respectueux des libertés» et l’article ajoute «Mère de deux enfants, Souad Abderrahim a mené l’essentiel de sa campagne sur la famille».

A la radio Monte Carlo Doualiya qui émet en langue arabe, le discours semble beaucoup plus conservateur et régressif sur le statut des femmes qui ont eu un enfant hors mariage : «les mères célibataires ne devraient pas aspirer à un cadre légal qui protège leurs droits» et que les «mères célibataires étaient une infamie» tout en ajoutant qu’elle avait honte pour la Tunisie par rapport aux autres pays du monde arabe.

 

Les réactions à de tels propos contre celle supposée illustrer la tendance moderniste d’Ennadha ont tout de suite été relayées sur la toile via des remarques acerbes et une descente en règle de la nouvelle députée. Quelques femmes tunisiennes ont aussi exprimé leur désapprobation en réagissant immédiatement après les faits:

Hanene, une journaliste trentenaire analyse avec pessimisme les paroles de Souad Abderrahim «Ces propos sont insensés. Elle se voile la face et ne propose aucune alternative. Et puis elle ne parle pas des enfants issus de ces mères célibataires, doit-on aussi les sanctionner pour quelque chose qui n’est pas de leur faute ? Je ne comprends pas comment quelqu’un qui est censée prendre part au futur gouvernement peut tenir de tels propos. On est dans une situation où quelqu’un qui doit gérer des affaires courantes, se met dans une position de moraliste et c’est très dangereux. Un responsable politique est supposé s’adapter et gérer avec réalisme le pays, tenir un discours pareil, c’est être en complet décalage.»

Pour Samah, jeune mariée de 26 ans, les propos la gênent surtout dans leur radicalité : «Elle pourrait proposer de sensibiliser ou d’encadrer plus les jeunes filles mais au lieu de ça, elle sanctionne et marginalise toute une frange de la population.»

Le siège d'Ennahdha à Bizerte

 

La famille semble bien être un thème qui préoccupe le mouvement Ennahdha depuis quelques semaines. Celui-ci s’exprime sur le sujet essentiellement dans des médias arabes. Une autre déclaration , le 29 octobre sur la chaîne privée tunisienne Hannibal TV témoigne encore des ambiguïtés du parti sur la place de la religion dans le futur régime tunisien. Invité lors de l’émission Saraha Raha, Monsieur Ghannouchi commence d’abord par rassurer la société tunisienne en disant qu’il n’a aucune intention de rétablir la polygamie et que les droits des femmes seraient respectés. Pourtant, plus tard dans la soirée, un autre débat se lance sur le statut de l’adoption. Le leader a en effet déclaré qu’il souhaitait abolir la loi sur l’adoption en Tunisie (la loi du 4 mars 1958 instaurée par Bourguiba légifère une tutelle publique et officieuse pour les enfants abandonnés). A la place de la loi actuelle, Monsieur Ghannouchi a dit préférer la Kefala issue de la Charia qui repose sur l’engagement de prendre bénévolement en charge l’entretien, l’éducation et la protection d’un enfant mineur, au même titre que le ferait un père pour son fils. Il s’agit aussi d’une forme de tutelle légale et reconnue par le droit international.

Si ici, Monsieur Ghannouchi semble proposer une alternative, il pose cependant la question de la place du religieux et de la loi islamique pour ce qui relève encore en Tunisie de la sphère publique. Plus encore, le problème ne porte pas sur le débat mais sur les termes utilisés par Monsieur Ghannouchi qui tout comme Souad Abderrahim, démontre une orientation du discours. Il laisse en effet échapper au cours de la soirée le terme de «Laqit» («batard») pour parler de ces enfants. Ce choix des mots insultant et stigmatisant peut questionner un discours d’un parti qui prône la « modération ».

La statut de ces enfants reste problématique dans la société actuelle et mérite sans doute d’être traité avec plus de délicatesse et de « modération » comme le montre l’histoire de cette kairouanaise: Afifa, 50 ans vit à Kairouan depuis toujours. Il paraît qu’elle a été retrouvée par un pêcheur sur une plage près de Tunis alors qu’elle n’avait que quelques jours. Le pêcheur l’a récupère et l’a dépose alors à l’hôpital de La Marsa. Quelques temps plus tard elle est adoptée par un couple ayant déjà trois enfants. Afifa ne saura jamais qu’elle est une enfant adoptée. C’est à la mort de ses parents, suite à un différent entre elle et la femme de son frère qu’elle apprend la vérité, alors qu’elle a presque 25 ans. Pour ne pas être considérée comme une bâtarde Afifa part à la recherches d’informations. En vain. Ne connaissant pas sa filiation elle se retrouve dans l’impossibilité de se marier, de peur d’épouser un membre direct de sa famille. Elle est donc seule et obligée de travailler pour subvenir à ses besoins. Pour éviter tous problèmes et rumeurs elle s’enferme chez elle et devient très pratiquante. Une vie de recluse pour éviter d’attirer l’attention.

Les propos sur la cellule familiale sont souvent plus conservateurs que le discours modéré que le parti tient face aux médias étrangers et sur la scène diplomatique. Ennahdha continue en effet d’entretenir un doute sur ses réelles motivations et ses projets politiques. Pourtant il semble vouloir aussi rester fidèle à une certaine vision de la place de la religion dans la société tunisienne énoncée dès le début dans son programme. Le problème reste celui du juste équilibre mais aussi la manière d’aborder le débat, chose que ne semblent pas respecter les dérives langagières de Madame Souad Abderrahim. Jusqu’à quand cette attitude tiendra-t-elle? Qu’en est-il de la société tunisienne devant ces déclarations? Suscitent-elles des réactions passionnées seulement au sein de la blogosphère et des internautes? Mettent-elles à jour des non-dits ou des tabous en disant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas? Ces questions soulèvent aussi une problématique qui mérite d’être posée dans le contexte actuel : Dans quelle mesure ce parti va-t-il influencer le quotidien et la sphère privée de chaque Tunisien? Qu’en sera-t-il de l’acceptation ou de la résistance citoyenne face à de tels propos? Ces déclarations doivent être prises au sérieux dans la mesure où elles illustrent un certain regard sur la société tunisienne d’aujourd’hui, son oscillation entre conservatisme et modernité et sa relation à la religion. Sans oublier que ces mots ne sont pas les seuls à faire leur petit effet lorsque l’on parle d’Ennadha. « la langue française pollue l’arabe » prononcé par Monsieur Ghannouchi le 26 octobre a marqué une tendance à la radicalisation du discours dès les premiers jours postélectoraux. Reste à savoir comment la société civile recevra ce genre de discours et si le jeu de langage et la rhétorique d’Ennahdha aura un poids dans les opinions.

Lilia Blaise, Témoignage de Kairouan recueillie par Sana Sbouai

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9 réactions

  1. Laamouri Abdelwahed
    Le 10 novembre 2011 à 11 h 32 min

    Je pense que la Tunisie est sur le bon chemin de la démocratie.Le peuple tunisien a fait son choix dans les urnes et a par conséquent dépassé le handicap du doute et du rejet de l’autre. Cette étape importante ne sera pas secouée par les déclarations de toute nature (charia, idéologie…) et les débats controverses entre personnes ou partis ou groupes. Ce ne sont que des idées prématurées et non destabilisantes.Le plus important est que tous les partenaires élus discuteront et en toute liberté de toutes les questions lors des prochaines réunions de la constituante. S’il vous plait laisser les tunisiens mettre les mains dans les mains et travailler tranquillement, sans mettre du feu sur ce qu’a dit ceci ou celà, surtout lorsque ça provient d’un parti que certaines personnes veulent le déjouer…

  2. tunisienne
    Le 10 novembre 2011 à 11 h 39 min

    Mme souad vous etes une honte pour les tunisiens, ignorante ,opportuniste vous donnez envie de vomir

  3. EL FAHAMA
    Le 11 novembre 2011 à 7 h 32 min

    -Mme SOUAD Abderrahim dénonce cette infamie des méres célibataires qui sont en principe bannies de la société Musulmane n’en plaise aux occidentaux, qui ont la phobie du Parti ENNAHDA Tunisie et chechent par tous les moyens de le déstabiliser.
    -Notre culture Arabo-musulmane est la meilleure .

  4. Amara
    Le 11 novembre 2011 à 8 h 21 min

    Donner 500 Dinars par mois à une femme qui a des enfants hors mariage c’est la honte même, alors que les chômés, les bons travailleurs, les pauvres, ceux qui travaillent 12h par jour touchent 300 Dinars.
    Arrêtez d’être aussi cons et de suivre comme des moutons des directives extérieures !

  5. nom
    Le 11 novembre 2011 à 15 h 49 min

    Bas les masques les islamistes commencent à montrer leurs vrais visages !!!

    Et dire que des femmes votent pour ça quelle honte !!!!

    « Le site Tuniscope précise que «Souad Abderrahim a ajouté qu’en tant que Tunisiens, nous devrions préserver nos mœurs et se battre pour une liberté conforme aux normes d’une société arabo-musulmane, conforme aux coutumes et aux traditions.» «Il n’y a pas de place pour une liberté intégrale ou absolue», juge la membre d’Ennahda. « 

  6. Le 11 novembre 2011 à 16 h 05 min

    Madame l’apothicaire, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être

    Madame l’apothicaire,
    Je suis mère célibataire
    Et le fruit d’un adultère
    Mon père est mon dépuceleur,
    Ma mère est silence amer
    Ma fille est ma sœur
    Debout, j’ai accouché
    Dans l’urine et les excréments
    Le trou a failli avaler mon rejeton,
    Si ce n’est le cordon
    Avec un bout de verre, je l’ai tranché
    Et enveloppé la bâtarde dans un torchon
    A quinze ans, le foyer paternel j’ai quitté
    Renvoyée parce que décriée
    Déclarée « putain », je me suis exilée
    Et pour nourrir la fille-péché
    Mon sexe, j’ai échangé
    Contre couches et biberons,
    Dans le bordel qui m’a hébergée
    Dans un couffin usé,
    Pleure l’enfant adultérin
    Quand l’impuissant frustré
    De son poing me défigure
    Et que je crie « au secours »
    Madame l’apothicaire
    Je suis mère célibataire
    Vous creusez des trous, il paraît
    Pour y enterrer les nouveau-nés,
    Que le mariage n’a pas sanctifiés
    Vous construisez des fours, il paraît
    Pour y brûler vives
    Les fornicatrices débauchées
    Les cendres, il paraît, deviendront engrais
    Pour fertiliser la terre,
    De ceux qui se sont révoltés
    De ceux qui ont crié : « Liberté » !

    Houda ZEKRI
    11/11/2011

  7. ben ali
    Le 12 novembre 2011 à 8 h 12 min

    Les déclarations de madame Souad Abderrahim expriment l’avis de la majorité du peuple tunisien qui est un peuple musulman profondément attaché aux valeurs et à l’éthique musulmane. Les enfants issus de ces comportements irresponsables sont des victimes et par conséquent la charia islamique a résolu ce problème il y a 14 siècles déjà. Ce que Madame Abderrahim a denoncé c’est le fait de vouloir délibérément faire des enfants/victimes en dehors du cadre du mariage car cet acte est banni par la charia et à la morale musulmane. Enfin je lance un défi à ceux et à celles qui se réclament de la « modernité, sic » de soutenir un tel langage sur la scène publique en Tunisie. Ils ont été boudés lors des dernières élections parce qu’ils n’ont jamais représenté le tunisen qui est resté un fervent musulman malgré plus d’un demi siècle de matraquage anti islamiste.

  8. michael
    Le 12 novembre 2011 à 10 h 24 min

    A tous les arabes qui vivent en France, la Tunisie ne ressemble pas à votre pays d’origine ou à votre ghetto, on ne vit pas à l’âge de pierre chez nous et la culture arabo-musulmane n’est qu’une composante de notre culture tunisienne, qui est le fruit d’un brassage des civilisations. Non la Tunisie n’appliquera jamais la loi des fous de dieu, oui les mères célibataires continuerons à pulluler en Tunisie. N’en déplaise aux salafistes français qui ont élu domicile en prison ou dans des cités juste à côté des dealeurs, mon pays ne sera jamais un Etat islamique et ce n’est pas Ennahda qui va pouvoir changer radicalement les choses. Dès qu’ils essaierons de toucher au mode de vie des tunisiens, toute la société civile se rassemblera pour les dégager. Non mais, nous sommes la société la plus ouverte et moderne du monde arabe ce n’est certainement pas ennahda et sa vitrine, la rétrograde et inculte pharmacienne, qui vont changer cela.

  9. Le 19 novembre 2011 à 22 h 38 min

    Théocratie Réelle Maintenant

    Les questions qui tuent
    Et pour lesquelles on s’entretue
    Sont peut-être les seules qui nous situent
    Porqué no? Why not ? Allech lè? Pourquoi pas?
    Pourquoi pas la charia ?
    Et pourquoi pas la charia ?
    Ça jette un froid, n’est-ce pas ?

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/11/theocratie-reelle-maintenant/

One Rétrolien

  1. Par - Journalistes rédacteurs de l'EMI le 25 novembre 2011 à 16 h 41 min

    [...] Ces petites phrases d’Ennahda qui dérangent [...]