Tunis était encore calme ce matin à 5h30 alors que les premières éditions du quotidien national La Presse viennent tout juste de paraître. Extrait de la masse réservée aux futurs lecteurs matinaux, un exemplaire donne un aperçu de l’évènement que connaît aujourd’hui le pays : Dimanche 23 octobre 2011, la Tunisie vit ses premières élections libres depuis la fin de l’ère Ben Ali….à suivre en direct sur Tawa fi Tunis !
Les campagnes de sensibilisation ont été faites, les urnes et les isoloirs installés, les journalistes accrédités, les observateurs déployés. La fameuse encre, cette encre indélébile qui assurera la bonne transparence de l’élection, va marquer trois jours durant l’électeur.
« Ce qui est beau dans cette encre, c’est le fait que l’électeur va vraiment être marqué électoralement et démocratiquement au sens littéral» avait déclaré avec émotion Kamel Jendoubi, le président de l‘ISIE , il y a encore deux semaines.
Hier le silence électoral avait laissé la capitale se reposer des klaxons des voitures des partis et des derniers meetings en grande pompe. Rien ne semblait présager l’évènement d’aujourd’hui. Chacun vaquait à ses occupations habituelles.
Et pourtant le jour J est bel et bien arrivé comme le montre la une historique historique du journal La Presse de ce matin. «Le peuple tunisien à la reconquête de sa liberté et de sa dignité» écrit en grosses lettres rouges, petite déviance symbolique dans la maquette habituelle du journal. La ligne éditoriale n’est plus la même que sous Ben Ali. Les journalistes se sont emparés de leur plume pour inciter le citoyen à aller voter. «Aux Urnes citoyens», «Votons, nous serons tous gagnants», «les urnes sont belles», chacun semble rivaliser d’éloges pour la démocratie naissante. Si les élans lyriques de l’éditorial rappellent le chemin effectué par le peuple tunisien depuis la révolution, les autres articles et le supplément sont tournés vers l’aspect pratique du vote : Comment voter ? Comment aller vers l’urne ? Comment remplir le formulaire et surtout cocher la bonne case ? Entre la BD et le manuel de l’électeur, une des questions, bien avant l’interrogation du scrutin sera celle de la mise en pratique du vote et sa réception chez le citoyen dont les habitudes de vote restent inconnues.
Hier, chaque citoyen enregistré a reçu un petit SMS de l’ISIE l’invitant à se présenter à son bureau de vote le lendemain avec l’adresse exacte du bureau et le rang d’enregistrement. « C’est du jamais-vu quand même » a déclaré Sana, une future électrice, en recevant le message. Tout semble fin prêt comme le confirme la titraille de La Presse qui revient dans un reportage sur la ville où tout a commencé, Sidi Bouzid. La veille, quelques agitations à propos de listes électorales déchirées et de Tags en noirs contre Nessma TV ont semé le trouble avant les élections raconte le reporter qui opte malgré tout pour un ton rassurant à la fin de son article. Cet évènement mentionné en une à côté des autres articles annonce les sentiment de la journée : l’excitation d’aller voter se mêle encore à l’inquiétude quant à au bon déroulement du processus. L’effervescence générale sera-t-elle partagée par tous ? Une chose est sûre, l’incertitude est aussi la grande nouveauté de ce scrutin. Il appartient aujourd’hui à chaque Tunisien de décider de l’avenir de son pays et de se reconstruire. Cette volonté est bien perceptible dans les lignes du premier article du journal La Presse, ancien journal du régime passé qui célèbre aujourd’hui une nouvelle ère:
« La Révolution du 14 janvier 2011 a imposé son agenda. On remet tout à plat. Et on reprend là où on aurait du commencer convenablement. Retour à la case Constituante. » (La Presse datée du 23 octobre 2011).
Lilia Blaise




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[...] out, stood in seemingly endless lines, waited for seemingly endless hours, and then shouted: “La Tunisie vote!” “La Tunisie a déjà gagné!” “Today, Tunisia chose for [...]