Malaise autour du film tiré du roman de Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit. Une critique inexistante ou méprisante accueille en France ce film, pourtant loin d’être un navet.
L’histoire: un fils de paysan ruiné, Younès, est confié à 9 ans à son oncle d’Oran, pharmacien nationaliste marié à une Française. Le jeune Younès, rebaptisé Jonas, se mêle à la jeunesse pied-noir de l’Algérie française des années 1950… Il passe à côté de l’amour de sa vie, une jeune Française dont la mère l’a déjà séduit.
Yasmina Khadra, l’auteur du roman, a confié à notre consœur Nadera Bouazza, qu’il aimait l’adaptation de son livre au grand écran, «chose rare pour un auteur». Il a laissé Alexandre Arcady, un pied-noir, le porter à l’écran : «Ce n’était pas évident qu’il fasse fi de tous les commentaires désobligeants qu’on aurait pu avoir», admettait le réalisateur dans une interview, à la sortie du film… Il ne pensait pas si bien dire.
Cette grosse production tournée en Tunisie a été accueillie par une très mauvaise critique. «Un nanar besogneux» pour Première, rempli «d’emphase assomante» pour VSD. «L’équivalent algérien du pudding» pour Le Figaro, en «manque considérable de subtilité» pour La Voix du Nord.
L’adaptation du best-seller de Khadra ne mérite même pas une note dans le supplément Sortir de Télérama, un magazine qui ne lui consacre qu’une critique sommaire. Quelques mots, sans plus, dans la rubrique «autres films» de Libération.
Ce long-métrage de 2h40 n’en remet pas des couches sur le contexte politique, omniprésent mais abordé en filigrane. Des bombes explosent au loin, un employé algérien se fait régulièrement tabasser par son patron français, une petite Française à l’école primaire ne veut pas être l’amie d’un Arabe… Du coup, le vrai sujet, le malaise du jeune Younès, tiraillé entre deux mondes, paraît même un peu trop indirect au quotidien algérien El Watan, qui voit dans la fresque un «bonbon dont on connaîtrait déjà la saveur».
La fiction grand public propose pourtant un bon casting, à commencer par la tête d’affiche, le prometteur Fu’Ad Aït Aattou, un acteur et mannequin franco-marocain qui s’illustre ici dans un rôle de personnage introverti. Malheur à lui: il «sonne faux pendant tout le film», du moins aux yeux très sévères du Journal du dimanche (JDD).
Seul avis un peu moins négatif: celui du quotidien Le Monde, qui salue une «fresque monumentale», avec «au coeur un souffle romantique volé à l’Hollywood des heures anciennes : naïf et flamboyant». Pas suffisant pour assurer le succès du film en salles: 234.000 entrées pour ses trois premières semaines d’exploitation, du 12 septembre au 3 octobre. En d’autres termes, un flop.
Les avis des spectateurs, eux, sont plutôt favorables, notamment sur AlloCiné. On peut aussi lire ces lignes, postées à Télérama par un internaute: «Est-il impossible de faire une fresque sur l’Algérie sans que celle-ci soit ouvertement pro-fellagha? Si oui est-il impossible de reconnaître que c’est un bon film sans trahir son postulat idéologique qui ne reconnaît qu’une chose: la France en Algérie ne fut qu’un crime. Décidément si la France a du mal à regarder en face sa propre histoire, on ne peut pas dire que Télérama soit plus courageux.»
On ne peut que s’interroger sur cet accueil critique, qui peut paraître injuste au regard du résultat: un film un peu mélo avec son histoire d’amour impossible, mais beau.