Afrique du Sud: les fermiers blancs partent au « Nord »

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Sabine Cessou


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En raison d’une incertitude persistante sur la direction que pourrait prendre la réforme agraire, les fermiers blancs sont de plus en plus nombreux à aller voir si l’herbe est plus verte au « Nord » – comme on dit en Afrique du Sud pour désigner les pays voisins, en Afrique australe et centrale.

Selon le grand syndicat d’agriculteurs AgriSA, ils sont 50 fermiers, en moyenne, à se renseigner chaque mois sur des projets agricoles dans d’autres pays d’Afrique. Au Mozambique, un pays souvent qualifié de «dixième province de l’Afrique du Sud» en raison de l’ampleur des investissements sud-africains dans tous les secteurs, 950 fermiers sud-africains sont déjà actifs dans la canne à sucre, la banane et l’élevage bovin.

Les terres arables restent à 87% aux mains des Blancs dans la "rainbow nation". The Rainbow Museum pour FlickrCC.

Le Botswana, la Zambie et la République démocratique du Congo (RDC) sont également des destinations de choix, pour des exploitants agricoles qui cherchent à quitter l’Afrique du Sud pour plusieurs raisons: le flou sur la direction que pourrait prendre la réforme agraire, la hausse des prix de l’électricité ces dernières années et le problème persistant de l’insécurité. Les meurtres de fermiers blancs et de membres de leur famille touchent une centaine de personnes par an depuis 1991, malgré les systèmes d’alerte et d’auto-défense organisés par les agriculteurs, reliés entre eux par des systèmes radio.

L’agitation sociale des derniers mois, qui s’est propagée dans l’agriculture comme dans d’autres secteurs, dans le sillage du massacre de mineurs tués par la police à Marikana, joue aussi. Dans la province du Cap occidental, les grèves d’ouvriers agricoles qui demandent depuis début novembre le doublement de leur salaire minimum (pour le voir passer de 7 à 15 euros par jour) poussent de nombreux fermiers à se poser des questions sur l’avenir. Ces grèves ont déjà fait deux morts du côté des ouvriers agricoles.

Persuadée que l’Afrique du Sud sera le prochain Zimbabwe, une partie des fermiers blancs redoute aussi les politiques de réforme agraire qui pourraient être lancées par le Congrès national africain (ANC, au pouvoir). L’un des sujets de discussion qui seront abordés lors du prochain congrès du parti en décembre à Bloemfontein (Mangaung). Les appels intempestifs pour la nationalisation des terres lancés par Julius Malema, l’ancien chef de la Ligue des jeunes de l’ANC, exclu du parti mais resté influent, sont très mal perçus par la minorité blanche (8,9% de la population).

Force est de constater que la politique de redistribution des terres engagées par l’ANC n’a pas donné de résultats: les fermiers blancs détiennent toujours 87% des terres arables, vingt ans après la fin de l’apartheid. Au lieu des 30% de terres que le gouvernement Mandela voulait voir redistribuées aux Noirs avant 1999 – une date butoir ensuite repoussée à 2014 – seulement 7% des 26 millions d’hectares visés ont changé de mains.

Le principe du « willing buyer, willing seller », selon lequel les transferts de terres doivent suivre la loi du marché, avec des rachats par des Noirs de terres mises en vente par des Blancs, ne fonctionne pas. Cela étant, l’enjeu des terres paraît d’abord et avant tout politique: contrairement au Zimbabwe, où l’agriculture représente le socle de l’économie, ce secteur n’est pas central dans l’économie sud-africaine (3% du PIB et 7% de l’emploi, selon les chiffres officiels, pour une part de 12% du PIB si l’on inclut l’industrie agroalimentaire). Et la majorité noire en Afrique du Sud n’est pas intéressée par les fermes, un secteur qui demande de l’expérience et des investissements, mais plutôt par des emplois en ville…

 

 

 

 

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1 réaction

  1. André Soungola
    Le 21 novembre 2012 à 16 h 57 min

    Les fermiers blancs partent toujours dès qu’il s’agit d’un partage équitable. Ils iront sémer le désordre dans leurs nouveaux pays d’acceuil après avoir spoilé les noirs en Afrique du sud. Nous avons encore en mémoire le Zimbabwé.