Thabo Mbeki, « l’Africain de l’année », salué chez lui non sans hypocrisie

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Sabine Cessou


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L’ancien président Thabo Mbeki, chassé du pouvoir en septembre 2008 par les partisans de son successeur, Jacob Zuma, s’est vu décerner le titre « d’Africain de l’année » par le journal nigérian Daily Trust pour son «extraordinaire contribution» dans le règlement du conflit soudanais. L’ex-président sud-africain, qui se fait discret chez lui, à la tête d’une fondation qui porte son nom, continue d’exercer un rôle de médiateur pour l’Union africaine (UA).

C’est dans ce cadre qu’il est intervenu au Soudan en avril dernier, pour éviter l’escalade de la violence et le retour à la guerre. Un rôle qui pourrait se renforcer à l’avenir, puisque la nouvelle présidente de la commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, qu’il avait nommée ministre des Affaires étrangères, était l’une de ses protégées et même donnée un moment comme présidentiable contre son ex-mari, Jacob Zuma.

Un exercice rare d’hypocrisie a suivi le prix du Daily Trust en Afrique du Sud, les uns et les autres tirant leur chapeau au président déchu, comme s’il n’avait jamais été critiqué pour son mode de gestion centralisé du pouvoir, son goût pour l’intrigue et les coups bas, ses politiques sur le Sida (les antirétroviraux n’ont commencé à être distribués en Afrique du Sud qu’à partir d’octobre 2003) et son indulgence à l’égard de Robert Mugabe, malgré la crise au Zimbabwe.

La Ligue des jeunes de l’ANC (ANCYL), qui avait largement participé sous l’égide de son ancien président, Julius Malema, à l’éviction de Thabo Mbeki, salue aujourd’hui «l’intégrité» du grand homme. Quand à Jacob Zuma, limogé en 2005 de la vice-présidence de la République par Thabo Mbeki, qui l’avait ensuite fait poursuivre par la justice pour viol et corruption, il s’est fendu d’une conférence sur son prédécesseur, donnée le 9 novembre dans un stade du Cap oriental.

Dans le cadre des célébrations du centenaire de l’ANC, une conférence est en effet donnée chaque mois par un ténor du parti sur un ancien président de l’ANC. Jacob Zuma a choisi de parler lui-même sur Mbeki, en se focalisant sur un passé plutôt lointain: Thabo Mbeki, assure-t-il, «a joué un rôle central en faisant la promotion de l’ANC à l’étranger, pendant l’apartheid».

Après avoir fait l’éloge du concept de «renaissance africaine» défendu par Mbeki, Jacob Zuma a rappelé que son ancien rival avait fait passer l’intérêt de la nation d’abord, en se retirant dignement en septembre 2008 avant la fin de son mandat, désavoué par les instances exécutives nationales de l’ANC après une âpre lutte pour le pouvoir livrée par… Jacob Zuma.

Jacob Zuma a commencé son discours sur Mbeki par une chanson – «Somlandela uMbeki yonke indawo» («nous allons suivre Mbeki partout»). Un couplet qui pourrait bien être de mauvais augure pour lui: il est lui-même contesté au sein de l’ANC et son parti est si divisé qu’il pourrait devoir tirer sa révérence, lui aussi, avant même de faire un second mandat…  Quant à Thabo Mbeki, il a brillé par son absence lors de cette conférence, son porte-parole l’ayant déclaré trop occupé avec les deux Soudan.

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