Danse: Dada Masilo, un grand nom sud-africain

L'Auteur

Sabine Cessou


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Dada Masilo, 27 ans, chorégraphe noire ayant grandi dans le township de Soweto, jouit déjà d’une renommée internationale. Elle a une dizaine de pièces à son actif, et une collaboration avec l’un des plus grands artistes sud-africains, William Kentridge. Sa dernière création, Swanlake (le Lac des Cygnes), s’est jouée à guichets fermés du 17 au 28 octobre au théâtre du Quai Branly, à Paris, en octobre.

Ce ballet classique mis en musique par Tchaïkovski, joyeusement revisité, a reçu les ovations du public et de la critique. Il mêle sauts de biche, danse zouloue, apartés humoristiques et solos époustouflants… Dada Masilo, crâne rasé comme bien des « mchoza » (filles) de Johannesburg, ne manque pas de culot. Elle a fait du personnage de Siegfried un homosexuel noir rejeté par sa communauté.

Admirée par ses professeurs pour son impressionnante ardeur au travail, cette jeune chorégraphe rêve depuis l’âge de 11 ans d’interpréter le Lac des Cygnes. Elle incarne une réussite exemplaire pour les jeunes recrues de la Dance Factory. Cette école de danse de Johannesburg, fondée en 1992, un an après la fin de l’apartheid, pour dispenser des cours gratuits à des enfants des quartiers populaires, lui a permis de s’épanouir. Ensuite passée par PARTS, l’école pluridisciplinaire d’Anne Teresa De Keersmaeker, en Belgique, elle tourne désormais en Europe, en Afrique et jusqu’au Mexique ou en Israël.

Son style, qui rappelle celui d’une autre grande chorégraphe sud-africaine, Robyn Orlin, s’amuse à déconstruire les codes de la danse, pour casser les frontières entre ce genre et le théâtre et en faire un spectacle total. Il paraît emblématique de cette nouvelle Afrique du Sud où tout est possible. Dada Masilo opère une fusion étonnante entre ballet classique et danses traditionnelles, mêle à sa troupe deux danseurs-acteurs blancs et s’accorde une liberté de ton qui voit hommes et femmes arborer les mêmes tutus blancs et petites crêtes en plumes sur la tête…

Ici, pas d’allusions trop compliquées à une Afrique du Sud qui se cherche: Dada Masilo évoque l’homophobie des townships, mais explore aussi des émotions universelles, la joie, l’amour, le rejet, la mort et la tristesse. Le tout dans un spectacle d’une heure qui déménage. Bref, un grand nom sud-africain qui n’a pas fini de se faire remarquer.

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