
Une lieutenante de la police militaire ghanéenne est briefée en juillet 2011 à Accra par un officier de renseignement américain. US Army pour Flickr CC.
La plus jeune « mule » jamais arrêtée à l’aéroport d’Amsterdam, une plaque tournante du trafic de drogue international, est un Malien de 12 ans. Le garçon, intercepté par la police le 18 juillet, voyageait seul et transportait de l’héroïne. Sa nationalité témoigne une fois de plus de l’importance prise par l’Afrique de l’Ouest en général et le Mali en particulier dans le narco-trafic international.
Le Mali, où un Boeing transportant de la drogue en provenance d’Amérique latine s’est écrasé en novembre 2009 dans le désert, est devenu l’une des routes les plus sûres pour acheminer la cocaïne vers l’Espagne et l’Italie, via l’Algérie, puis le Maroc ou la Libye. Les convois sont protégés par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), les terroristes prélevant de fortes sommes au passage.
La présence des narcos gangrène depuis dix ans déjà tout le littoral ouest-africain, du Cap-Vert à la Gambie, en passant par la Guinée et la Guinée-Bissau – un Etat faible déstabilisé par les barons de la drogue.
Washington ne s’y trompe pas. Il n’y aura sans doute pas de solution à la crise malienne sans restauration d’un Etat fort à Bamako, sans intervention militaire pour défaire les islamistes qui contrôlent le Nord du pays, mais aussi et surtout sans lutte sous-régionale contre le trafic de drogue.
Selon le New York Times (NYT) du 21 juillet, le gouvernement américain entraîne déjà des spécialistes de lutte anti-drogue au Ghana, et projette de le faire au Nigeria et au Kenya, deux autres pays anglophones. Les moyens consacrés par les Etats-Unis à la lutte contre le narco-trafic en Afrique de l’Ouest sont passés de 7,5 millions de dollars en 2009 à 50 millions de dollars en 2010 et 2011, selon le NYT. Le ministère américain de la Défense aurait conclu un accord avec le Cap-Vert pour mettre en place une base de surveillance du trafic maritime le long du littoral ouest-africain.
Toujours selon le quotidien new-yorkais, un cartel latino-américain a tenté, en octobre 2009, de corrompre Fumbah Sirleaf, le fils de la présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, pour l’autoriser à se servir du pays comme point de passage. Une somme initiale de 200.000 dollars lui avait été proposée pour permettre d’acheminer deux tonnes de cocaïne colombienne vers les Etats-Unis. Le gang avait été dénoncé par Fumbah Sirleaf, fils vertueux, par ailleurs en charge de l’Agence de sécurité nationale. La Drug Enforcement Administration (DEA) américaine est ensuite entrée en action pour arrêter neuf personnes, inculpées à New York.
Figuraient dans ce gang un pilote russe, un intermédiaire nigérian, un fournisseur colombien, le patron d’une compagnie aérienne ouest-africaine et un expert maritime ghanéen connaissant les routes non contrôlées par des radars.
Par ailleurs, trois membres d’Aqmi, les trentenaires maliens Oumar Issa, Harouna Touré et Idriss Abelrahman, impliqués dans le trafic de cocaïne exportée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) vers l’Espagne, ont été arrêtés en décembre 2009 au Ghana et transférés à New York, où ils ont été condamnés en mars dernier.
