Afrique du Sud: un achat de jet présidentiel controversé

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Sabine Cessou


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Après l’affaire du tableau le montrant nu, au sujet auquel il avait vivement réagi, Jacob Zuma prête de nouveau le flanc à la critique… La raison, cette fois: le jet présidentiel tout neuf qu’il aurait voulu se commander – un Boeing 777-200 d’une capacité de 300 sièges, spécialement adapté à ses besoins, pour 2 milliards de rands (environ 200 millions d’euros). Achat assorti, pour ne pas faire de jaloux, d’un Bombardier Global Express de facture plus modeste pour son vice-président Kgalema Motlanthe. L’actuel avion présidentiel sud-africain, un Boeing 737, est au garage pour entretien depuis plusieurs mois.

Le ministère de la Défense n’a pas suivi les procédures normales d’appel d’offres, dénonce l’opposition, qui monte l’affaire en épingle. Pour des questions sécuritaires évidentes, la procédure habituelle n’a pas pu être suivie, a rétorqué Lindiwe Sisulu, ancienne assistante personnelle de Jacob Zuma lorsqu’il était à la tête des renseignements du Congrès national africain (ANC) et ex-ministre de la Défense. De là à en conclure à des magouilles avec Boeing… Lindiwe Sisulu a bien demandé au ministre des Finances Pravin Gordhan son aval pour cet achat, qui paraît assez ordinaire si l’on s’en tient aux pratiques internationales en matière de flotte présidentielle – les exécutifs nigérian, brésilien et australien notamment volent aussi en Boeing.

«Si le Premier ministre britannique peut voyager sur British Airways, Zuma peut voler sur South African Airways», proteste David Maynier, un responsable de l’Alliance démocratique (DA), le plus grand parti d’opposition. Les critiques pleuvent sur le chef de l’Etat, qui s’est encore engagé fin juin lors d’une réunion de l’ANC à lutter contre une pauvreté qui frappe 40% de la population. Une publication satirique fait le lien avec le tableau controversé montrant les parties génitales de Zuma, et évoque le jet comme une opération «d’élargissement de pénis aux frais de la princesse».

Lindiwe Sisulu, la fille de Walter Sisulu, grande figure du Congrès national africain (ANC) et compagnon de route de Nelson Mandela, ne se gêne pas pour dire ce qu’elle pense: il faudrait à son avis que la femme qui lui succède à la Défense, Nosiviwe Mapisa-Nqakula, ex-ministre des Affaires correctionnelles et épouse d’un conseiller politique proche de Zuma, «revoie» le projet d’achat de jet.

Lindiwe Sisulu, rétrogradée en mai dernier simple ministre de l’Administration et des services publics, porte un nom illustre et ne traîne pas de casseroles. Elle s’est déclarée prête à coopérer avec l’enquête que pourrait mener la pugnace Thuli Madonsela, la Public Protector – plus puissante que son équivalent français, le médiateur de la République. Le contexte est plutôt sensible: Jacob Zuma, de plus en plus contesté au sein de l’ANC, a déjà été poursuivi en justice pour des pots-de-vin perçus lors de la négociation de gros contrats d’armement en 1999.