Mali: la peur s’installe

L'Auteur

Sabine Cessou


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L’éventualité d’une guerre au Nord du Mali effraie. Elle pousse les islamistes d’Ansar Dine, un groupuscule touareg proche d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), à nouer le contact avec le médiateur burkinabè Blaise Compaoré – même s’il n’y a pas grand chose à négocier. La peur s’installe aussi à Bamako, où la junte menée par le capitaine Amadou Sanogo continue, en toute impunité, de faire sa loi.

Du coup, de moins en moins de responsables politiques ou de personnalités maliennes osent s’exprimer ouvertement, notamment dans les médias, par peur de représailles. Même ceux qui sont à Paris n’osent pas prendre ce risque, comme Soumaïla Cissé, toujours soigné dans un hôpital à Paris, pour les blessures qui lui ont été faites par des militaires lors de son arrestation le 18 avril à Bamako. Soumaïla Cissé faisait pourtant partie des candidats donnés comme favoris avant la présidentielle prévue pour le 29 avril dernier – reportée pour cause de putsch.

Le climat de peur est entretenu par les soldats, en principe retirés de la scène politique depuis l’avènement d’un gouvernement civil de transition. Dans les faits, les hommes en kaki contrôlent toujours le Sud du Mali. Des militaires ont débarqué au siège de la télévision Africâble, le 12 juin, pour empêcher la diffusion d’une interview d’un responsable du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), la rébellion touarègue qui a fait sécession au Nord. Un homme d’affaires a été arrêté chez lui, le 9 juin, par d’autres soldats, qui l’ont emmené dans un lieu secret. Le directeur général des douanes a bien failli être arrêté, lui aussi.

Un fonctionnaire touareg de l’Etat malien, Mohamed Ag Mahmoud, directeur de l’Agence nationale de développement des régions du Nord (AND), de retour du Burkina Faso où il s’est installé après le putsch du 22 mars, a été arrêté le 15 juin à son bureau de la primature, à Bamako, par les militaires. Il est accusé de complicité avec le MNLA – parce qu’il serait récemment passé chez lui, à Gao, ville du Nord aux mains des rebelles.

Une dizaine d’officiers supérieurs croupissent par ailleurs dans les cachots de la caserne de Kati, parmi lesquels le commandant Malamine Konaré, fils de l’ancien président Alpha Oumar Konaré. Une ex-autorité là encore silencieuse – une ligne de conduite qu’Alpha Oumar Konaré s’est fixée depuis 2002, et dont il ne veut pas déroger. Les avocats de ces militaires ne parviennent à faire valoir le début du moindre droit. Le ministre de la Justice paraît impuissant, de même que le gouvernement de transition de Cheick Modibo Diarra. Le président du Mali, Dioncounda Traoré, toujours à Paris, se dit prêt à pardonner à ses agresseurs, des pro-putschistes qui l’ont passé à tabac le 21 mai dans son bureau du palais présidentiel. Un beau geste qui n’empêche pas la peur de s’installer, au Nord comme au Sud de ce qui reste du Mali.

 

 

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