«Dans l’esprit de l’ubuntu (une expression sud-africaine qui signifie l’humanité, le savoir vivre ensemble), pour montrer que vous êtes attentifs, remplis de compassion, s’il vous plaît, vendez vos voitures de luxe et remplacez-les par des voitures un peu moins chères – pour montrer que vous vous en faites pour ces gens pauvres. Votre humanité en dépend.»
Cet appel lancé le 11 août par Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix qui va sur ses 80 ans, n’était pas destiné à la minorité blanche du pays (9% de la population mais 73% des postes de direction dans les entreprises du pays, selon un rapport publié le 3 août par la Commission pour l’équité de l’emploi). Il s’adressait plutôt aux ministres noirs du gouvernement de Jacob Zuma, issus du Congrès national africain (ANC, ancien mouvement de libération nationale).
L’archevêque anglican, ancien président de la Commission vérité et réconciliation (TRC), aime à jouer le rôle de conscience morale dans son pays. Régulièrement, il met les pieds dans le plat, pour rappeler les uns et les autres à leurs responsabilités, dans une «nation arc-en-ciel» où la moitié de la population vit toujours au dessous du seuil de pauvreté.
Les Blancs doivent eux aussi se rendre à l’évidence, selon Tutu: «Vous avez tous bénéficié de l’apartheid. Vos enfants pouvaient fréquenter de bonnes écoles. Vous avez habité dans des quartiers chics. Pourtant, beaucoup de mes concitoyens blancs se fâchent quand on mentionne ces faits. Pourquoi? Certains sont handicapés par la honte et la culpabilité et répondent par des auto-justifications ou de l’indifférence. Deux attitudes qui nous diminuent.»
Symptômatique du climat actuel en Afrique du Sud, ce n’est pas la proposition de vendre les voitures des ministres noirs qui a fait débat, mais une petite phrase lâchée au micro d’une journaliste, en marge du discours prononcé ce soir-là à l’Université de Stellenbosch. Desmond Tutu a en effet suggéré de lancer un impôt spécial pour les Blancs, «une taxe insignifiante, peut-être 1% de leurs avoirs en Bourse», a-t-il suggéré.
Un feu nourri de critiques a aussitôt éclaté. Le Front de la liberté (FF), petit parti d’ultra-conservateurs blancs, a dénoncé une «proposition est raciste et insensée, qui frise les déclarations émotives de Julius Malema (président de la Ligue des jeunes de l’ANC qui propose de nationaliser les mines, les banques et les terres, ndlr), sans contribuer au débat sur la manière correcte de résoudre les problèmes économiques du pays». Et de rappeler que les Blancs ont plus contribué que quiconque au Trésor public, en payant leurs impôts «depuis 17 ans», date de l’avènement d’une démocratie multiraciale. Allusion à peine voilée au fait que les contribuables noirs n’en font pas toujours autant… De son côté, la Fondation Frederik de Klerk, gérée par le dernier président blanc du pays, un homme qui s’abstient la plupart du temps d’intervenir dans les débats politiques, a mis en garde contre «la dangereuse idée de culpabilité raciale».

4 réactions
En France on appelle une telle taxe Impôts sur la fortune.
Je ne pense pas que beaucoup de Blancs seraient affecté.
Mais peut être qu’un telle impôt gênerait certain nantis (Noir ou Blanc).
Cdt.
Tout à fait normal, puisque bon nombres d entre eux ont bénéficié du système d apartheid. cependant il faudrait élargir les personnes à taxer, tel les élites de L ANC qui s enrichie au détriment des pauvres. j ai lu quelque part dans un journal sud africain « mail and guardian » que le vice président Mothlante est très riche, lui aussi devraut être taxé, avec d autres barons de l ANC.
Au delà de la couleur, ce serait tout bonnement un impôt de solidarité des riches envers les moins nantis pour le bien de la cohésion sociale.
et encore un impot, cette fois sur la pigmentation, l’apartheid est de retour!
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