Argumentaire médian dans le débat sur les caricatures de Mahomet: «Les dessinateurs doivent tenir compte du contexte». Du contexte idéologique (liberté d’expression plus ou moins ancrée)? Du contexte politique (niveau de sécurité)? Du contexte spirituel (pratique concrète de telle ou telle religion)? Du contexte médiatique?…
Du contexte culturel sans doute. Quand Charlie Hebdo dessine un prophète nu déclarant «Et mes fesses, tu les aimes mes fesses?», tout Français reconnaît un pastiche du film «Le Mépris» de Jean-Luc Godard où c’est Brigitte Bardot qui s’inquiétait des critiques sur son postérieur. Excellentissime dessin qui transpose judicieusement Mahomet dans une scène cul(te), ce qui est bien le sujet quand on parle du prophète au cinéma.
Mais, à Tombouctou ou au Caire, quelqu’un qui ne connaît pas le film de Godard ne voit qu’un Mahomet exhibitionniste qui, allongé dans le plus simple appareil, demande à un homme d’apprécier ses fesses. Pas grave. Mais second degré (essentiel) inaccessible…
Un dessinateur doit-il faire abstraction des lecteurs étrangers qu’il obtient par ricochets, pour ne pas affadir son champ de références culturelles?
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