Pourquoi seule une famille syrienne accepte l’aide de l’État Algérien?

L'Auteur

naderabouazza


Topics

Depuis l’ouverture, le 31 juillet dernier, d’un centre d’accueil pour les réfugiés syriens en Algérie, seule une famille a accepté d’y séjourner. Quelques familles y dorment quelques heures mais la quittent à la première heure. Elles sont toujours des dizaines à squatter le square Port Saïd, mythique place au cœur de la capitale.

Familles syriennes à Alger le 30 juillet 2012. Louafi Larbi / Reuters

Un chalet en parpaing dans un centre de colonies de vacances à Sidi Fredj, station balnéaire à 30 km à l ’ouest  d’Alger. Quelques couvertures sur des lits superposés et un petit ventilateur en marche qui peine à réduire la chaleur harassante de ce début de mois d’août. Un couple, Fahd et Lamia, est assis sur le rebord d’un lit à côté de deux enfants. Cheveux noirs lisses, teint bronzé, yeux noirs perçants, Fahd ne quitte pas ses enfants des yeux. Malek, 14 ans, en jean basket a du mal à tenir en place, il ne tarde pas à sortir dans la grande cour. Hiba, 14 ans, voile blanc sur une tête baissée, tient sa mère par la main.

Lamia, également voilée, sourit sans interruption. Ils attendent. Autour, des bénévoles des scouts algériens vont et viennent des casiers de nourriture dans les mains, certains s’arrêtent au seuil de la porte du chalet de Fahd pour demander au couple s’il a besoin de quoi que ce soit. Fahd répond à chaque fois «Merci» sans rien demander de plus. Les bénévoles mobilisés par les autorités algériennes,- une quarantaine-, pour prendre en charge les réfugiés syriens débarqués ces dernières semaines à Alger, n’ont d’yeux que pour cette famille. Et pour cause, c’est la seule famille syrienne a avoir accepté de séjourner dans ce centre pour réfugiés syriens ouvert le 31 juillet 2012 et dont la capacité d’accueil dépasse les 300 personnes.

Quand l’Etat algérien sort de sa torpeur

Les Syriens qui ont fui leur pays pour se réfugier en Algérie survivent depuis des semaines grâce à l’impressionnante générosité populaire des algériens. L’État Algérien vient de sortir de sa torpeur en ouvrant ce centre d’accueil pour les prendre en charge. Seulement les 3700 syriens recensés à Alger boudent cet espace et toutes les aides des autorités algériennes leur préférant la charité populaire. Une seule famille syrienne a accepté de séjourner dans ce centre. Elle nourrit de grands espoirs quant à la prise en charge que lui réserve l’Algérie. Rencontre.

«Bouteflika va nous donner des logements»

Où sont les dizaines d’autres familles syriennes qui refusent de séjourner dans le centre d’accueil de Sidi Fredj ? Au square port Saïd, au pied de la vieille Casbah, au cœur d’Alger, rassemblés dans cette placette devenue depuis quelques semaines leur petit coin attitré. Ils y coutoient les clandestins subsahariens, les trafiquants en tout genre, les vendeurs ambulants, les SDF mais aussi des algérois chaleureux, réconfortants et surtout généreux. Ils sont plus de 12 000 syriens dans tout le pays livrés à la charité citoyenne depuis des semaines.

Bouteflika est «le meilleur président du monde arabe et de l’Afrique!»

L’État algérien vient de sortir de sa torpeur en ouvrant ce centre et en promettant la meilleure des prises en charge mais il semble avoir attendu trop longtemps. Les réfugiés syriens lui tournent le dos en préférant incontestablement la charité citoyenne à laquelle ils se sont à présent habitués. Fahd, 45 ans, propriétaire d’une usine de paraboles en Syrie fait exception et c’est peut être parce qu’il connaît bien l’Algérie.

«Je suis installé en Algérie depuis 2006, j’y vends des paraboles que je produis à Damas», raconte-t-il. «Quand j’ai appris que les services secrets syriens s’en prenaient à mon fils aîné, soldat qui a déserté l’armée syrienne, je me suis empressé d’y aller pour ramener ma famille en Algérie».

Fahd vivait chez un de ses associés algérien dans un quartier de la capitale mais depuis que sa famille est arrivée en Algérie, le seul refuge qu’il ait trouvé est la place du square port Saïd. Il l’a quitté il y a quatre jours pour rejoindre le centre d’accueil de Sidi Fredj.

«Nous avons dormi à la belle étoile pendant des jours et nous sommes contents à présent d’avoir un abri».

S’il refuse de tourner le dos à l’aide de l’Etat, c’est surtout parce qu’il est persuadé que «Bouteflika va finir par donner des logements aux syriens les plus coopératifs». « Pas des chalets en parpaings mais du béton», précise-t-il. Il sait que pour bénéficier des faveurs du régime, il faut faire allégeance. Il ne craint pas de clamer fort que Bouteflika est «le meilleur président du monde arabe et de l’Afrique!».

«Les Syriens du square salissent notre image»

«L’Algérie est un pays stable et c’est grâce au président Bouteflika», insiste-t-il. Si Fahd est très conciliant avec le régime algérien, il voue une haine féroce à son président. «Bachar El Assad ne tombera pas avant d’avoir assassiné la moitié de son peuple. L’Iran le soutient et notre seul salut est qu’il soit capturé par les rebelles, comme l’a été El Kadhafi avant lui».

Il se lève du lit, devant sa femme et sa fille statiques et poursuit son récit en agitant les bras.

«La maison de mon voisin a volé en éclat. Les bombardements se sont intensifiés à Damas et les alouites du quartier nous obligeaient à nous prosterner sur la photo de Bachar El Assad en criant qu’il est notre unique dieu».

Contrairement aux autres Syriens qui errent toute la journée dans les rues algéroises pour bénéficier de la générosité des citoyens en ce mois de ramadan, Fahd est convaincu que s’approcher des autorités algériennes est le seul moyen de s’en sortir.

«Tous ces Syriens qui refusent de venir sur ce site pour ne pas être isolés ne pourront pas bénéficier des aides de l’État algérien après».

Des dizaines de familles syriennes refusent de quitter le square port Said et des dizaines d’autres sont dispersés dans différents quartiers de la capitale. Les autorités algériennes semblent être arrivées trop tard et la situation leur échappe plus que jamais. Fahd a accepté hier d’accompagner des membres du croissant rouge algérien au square port Said pour convaincre ses concitoyens de rentrer avec lui au centre de Sidi Fredj, mais en vain.

«Ils ne veulent pas venir parce qu’ils profitent de la générosité des algérois mais ils salissent notre image en agissant ainsi», assure Fahd.

Sa femme, Lamia, sort enfin de son silence :

«ce sont des Kurdes, des gitans et des chiites, ils trompent l’opinion publique et ne servent pas notre cause en Algérie». «Je ferai tout pour dénoncer cette attitude qui entache la réputation syrienne !», ajoute Fahd.

Le fera-t-il par conviction ou pour bénéficier d’une hypothétique aide des autorités algériennes?  Grande question, qui s’ajoute à tant d’autres concernant la situation des réfugiés syriens en Algérie.

Fella Bouredji (Critique littéraire et journaliste au quotidien algérien El Watan)

A lire aussi du même auteur

Des milliers de réfugiés livrés à eux-même

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

1 réaction

  1. Nasser
    Le 10 août 2012 à 21 h 44 min

    A PROPOS DES REFUGIES SYRIENS EN ALGERIE

    Attention !

    Il y a de la manipulation avec ce dossier des « réfugiés » syriens. Vous savez que pour venir de Damas à Alger, par avion, avec toute sa famille il faut au moins 40 millions! Laisser tous les pays environnants pour faire le plus long trajet pour faire la manche! Plusieurs ‘journalistes’ algériens anti Assad ont d’ailleurs sauté sur l’occasion pour reprocher à Bouteflika de soutenir Bachar en disant ‘prenez en charge maintenant ces réfugiés ». Nos amis syriens qui vivent chez nous depuis plus de 15 ans nous ont révélé que la majorité de ces réfugiés sont appelés « Echaouayas ». Ce sont des groupes qui se déplacent de villes en villes en Syrie et de pays en pays autour de la Syrie. Ils n’ont pas point fixe. Une sorte de « Roms ». Ils nous ont révélés aussi que dès qu’ils trouvent une « occasion » (ici l’instabilité en Syrie) il la saisisse pour bénéficier des aides. L’équivalent chez nous correspond à cette catégorie qui érige des bidonvilles et qui font pression sur l’Etat pour leur donner des logements. Mais dès qu’ils les obtiennent ils les louent ou vendent le « pas de porte » pour rejoindre un autre bidonville dans une autre wilaya pour revendiquer un autre logement. Ils envoient aussi leur femme et leurs enfants mendier puis les récupérer le soir avec leur voiture. Nous ne sommes pas contre ces réfugiés mais il y a beaucoup de questionnements. La « guerre psychologique » bas son plein avec ses manipulations, ses mensonges et sa subversion. Il ne faut donc pas se laisser avoir par les sentiments. Rien n’est fortuit !
    —–

    AU SUJET DE CETTE INFORMATION

    « Une jeune réfugiée syrienne violée par un groupe de malfaiteurs à Oran
    Une jeune femme de 26 ans, originaire de Syrie, faisant partie des réfugiés syriens en Algérie, et se trouvant actuellement, en compagnie de ses parents à Oran, s’est faite, dans la nuit de jeudi à vendredi, violer par un groupe de malfrats, sans pitié et sans âme, au niveau de l’un des vieux et dangereux quartiers de la ville d’Oran, en l’occurrence Ras-El-Aïn, apprend-on de sources officielles relevant des urgences médicochirurgicales, du centre hospitalo-universitaire d’Oran. »

    DU NOUVEAU: La police nie qu’une jeune réfugiée syrienne ait été violée à Oran
    https://fbcdn-sphotos-b-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn1/551209_365752993494552_414386300_n.jpg