Histoires de prisons: la grève de la faim

Tous les jours de nouveaux prisonniers entament une grève de la faim en Egypte, en protestation contre les interminables périodes de détention provisoire et les chefs d’accusation politiques. Ils seraient aujourd’hui peut-être 66. Certains sont dans un état critique, refusant de s’alimenter depuis plusieurs mois.

C’est le cas de Mohamed Soltan qui est en grève de la faim depuis plus de 200 jours. Fils d’un cadre des Frères musulmans, il est incarcéré depuis plus d’un an, sans que les charges exactes qui pèsent contre lui aient jamais été déclarées, et ce malgré sa double nationalité, américaine et égyptienne.

Un frère et une sœur issue de la famille emblématique des opposants de gauche en Egypte, le blogueur Alaa Abdel Fattah et sa petite soeur Sanaa, sont en grève de la faim depuis qu’on les a empêchés de rendre visite à leur père mourant. Ils ont néanmoins été autorisés à quitter momentanément leur cellule pour les funérailles.
Sanaa Seif, en détention depuis juin, vient d’entrer à l’hôpital de la prison de Qanater.

Parmi les activistes en prison, du 6 Avril ou proches de ce mouvement d’opposition, (qui a été interdit par les autorités égyptiennes cette année) Ahmed Douma et Mohamed Abdel Rahman, connu sous le nom de Noubi, sont en soins intensifs. Ils ont cessé de s’alimenter eux aussi dans le cadre de la campagne « on en a assez », mené par les détenus qui entament une grève de la faim. Ils attendent derrière les barreaux un jugement en appel, après avoir été condamné à trois ans de prison dans le cadre de la loi qui régit les manifestations.

Ibrahim Al Yemeni, de l’autre côté de l’échiquier politique, dans le camp islamiste, est en grève de la faim depuis plus de 140 jours. Médecin, il a fait un passage dans les médias comme le docteur de la mosquée Fatah, sur la place Ramsès au Caire le 16 août de l’année dernière, lorsque les forces de l’ordre et leurs acolytes ont fait des dizaines de morts parmi les manifestants qui protestaient contre la dispersion sanglante du sit-in de Rabaa et Nahda deux jours auparavant.

La grève de la faim du journaliste d’Al Jazeera Abdullah al Shamy avait fonctionné, il a été libéré après presque un an en captivité et 140 jours de grève de la faim.

Ils seraient aujourd’hui 66 à refuser de s’alimenter, d’après le journal en ligne d’opposition, Al Bedayah .

Mais aujourd’hui, les autorités tardent à réagir.
Une jeune avocate qui passe son temps à défendre bénévolement les prisonniers politiques, se rendait lundi dernier au bureau du procureur général pour lui signaler la grève de la faim, en solidarité, de deux membres du parti (très gauchiste, et lié à l’ex-candidat à la présidence, en 2012, l’avocat des ouvriers, Khaled Ali) Pain et liberté. Elle rapporte que le procureur refusait d’établir une main-courante sur la grève de la faim des deux activistes, répétant « Mais qu’est-ce que j’y peux? s’ils ne veulent pas manger, qu’ils ne mangent pas. » Elle est reparti avec un papier sur lequel elle lui a fait écrire « Mais qu’est-ce que j’y peux », et la certitude d’avoir grimpé de quelques crans dans la liste des personnes à surveiller…

Vous pouvez suivre ici la page de soutien aux prisonniers politiques égyptiens (en arabe) « Libérez les courageux« .

Update: il y aurait lundi 8 septembre 105 grévistes de la faim, entre les détenus et ceux qui les soutiennent, afin de demander la libération des prisonniers politiques.

Egypte : mort d’Ahmed Seif el Islam, saint patron de la justice

Une figure de l’espoir et des luttes du peuple égyptien vient de s’éteindre. Ahmed Seif al Islam, un avocat qui a passé sa vie à combattre l’injustice, a rendu son dernier souffle au Caire, alors que deux de ses enfants, emprisonnés pour raisons politiques, manquaient à son chevet.

Son fils Alaa Abdel Fattah avait lancé l’un des premiers blogs engagés avec sa femme Manal. Il a déjà été arrêté et emprisonné à plusieurs reprises pour ses opinions, et cette fois-ci il avait commencé une grève de la faim afin d’être autorisé à rester auprès de son père – en vain. En 2011 il était en prison lors de la naissance de son fils, répétant l’histoire, car Ahmed Seif al Islam était derrière les barreaux quand sa fille Mona était née.

Sanaa, autre fille de Seif al Islam, est en détention provisoire depuis juin, pour avoir manifesté.

Leur soeur, Mona Seif, est aussi une activiste, fondatrice de la campagne « Non aux tribunaux militaires pour les civils ».

C’est une famille qui n’a eu de cesse de s’opposer au pouvoir, comme la maman, Laila Soueif, professeur de mathématiques à l’université du Caire, et sa soeur, l’écrivain Ahdaf Soueif.

Engagé du côté des socialistes, un groupe relativement peu nombreux, à l’époque ou aujourd’hui, Ahmed Seif al Islam est arrêté dans les années 1980 – et le régime lui permet de choisir l’exil. Mais, têtu, le militant préfère purger sa peine de prison, plutôt que de dire adieu à son pays pour trop longtemps. Incarcéré, il en profite pour finir ses études de droit. La torture subie le pousse aussi à s’intéresser particulièrement à ce sujet lorsqu’il co-fonde, en 1999, le « Centre Hisham Moubarak », un bureau d’avocats principalement bénévoles, pour aider les victimes d’atteintes aux droits de l’homme. Le nom rend hommage à un autre avocat égyptien. Le centre est régulièrement inquiété par le pouvoir, Ahmed Seif al Islam visite quatre fois les geôles égyptiennes.

Certains lui reprochent encore aujourd’hui, à lui et à son courant politique, d’avoir défendu les islamistes, lutté pour une liberté d’expression absolue qui aurait entraîné l’instabilité politique actuelle. Mais Seif et ses collègues, s’ils ont défendu les prisonniers politiques, parmi lesquels beaucoup étaient des islamistes, ont aussi travaillé pour les gauchistes, et pour des cas qui ont fait du bruit bien que non purement politiques, comme les homosexuels du Queen Boat.

Ahmed Seif al Islam est considéré comme un mentor par toute une génération d’activistes et d’avocats. Il n’y avait qu’à voir le couloir de l’hôpital du centre du Caire, où amis de la famille, collègues, disciples et simples admirateurs faisaient les cent pas ou conversaient à voix basse, assis par terre, ces derniers jours, autour de la porte de sa chambre.

« Saint patron de la justice » pour Zizo Abdo, un activiste du 6 Avril, « le soutien des malheureux et des opprimés », « professeur d’humanité, avocat de la révolution » d’après certains journaux, il se serait excusé amèrement en janvier, lors d’une conférence de presse, d’avoir « espéré léguer à la génération d’aujourd’hui une société démocratique, alors qu’elle se retrouve face aux mêmes cellules de prison ».

Quand je l’avais rencontré, chez lui, auprès de sa femme Layla, au début du printemps, c’est avant tout la grande simplicité et l’immense bienveillance de ce couple qui m’avaient frappée. Un appartement de taille modeste, un salon rempli des photos de famille, de livres et de dossiers, et des traces des activités des enfants (par exemple les stickers de la campagne « Non aux tribunaux militaires »). Engagement et honnêteté intellectuelle semblaient aller de pair chez Ahmed Seif al Islam, calme mais passionné, pour la justice, l’égalité et la vérité. Sa combativité était intacte, malgré les revers politiques, sa santé déjà bien vacillante, et son inquiétude pour ses enfants.

Il a succombé ce mercredi 27 août aux complications d’une opération à cœur ouvert, après plusieurs jours dans le coma.

Quand le genre devient une prison

Un homme, il doit savoir répondre quand on l’attaque. Faire du sport. Faire vivre sa famille. Gagner beaucoup d’argent. Etre un homme, c’est ça. Et rien d’autre. La société égyptienne – et ce n’est pas la seule – encadre strictement les frontières du genre, en assignant à chaque sexe un rôle prédéfini. La pression qui s’exerce sur les individus est constante.

 

Quoi de mieux que le théâtre pour représenter cette distribution des rôles? Jeudi dernier, dans une salle de l’université américaine, a eu lieu la première représentation d’un spectacle consacré à ce sujet. Cette pièce, coproduite par l’organisation féministe Nazra, est le fruit du travail mené par un groupe d’acteurs non professionnels lors d’un atelier sur la « masculinité ». Les histoires, souvent vécues par les acteurs eux-mêmes, donnent une idée des comportements considérés comme caractéristiques du sexe masculin en Egypte.
« La masculinité est un terme socialement construit qui varie d’une société à l’autre, précise Nada Riyad, à l’origine du projet. Les hommes subissent des pressions pour être viril, en fonction des caractéristiques associées à la masculinité.»
Dans la pénombre, le visage à moitié caché par un masque blanc, les acteurs défilent sur les planches du théâtre improvisé dans une salle de classe. Chacun témoigne d’une scène qu’il a vécu, certains allant jusqu’à exhumer des souvenirs intimes. Le spectacle ne se réduit pas seulement à des témoignages d’hommes. Les femmes, aussi, ont des milliers d’histoires à raconter.

Ola – « Je voulais quitter la maison familiale et vivre toute seule. Mon père me l’a interdit et m’a enfermé dans la maison. »

Le père – « C’est haram ( illicite) qu’une fille vive toute seule dans un appartement ! »

Ola – « Mais ma tante vit bien toute seule ! »

Le père – « C’est parce qu’elle n’a pas trouvé de mari. »

Ola – « Moi aussi, il n’y a personne qui veut se marier avec moi. »

Le père – « Donc reste dans la maison de ton père ! »

L’espace de la scène, à l’image de la rue, est l’objet d’un combat permanent. Epaule contre épaule, chacun tente de renvoyer l’autre à sa condition d’homme ou de femme. « Ces rapports violents sont le fruit d’une société qui transforme toutes les questions de genre en champs de bataille», poursuit Nada.

Ce n’est pas un hasard si l’éducation à l’égalité des sexes tarde à rentrer dans les manuels scolaires.

L’Egypte dans le rouge 3/ 3 : Implications sociales de la baisse des subventions

La baisse des subventions ne concerne pour le moment qu’une partie de l’énergie et non tous les produits subventionnés, comme cela avait été le cas dans les années 1970, entraînant ce qu’on avait appelé les émeutes du pain qui avaient fait 70 morts. L’électricité ne devrait augmenter qu’au début de l’année prochaine et les produits alimentaires ne sont pas encore concernés.

Le gouvernement est conscient du potentiel prix politique de mesures trop radicales, et marche sur des oeufs.
Pour aider ce secteur déjà bien en crise, mais sur lequel il compte pour relever l’économie et surtout la quantité de devises présente dans le pays, le gouvernement a décidé de donner un milliard de livres égyptiennes au secteur du tourisme.

Quant à la suite des réformes des subventions, le ministre de l’Approvisionnement a créé l’émerveillement en annonçant un kilo de poulet à environ 0,75 centime d’euro – même pour le niveau de vie égyptien, c’est un prix ridiculement bas et les détails sont très flous…

Spectre d’une inflation galopante

La baisse drastique des subventions ne concerne certes que l’énergie mais comme tous les produits sont transportés, leur prix va augmenter aussi car les transporteurs reflètent l’augmentation de leur carburant…
Qui plus est, le maréchal Sissi a affirmé qu’un contrôle des prix ne verrait pas le jour avant décembre.

Les économistes pensent que le taux d’inflation sera à 11%.
Cela fait deux ans qu’il est à plus de 8%, après être passé par un pic de plus de 11% l’année du soulèvement qui a renversé Hosni Moubarak, en 2011.

Ce taux paraît très élevé, mais il est en fait inférieur à ce qu’il était pendant les années précédant le soulèvement qui a renversé Hosni Moubarak en 2011 : le taux d’inflation était de jusqu’à 18% en 2008 et de 12% en 2010.

Fin juin la Banque centrale d’Egypte (BCE) a annoncé une augmentation des taux d’intérêt – dans un contexte de hausse des prix, et après plusieurs affaiblissements volontaristes des taux d’intérêt l’année dernière afin d’essayer de booster la croissance. Les économistes s’étonnent : on attendait plutôt une continuation de sa politique, afin de stimuler la croissance. Eman Negm, analyste pour Prime Holding, comprend que la BCE souhaite une stabilité des prix mais pense qu’une telle réaction serait utile si l’inflation venait d’une forte demande – or elle vient plutôt de l’augmentation des coûts de production à cause de la montée des prix de l’énergie.

Coût politique?

Environ un quart de la population égyptienne vit en-dessous du seuil de pauvreté. 70% reçoit des subventions du gouvernement, et on estime que 50% ne pourrait pas survivre après l’arrêt des subventions, à moins de recevoir à la place un soutien monétaire direct.
Les analystes s’accordent à dire que la classe moyenne va le plus pâtir du retrait des subventions et se paupériser davantage.
65% de la population égyptienne vit avec entre 2 et 10 $ par jour : ils constituent la classe moyenne égyptienne – globalement peu aisée : les deux tiers de ce pourcentage se situent en fait dans le tiers inférieur (moins de 4$ par jour). La plupart travaille dans le secteur privé, et pour beaucoup, dans l’informel.
Les réformes économiques et financières (libéralisation, privatisation) des années 1990 et 2000, qui ont apporté une belle croissance économique et une augmentation du PIB par habitant, n’ont en fait pas affecté la distribution des richesses : la pauvreté extrême a légèrement diminué, mais le pourcentage et la composition de la ou des classes moyennes n’a pas bougé, toujours globalement pauvre.
L’augmentation des revenus n’a donc concerné que la population la plus aisée, qui vit avec plus de 10 $ par jour, et qui ne représente qu’à peine plus de 2% de la population. (données établies par Hafez Ghanem, du Brookings center).

Dans un contexte de grande polarisation politique, l’opposition fait feu de tout bois, et les Frères musulmans principalement, espèrent pouvoir compter sur une fronde populaire.

Une manifestation des Frères musulmans le 8 juillet. Une bannière critique la crise énergétique: "Ils ont coupé l'électricité, ils ont coupé la lumière". Une autre rappelle :"ils ont augmenté l'essence et le diesel". Les deux exhortent: "réveille-toi, toi qui dors!"

Quel que soit leur bord politique, tous les Egyptiens semblent prévoir une grogne sociale, une révolte des va-nu-pieds, pas forcément politique, mais dans un avenir peu éloigné. Certes l’image plane dans les discours depuis déjà quelques années et elle ne s’est pas encore produite…

Les partisans de Sissi continuent à le soutenir, mais certains commencent à changer d’avis en étant affectés dans leur vie quotidienne.
Les deux micro-trottoirs suivants montrent des opinions opposées – bien sûr cela dépend du média qui a recueilli ces témoignages.
Dans la première vidéo, on dit qu’il faut serrer les rangs derrière le président :
- On doit tous coopérer, sinon le pays ira mal, même si l’essence augmente.
- Certains critiquent, mas moi je vois qu’il faut faire ce que Sissi dit.
- L’important c’est où il va nous faire arriver, est-ce qu’il va faire avancer le pays.
- Bien sûr il fallait réformer les subventions, mais pas maintenant et d’un coup avec tout qui va augmenter d’un coup, c’est une bonne décision mais pas au meilleur moment.

Les Egyptiens interviewés par Al-Jazeera sont moins calmes:
- Je conduis un minibus. Une augmentation de 60%, tu peux me dire comment je vais faire, d’où je vais le sortir cet argent ? Les clients me disent de ne pas le leur faire payer mais de demander au gouvernement, mais bien sûr !
- Avant je payais mon billet de minibus 3 livres égyptiennes, maintenant c’est une demi-livre de plus. Et je fais ce trajet tous les jours pour travailler.

Le gouvernement a promis de maintenir les prix des transports en commun publics – mais une très grande partie de la population emprunte des bus privés ou des microbus, privés aussi, car es bus publics sont trop peu fréquents et desservent trop peu d’endroits.
- On l’a élu pour qu’il aide les gens et leur donne à manger. Maintenant il affame la population.

Brève histoire des subventions et des difficultés de l’Etat à les diminuer

L’Egypte subventionne les produits de première nécessité depuis des dizaines d’années.
En 1977 le président Sadate a voulu, pour amadouer la Banque mondiale et le FMI, baisser les subventions et donc augmenter le prix des combustibles, du pain et d’autres produits de première nécessité comme la farine et l’huile. La vindicte populaire s’est combinée à un mouvement politique – et des casseurs ont attaqué des bâtiments de l’Etat, les villas de Sadate, les sièges de compagnies possédées par l’Etat. Sadate a appelé ces jours de révolte l’intifada des voleurs et a été heureux de se saisir du prétexte pour emprisonner les opposants communistes – néanmoins il a renoncé à ses mesures.

C’est Moubarak qui a finalement réussi à les appliquer en partie, toujours sous l’égide du FMI et de la Banque mondiale, en 1991. Des produits alimentaires, l’énergie et les médicaments sont toujours subventionnés par le gouvernement – et les médicaments ne sont pas pour le moment la cible prioritaire des diminutions des subventions.
Les Etats-Unis fournissaient de l’aide alimentaire à l’Egypte jusqu’en 1992. Avec l’augmentation des prix mondiaux des produits alimentaires, les difficultés de l’Egypte se sont aggravées, d’autant que sa population était passée de 20 millions dans les années 1950 à plus de 80 millions et que le pays était devenu le premier importateur mondial de blé…

« Pour pouvoir continuer à payer les subventions alimentaires, l’Egypte devait revoir à la baisse son soutien à l’énergie. Depuis 2004 le gouvernement égyptien a considérablement baissé ses subventions sur l’énergie pour le marché intérieur et vers la fin de l’année fiscale 2007/2008 toutes les industries très consommatrices d’énergie avaient dû renoncer à ces subventions. »
(Chambre de commerce égypto-britannique, Oxford Business Group).

Des programmes-pilotes sont mis en place depuis 2006 sous la supervision de la Banque mondiale pour essayer de passer du système des subventions à un système d’aide ciblée envers les populations les plus nécessiteuses. L’Egypte n’étant pas très douée en statistiques, le défi s’avère de taille. La Banque mondiale a promis deux millions de livres égyptiennes pour réaliser l’étude qui permettra de déterminer les familles qui ont réellement besoin de l’aide – mais dans un an. Elle a aussi annoncé un prêt dans le domaine de l’énergie cette fois-ci, pour raccorder un million et demi de foyers au gaz, afin de leur permettre d’utiliser le gaz naturel local, moins cher, plutôt que le gaz importé (on envisage jusqu’à 300 millions de dollars d’économie pour le budget de l’Etat égyptien).

En avril 2008 l’inflation et l’augmentation des prix des produits alimentaires de base avaient conduit à des émeutes en Egypte.

Aussi en mai de la même année le programme de subventions alimentaires s’est-il étendu pour englober 70% de la population.

L’Egypte dans le rouge 2/3 : les solutions du maréchal Sissi

Le maréchal Sissi avait bien prévenu les Egyptiens : lui président, il allait falloir se serrer la ceinture. Dans un contexte d’activité économique ralentie, d’un important déficit budgétaire, et d’investisseurs étrangers frileux, l’Etat égyptien cherche comment assainir son budget, en se lançant dans une politique d’austérité et en cherchant comment augmenter les recettes de l’Etat…

D’après un rapport du début de l’année de la Banque mondiale, l’Egypte se situe parmi les sept économies les plus vulnérables dans la région.

Baisse des subventions sur l’énergie

L’une des premières mesures de Sissi, fort peu de temps après son élection, à savoir la décision de couper une bonne partie des subventions sur les combustibles : essence, diesel, gaz, risque de se révèle assez impopulaire : tous les Egyptiens, y compris les plus pauvres, ont besoin d’acheter ces produits.
Les subventions sur les combustibles mobilisaient un quart ou plus du budget de l’Etat, ce qui représentait plus que le budget de la santé et de l’éducation combinés.
Qui plus est, on leur reprochait de ne pas réellement atteindre les populations nécessiteuses. Tous les Egyptiens bénéficiaient équitablement de l’énergie subventionnée : les classes aisées faisaient le plein avec de l’essence subventionnée, les industriels faisaient fonctionner les usines avec du gaz subventionné… D’après le FMI « la plupart du temps, les subventions généralisées ne bénéficient pas aux pauvres : nous avons même constaté que, dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, 20 % seulement des subventions alimentaires et énergétiques parviennent aux pauvres, tandis que les 80 % reshttp://blog.slateafrique.com/nouvelles-du-caire/wp-admin/post-new.php?post_type=posttants bénéficient à ceux qui n’en ont pas besoin. »

Cela fait longtemps que les économistes préconisent une réforme massive des subventions énergétiques en Egypte – voire des subventions tout court, et cela fait des dizaines d’années que le pays s’y emploie laborieusement.
Aujourd’hui le problème des subventions sur l’énergie se faisait d’autant plus pressant que la crise énergétique s’aggravait et avec elle le déficit budgétaire.

Déficit budgétaire

Les responsables gouvernementaux s’alarment d’un déficit budgétaire important – près de 14% du PIB pour l’année 2012/2013 – le budget pour l’année à venir, dans lequel le gouvernement du maréchal Sissi a inclus les réductions drastiques des subventions énergétiques, vise un déficit de 10% ou moins du PIB.

Certes il faut garder en tête que les chiffres donnés par les autorités égyptiennes sont peu fiables.
Mais pour mettre les choses en perspective, ce n’est pas la première fois que l’Egypte se retrouve dans une situation de grand déficit budgétaire.
A la fin des années 1980, le déficit budgétaire égyptien atteignait alors entre 15 et 25% du PIB, c’est-à-dire un taux plus important qu’aujourd’hui.

« L’Égypte aurait ainsi reçu, entre 1970 et 1989, plus de 47 milliards $ de crédits à long terme des pays occidentaux, dont elle n’aurait, jusqu’en 1989, remboursé que le tiers. La chute des recettes pétrolières a conduit le gouvernement égyptien à accumuler des arriérés, tant en principal qu’en intérêts, à partir de 1985 ». (Sami ‘Aziz et Françoise Clément)

Mais d’après l’OECD, le déficit budgétaire avait réussi à descendre jusqu’à 8% du PIB en 1994 après le « sauvetage » de l’Egypte par le FMI sous Moubarak à partir de 1991. Il est encore réduit les années suivantes.
Ledit « sauvetage » est d’ailleurs très controversé, à cause des conditions de libéralisation imposées à l’Egypte qui entraîné une privatisation désordonnée et, selon de nombreux détracteurs, génératrice d’encore davantage de corruption.
Les mesures financières ont été accompagnées d’annulation ou de rééchelonnement de milliards de dollars de dettes par les créditeurs occidentaux ou du Golfe.
Néanmoins, le déficit budgétaire recommence à plonger dès le début des années 2000. Il oscille alors entre 7 et 9% du PIB – selon les organisations internationales, car selon la Banque centrale d’Egypte, il ne s’agit que d’un déficit d’entre 2 et 5% jusqu’à 2011.

Après 2011, tous les indicateurs s’accordent à noter une chute vertigineuse de la croissance (qui avait pu aller jusqu’à 7% certaines années comme en 2008, en 2010 elle était déjà moins impressionnante, mais à 5% quand même).
L’année passée, depuis le renversement de l’ex-président Frère musulman par l’armée, l’Egypte a beaucoup compté sur l’aide des pays du Golfe, en termes d’argent ou directement de produits pétroliers.

Mais pour résoudre ce problème d’argent, les partis d’opposition, notamment le Dostour, voyaient plutôt une réorganisation de l’appareil d’Etat, une lutte contre la corruption, contre l’évasion fiscale, et surtout l’inverse de ce qui est en train de se produire, afin de maîtriser l’inflation, un contrôle des taux d’intérêt, et enfin essayer de faire baisser les intérêts à rembourser.

Nouvelles taxes et chasse aux billets

S’intéresser aux fraudeurs fiscals, le gouvernement l’a tenté – mais comme toujours, semoncer les homems d’affaires à tendance à leur faire faire leurs valises, et ce n’est pas ce que l’Egypte souhaite non plus.
Certains hommes d’affaires ont d’importants arriérés d’impôts. L’Etat égyptien ne sait pas que faire face à l’une des familles les plus riches d’Egypte, les Sawiris : tantôt elle réclame les sommes dûes par l’un ou par l’autre, tantôt elle trouve un compromis et n’en demande que 50% ou envisage de passer l’éponge… cette année c’est Nassef Sawiris qui est sous le feu des projecteurs, l’année dernière, sous Morsi, c’était Naguib son frère, et en 2011, c’était leur frère Sameh. L’Egypte ne peut pas se permettre de s’aliéner des hommes qui ont les moyens de faire plonger davantage, ou contribuer à relancer, l’économie du pays. Nassef s’était fendu d’une interview à Reuters où il n’était pas tendre envers le gouvernement actuel – heureusement, les charges qui pesaient contre lui ont été oubliées…

Les fils Moubarak par contre sont passés devant les tribunaux et ont été acquittés par la justice en décembre dernier dans l’une des affaires d’abus de pouvoir et de corruption (vente de terrains).

Dans son discours à l’occasion d’une nuit sacrée du Ramadan, lailat-al-qadr, le président-maréchal Sissi compte plutôt sur la manière douce.
Il a rappelé l’existence de fonds dédiés à l’économie égyptienne défaillante: du doux nom de “Vive l’Egypte” pour le dernier, qui vient d’être fusionné avec celui qui célébrait les manifestations du 30 juin 2013 (qui avaient conduit à la destitution et à l’emprisonnement de l’ex-président Morsi):

A plusieurs reprises il prie humblement les riches de contribuer à ce fond pour relever le pays.
El-Sissi dit ainsi vers la fin de son discours dans cette vidéo: « Nous avons un grand problème, les nécessiteux. Et en Egypte et en-dehors d’Egypte, nous avons beaucoup de gens qui ont des moyens. Il faut aider les pauvres, il faut aider les jeunes qui ne trouvent pas de travail et ne peuvent pas se marier et n’ont pas d’espoir. Va-t-on les laisser à leur sort ? S’il vous plaît, Egyptiens d’ici et de l’étranger, l’Egypte a besoin de vous. »

Dans la série des rentrées d’argent inventives, depuis un an le gouvernement ferme et saisit ou gèle les capitaux – les réquisitionne ? des entreprises des Frères, des écoles…

Enfin de nouvelles taxes sur les cigarettes et l’alcool ont été annoncées – les cigarettes importées verront leur prix augmenter de 50%.

L’Egypte dans le rouge 1/3 : Crise énergétique

L’Egypte a des ressources en gaz et en pétrole, et est actuellement le second producteur africain de gaz, avec une production qui avait doublé depuis 2004– mais elle manque pourtant cruellement d’énergie – les coupures de courant sont très fréquentes, plusieurs heures par jour.

Certes certains attribuent les coupures à la nécessité d’arrêter les vétustes centrales électriques quand elles chauffent trop, mais les responsables admettent que le déficit journalier en ce qui concerne les besoins des centrales électriques est de 15m2 de gaz, et la même chose en électricité.

Déficit énergétique

Le déficit énergétique daterait de 2007 ou 2012.
2007 selon les autorités égyptiennes, 2012 selon le chercheur (Université de Stanford) Amr Adly.
Ce dernier ajoute que l’Egypte était en fait importatrice nette de pétrole dès 2006.
Le Caire aurait importé 75 millions de tonnes de produits pétroliers par an depuis 2008.

Pourtant en 2010 encore, c’est le pétrole qui représentait plus de 50% du total des exportations égyptiennes. Cela s’explique par les obligations de l’Etat envers les compagnies étrangères qui investissent et construisent les installations pétrolières en Egypte, en échange de la garantie de pouvoir exporter.

Quant au gaz, l’Egypte en produisait et en consommait à peu près la même quantité vers 2002/4, puis en a produit considérablement plus que sa consommation jusqu’en 2012 (environ un cinquième d’après les chiffres de BP).

La production d’électricité égyptienne dépendrait à 90% du gaz.

Jusqu’en 2011, l’Egypte exportait également près d’un tiers de son gaz vers Israël et la Jordanie – à des prix peu concurrentiels, ce que beaucoup d’économistes voient comme un très mauvais choix (lié aux considérations diplomatiques et peut-être à des réseaux de corruption) qui pèse sur les capacités financières actuelles de l’Egypte.
Certains ajoutent que le gaz utilisé par les centrales électriques égyptiennes était de moins bonne qualité que celui exporté, et que cela a endommagé les centrales.
En tout cas, une partie des difficultés actuelles de production de l’électricité vient du manque de maintenance et du caractère vétuste des installations.

Depuis 2011 la production baisse. En un an par exemple, la compagnie égyptienne de Petrobel, qui compte pour presque un quart dans la production de gaz égyptien, a vu la quantité de gaz fournie diminuer de près de 20%.

Le gaz a été coupé à certaines usines en ce mois de Ramadan, et pour une durée indéterminée : il s’agit de diverses usines productrices d’engrais. Le combustible a été réservé en priorité aux centrales électriques, environ 70% de la production, d’après le cabinet d’analyse Pharos Research.

L’Egypte reçoit de l’aide financière pour payer ses achats de combustibles et ses dettes énergétiques, et de l’aide en nature (des produits pétroliers) de plusieurs pays du Golfe, satisfaits du renversement des Frères musulmans il y a un an.

Elle a aussi demandé récemment la coopération de l’Algérie pour importer du gaz.

Dettes égyptiennes

Comme l’Egypte n’est censée pouvoir utiliser que 59% de la production, et que ce qui reste ne suffit plus pour sa population en constante augmentation, un certain nombre de firmes étrangères, partenaires des Egyptiens dans l’extraction de gaz et de pétrole, ont peu apprécié de voir l’Egypte ne pas respecter sa part du contrat. Lequel était peut-être très défavorable à l’Egypte, mais il était signé. La compagnie anglaise BG s’est ainsi retrouvée pendant des mois avec des tuyaux vides et n’a pas pu honorer ses propres contrats de fournisseur, car le Caire dirigeait le gaz prévu pour l’export par son intermédiaire vers le marché intérieur.

Résultat : non seulement l’Egypte s’endette envers ces compagnies en utilisant les combustibles qui sont censés leur revenir, mais aussi elle s’endette aux prix du marché international, tandis que les combustibles sont revendus en Egypte à des prix très inférieurs, puisqu’ils sont subventionnés par l’Etat. Ou plutôt étaient, car le gouvernement vient de diminuer considérablement les subventions sur l’énergie.
Au total, l’Egypte devait en ce mois de juillet 2014 près de 4,5 milliards d’euros (dont près d’un tiers est constitué d’arriérés de paiements !) aux compagnies pétrolières et gazières étrangères.

Le ministre du Pétrole et de l’Energie, Sherif Ismail, affirme que l’Egypte va repayer ses dettes au plus vite, afin que les compagnies étrangères acceptent d’investir à nouveau en Egypte, et que la production puisse repartir.

Retour au charbon

En attendant, le gouvernement a autorisé en avril dernier certaines entreprises – et principalement les cimenteries, qui avaient fait pression, mais aussi les centrales électriques – à utiliser du charbon plutôt que du gaz ou du diesel. Les opposants à l’utilisation du charbon comme Egyptians Against Coal pointent du doigt son coût environnemental et assurent que les entreprises en question ont tout à fait les moyens de payer le gaz et le diesel au prix mondial et n’ont pas besoin de recourir au charbon, moins cher mais polluant.
Une compagnie égyptienne, Sinai Cement, a annoncé récemment qu’elle établissait un partenariat avec une firme danoise pour son approvisionnement en charbon (FLSmidth).
Plus de 75% des usines de ciment sont en fait détenues par des entreprises étrangères comme Lafarge ou ItalCementi.
La Banque européenne BERD a indiqué son soutien à la reconversion vers le charbon, indignant les activistes égyptiens.

Frères musulmans et zombies, même combat

Ou comment se féliciter, et en rire, avec une comédie bouffonne mâtinée de film d’horreur, de la répression plus que musclée d’une partie de l’opposition.
Une maison hantée en Egypte, des zombies dont le maître ressemble étrangement au fondateur de la Confrérie islamiste que les autorités actuelles accusent de tous les maux, un policier pas dégourdi qui vient finalement à bout des méchants : ce sont les ingrédients d’un film parodique sur l’expulsion du pouvoir des Frères musulmans.

Quatre jeunes Egyptiens se retrouvent pour un jeu de télé-réalité dans une maison qu’on leur dit hantée -mais ils n’y croient guère- et qui serait celle d’un certain Hassan el Dasas (Hassan le Serpent).

Ici commencent les subtiles, ou moins subtiles d’ailleurs, références à la situation politique de l’Egypte.

Hassan el Banna était le fondateur de la Confrérie des Frères musulmans et ses écrits, bien que datant du début du siècle dernier, à la teneur à la fois religieuse, morale et politique, continuent d’influencer les membres ou sympathisants de la Confrérie.

La bande-annonce ci-dessous est en arabe. Le réalisateur du film est Hani Hamdy et le scénariste Hicham Yahia.

Les quatre jeunes gens du film, une fille au caractère bien trempé, un godelureau qui ne peut s’empêcher de s’imaginer qu’il emporte les cœurs de tous les représentants du sexe faible, et des gros bras fumeurs de hash, représentent sans doute la jeunesse bien naïve qui aurait cru à la révolution égyptienne.

Lorsqu’en cherchant à s’évader de la maison, les héros découvrent une pièce secrète, un vieux livre leur dévoile l’histoire de la demeure: Hassan el Dasas aurait dépossédé les légitimes propriétaires, des militaires, par des actes de trahison multiples, s’appuyant notamment sur une paysannerie ignorante et prompte au radicalisme religieux, et gagnée à sa cause par des distributions d’huile et de sucre, exactement comme ce que l’on raconte des Frères musulmans, qui ont commencé leur carrière dans le social et les œuvres caritatives. La pièce secrète contient aussi un magnifique coffre au trésor : on attribue des fortunes aux dirigeants des Frères musulmans, acquises par leurs connexions que beaucoup décrivent comme on décrirait un fantasmatique complot franc-maçonnique, sur le dos du reste du peuple, ou amassées aussi grâce aux cotisations des membres. Aujourd’hui les autorités égyptiennes partent à la chasse aux compagnies appartenant aux Frères musulmans et cherchent à les déposséder de leurs capitaux.
Le livre continue : le fils du dirigeant lésé revient, croit tuer le malfaisant et ses affidés… Qui en fait ne meurent pas vraiment, et deviennent des zombies assoiffés de sang.
Le meilleur est à venir : la créature quasi diabolique ne peut, deuxième référence peu subtile, se réveiller que le 6 Avril.
Le 6 Avril, c’est un mouvement d’opposition issu des luttes ouvrières sous Hosni Moubarak, le 6 avril 2008.Le film sous-entend que les gentils gauchistes du 6 Avril sont au mieux des naïfs qui ont permis l’accession au pouvoir des Frères, au pire des traîtres et leurs alliés objectifs.

Mais avec l’arrivée du policier dans la maison hantée, tout finit bien: il abat allègrement tous les zombies, dans des flaques de sang que les héros – et le public- approuvent. Tant pis si cela rappelle étrangement le massacre de plus d’un millier de sympathisants des Frères musulmans en juillet et août 2013. Les forces de l’ordre n’avaient pas fait dans le détail, lorsqu’elles dispersaient les sit-ins ou des manifestations qui appelaient au retour du président Mohamed Morsi, islamiste destitué par l’armée (après de grandes manifestations en juin réclamant sa démission).
Les producteurs ont commencé à travailler sur ce film dès juin 2013, et l’ont diffusé à partir de fin mai 2014.

Cela dit, même si le policier sauve bel et bien l’affaire, il ne se sort pas indemne des piques du scénariste.
Lorsqu’on raconte au policier une histoire terrible, il demande : et qu’a fait la police? Et son interlocuteur lui rit au nez: rien, bien sûr. Le policier passe aussi son temps à maltraiter ses subordonnés. Bref, une caricature de la police égyptienne.
Pour couronner le tout, il flirte avec tout ce qui bouge, et s’intéresse plus aux likes et commentaires sur Facebook qu’à son travail. De manière générale le film brosse un portrait peu flatteur des mâles égyptiens.
Même les zombies ultra-religieux avec les marques de la prière sur le front jouent et font la fête avec des prostituées.

La médiation égyptienne au plus bas

L’Egypte tenait à garder sa place de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Jeudi 17 juillet, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, déclarait que la proposition égyptienne de cessez-le-feu gagnait du terrain. Quelques heures plus tard, Tsahal annonce l’entrée de ses blindés dans la bande de Gaza. Et signe ainsi la cuisante défaite de la médiation égyptienne.

Depuis plusieurs jours, les couloirs de la diplomatie et des renseignements égyptiens étaient agités. Après un an d’isolement, les nouvelles autorités espéraient revenir au centre de la scène diplomatique du Moyen-Orient avec leur rôle historique de médiateur.
Lundi 14 juillet, une semaine après le lancement de l’opération aérienne israélienne baptisée « Bordure de protection », Le Caire a proposé un plan de cessez-le-feu, mais ce dernier a été officiellement retoqué par le Hamas.
Il faut dire que le Hamas affirme ne pas avoir été consulté dans la concoction de ce cessez-le-feu. Peut-être le mouvement de résistance palestinien aurait-il de toute façon fait la sourde oreille, puisque ses relations avec l’Egypte sont plutôt tendues. Le Hamas qui dirige la bande de Gaza depuis 2007 et se considère comme un mouvement de résistance, est, aux yeux d’Israël, une entité terroriste. Et l’Egypte n’est pas loin de le considérer de la même façon à cause des liens qu’elle lui voit avec les Frères musulmans égyptiens, déclarés organisation terroriste en décembre 2013.

L’apparent zèle diplomatique égyptien pour éviter des souffrances supplémentaires au peuple palestinien tranche avec les actions sur le terrain, notamment à Rafah, l’unique point de passage entre l’Egypte et la bande de Gaza. La frontière n’a ainsi été officiellement ouverte que plusieurs jours après le début du conflit, le jeudi 10 juillet, pour permettre la prise en charge d’une poignée de blessés par les hôpitaux égyptiens. Selon les derniers décomptes, ils ne seraient que vingt à avoir été admis dans les centres hospitaliers d’al-Arish et du Caire.

Plusieurs journaux, comme de nombreux hommes d’Etat égyptiens, préfèrent éviter cette question embarrassante. Le quotidien privé al-Shorouk daté du 17 juillet se concentre ainsi sur l’accueil des blessés palestiniens et l’acheminement d’aide.

Certains présentateurs télé ont été plus loin en fustigeant toute aide portée aux Gaziotes. C’est le cas du célèbre patron de la chaîne Faraïn (Pharaon), Tewfik Okacha. L’homme est connu pour ses sorties hystériques et parfois incompréhensible, et sa loyauté envers le régime des hommes d’affaires et de l’armée. Survolté, il criait ces derniers jours son incompréhension à l’antenne. L’Egypte ne devrait en aucun cas aider Gaza, un territoire à l’origine, selon lui, de la mort de 25 soldats égyptiens à Rafah et d’attaques dans le Sinaï. Face aux images des convois d’aide, le présentateur, acquis au régime militaire, dérape : « Je suis contre Sissi ! Je suis contre Sissi à cause de cette décision !»

Mais Le Caire a montré un visage attentiste depuis le début des hostilités qui ont coûté la vie à plus de 250 Palestiniens et fait plus d’un millier de blessés. « C’est la politique du point de passage de Rafah, je n’y peux rien », concède un responsable de l’hôpital d’al-Arish, la ville la plus importante du Nord-Sinaï. L’homme se souvient des couloirs débordants de blessés palestiniens en 2012. « J’ai gardé les photos », dit-il, faisant défiler les premiers corps criblés de blessures. Insoutenables archives de guerre.
Selon Issandr al-Amrani, responsable de la zone Afrique du Nord au think tank International Crisis Group, cet attentisme s’explique en partie par la guerre ouverte entre le pouvoir actuel et le Hamas vu comme un allié des Frères musulmans. Mais cette position s’inscrit également dans la continuité des régimes précédents : « L’Egypte n’a jamais fait le maximum pour améliorer le sort des Palestiniens de Gaza depuis le blocus de 2007 », nuance l’analyste. « Aux pressions de l’opinion publique, Le Caire répond qu’il n’est pas responsable du blocus ».

Nadéra Bouazza et Sophie Anmuth

Coca Cola parle toutes les langues, même l’arabe

Le ramadan 2014 pourrait être un bon cru pour l’entreprise Coca Cola. Le 29 juin dernier, la firme américaine a lancé une nouvelle campagne publicitaire s’inspirant de celle menée précédemment en Europe. La canette se personnifie et se nomme dorénavant Rania, Mohamed, Youssef… Des lettres arabes blanches sur fond rouge qui ont enchanté de nombreux Egyptiens. Depuis une semaine, ils sont nombreux à partager des images de bouteilles à leur nom sur les réseaux sociaux. Une page Facebook est même dédiée à en créer de nouvelles.

 

 

Lancer sa nouvelle publicité le premier jour de ramadan relève moins du symbole que de la stratégie commerciale. Ce mois d’ascèse reste une fête qui rassemble, chaque jour, des familles, des amis, ou les habitants d’un même quartier autour d’un repas. Un marché juteux pour les commerçants de denrées et de boissons qui font une grande partie de leur bénéfice durant cette période.

Avec sa nouvelle publicité, Coca Cola profite d’un autre phénomène ramadanesque: les séries télévisées. Elles réunissent des milliers voire des millions de téléspectateurs. Les publicitaires et les chaînes de télévisions profitent donc de ce mois sacré pour marchander leur produit pour les uns, et vendre du temps d’antenne pour les autres. Youtube n’est pas épargné par cette prostitution publicitaire: dans chaque épisode se succèdent quatre ou cinq séquences séparées par des réclames.

Comme le souligne le site Your Middle East, l’Egypte est le plus grand marché pour l’entreprise Coca-Cola dans le monde arabe et l’un de ses plus anciens sites d’exploitation (la première usine ouvre en 1942). Les bouleversements politiques qu’a connus le pays ont donc été suivis de très près, et ont même conduit à des changements de langage. Après la révolution de 2011, la firme américaine a voulu s’adresser en particulier à la jeunesse égyptienne désireuse de changement, de justice sociale et de dignité. Pour preuve, la campagne de Coca Cola lancée en janvier 2013, au message limpide: « continue à aider ton voisin et à bâtir un meilleur avenir, quitte à être traité de fou » !

Un an plus tard, Coca Cola revient avec un opus beaucoup mois politique. La version 2014 ne fait pas rêver, à l’image de l’année écoulée. Un groupe Facebook proche des Frères musulmans, au coeur d’une répression impitoyable, a choisi sa canette. « Les jours noirs ».

Nadéra Bouazza

 

 

 

 

 

Egypte: où sont les Frères musulmans?

Un an après le renversement de Mohamed Morsi par l’armée égyptienne, la répression ne fléchit pas, les dirigeants des Frères musulmans et des dizaines de milliers des membres ou sympathisants sont en prison ou en fuite. Pour autant, leur rhétorique ne change pas, c’est toujours l’annulation de la destitution de l’ex-président qui est réclamée, et un passage devant les tribunaux des responsables de la répression, et notamment le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, qui a entre-temps été élu président.

En prison, en fuite ou en exil

Les figures importantes de la Confrérie ou du parti politique, Justice et Liberté (PLJ), qui lui est lié ont été arrêtés, à commencer par le président déchu Mohamed Morsi, depuis le 3 juillet 2013.
Les médias pro-Frères sont interdits depuis l’été dernier, par exemple le journal de leur parti, Justice et Liberté, ou des médias considérés comme sympathisants, comme Misr 25, ont été fermés aussi – de même que la version égyptienne de la chaîne qatarie Al Jazira. Les journalistes des réseaux favorables aux Frères sont touchés, comme Rassd ou Yaqeen (bureaux visités par la police, journalistes arrêtés).

Les cellules des Frères ne peuvent plus vraiment se réunir.

Les manifestations pro-Frères continuent, ce qui montre l’efficacité de la structure des cellules, où les directives viennent des cadres locaux et pas directement du haut de la hiérarchie (puisque les leaders ne peuvent plus diriger, de leur prison ou d’exil).
Néanmoins les rangs des manifestants s’éclaircissent, avec les milliers de morts depuis l’été dernier, les dizaines de milliers d’arrestations. Les marches en commémoration de Rabaa (le sit-in contre la destitution de Morsi qui a été dispersé dans le sang le 14 août 2013) qui disent ne pas réunir que des Frères ou sympathisants mais aussi des anti-islamistes qui réprouvent la répression, se font dorénavant au pas de course.

Prison et peines de mort

Ce sont entre 16000 et 41000 arrestations politiques qui ont eu lieu en un an, entre les chiffres du ministère de l’Intérieur et ceux des ONG égyptiennes : la plupart concernent les islamistes ou leurs alliés et les services de sécurité ont une conception très large du terme allié. Beaucoup risquent la peine de morts car inculpés d’appartenance à une organisation terroriste, de meurtre ou d’incitation à la violence, entre autres.
Fahmi Howeidi, l’un des rares éditorialistes indépendants restant au Shorouq (quotidien égyptien visant un public cultivé) écrivait récemment : « Où est la conscience des Egyptiens ? Appeler à exécuter tous les cadres Frères musulmans dans les prisons relève d’un langage étrange qui poussera les gens à faire la justice eux-mêmes…Les Egyptiens sont prêts à accepter la torture et l’injustice infligés à des milliers d’innocents et à les justifier. Les médias sont en partie responsables de cette situation. »

Mohamed Morsi, président d’un an, avait déjà été arrêté 2 fois sous Moubarak, en 2006 pour avoir soutenu la grogne des juges contre le régime, et préventivement pendant le soulèvement de 2011. Aujourd’hui il est accusé d’une série de crimes : s’être évadé de prison pendant le soulèvement en 2011, avec l’aide du Hamas et du Hezbollah, avoir révélé des secrets d’Etat à ces derniers et à l’Iran, avoir incité les partisans de la Confrérie à tuer les manifestants fin 2012 devant le palais présidentiel et avoir insulté la magistrature. Son fils vient d’être condamné à un an de travaux forcés pour avoir été pris en train de fumer de la marijuana.

Mohamed Badie, guide suprême de la Confrérie depuis 2010, a déjà reçu deux condamnations à mort (mais il peut encore faire appel) pour avoir incité à la violence et porter le responsabilité de la mort d’un policier à Minia en août 2013 et de 10 personnes dans des affrontements au Caire en juillet 2013 (mosquée Istiqama). Il avait été arrêté par Nasser en 1965, libéré par Sadate 9 ans plus tard. L’ancien guide suprême, Magdi Akef, fait face à des accusations semblables. Badie a aussi reçu une condamnation à la prison à la perpétuité pour sa présumée responsabilité dans l’affaire du blocage d’une route à l’été 2013… L’un de ses fils est mort dans la répression de la manifestation du 16 août 2013.

Safwat Hegazy, un prédicateur islamiste radical qui a désavoué la Confrérie lors de son arrestation en août 2013, a également été condamné à mort dans le cas d’es affrontements l’été 2013 devant une mosquée du Caire du nom d’Istiqama. C’est aussi le cas du salafiste Assem Abdel Magued et de Beltagi et d’Erian.

Mohamed el Beltagy, l’une des figures les plus importantes des Frères, et aussi dans l’établissement du désormais défunt PLJ, fait face à des accusations de terrorisme et aussi plus trivialement d’insulte à magistrat. Sa fille Asmaa est morte à 17 ans dans la sanglante dispersion du sit-in de Rabaa le 14 août 2013 – lui-même était considéré comme un modéré, et elle était tenue pour différente de sa famille et était aimée des révolutionnaires.

Beltagy et Hegazy sont aussi accusés de s’être enfuis de prison en 2011 de la même façon que Morsi (aide étrangère…)

Essam el Erian, en charge des relations internationales de la Confrérie, ancien conseiller de l’ex-président Mohamed Morsi, a été arrêté pour des accusations d’espionnage et d’ncitation à la violence et au meurtre. Sadate l’avait fait arrêter pour son appartenance à un groupe islamiste en 1981, juger devant un tribunal militaire, mais il avait été libéré. Sous Moubarak il a été emprisonné un grand nombre de fois : en 1995 pour appartenir à la Confrérie, en 2005 après avoir suggéré qu’il pourrait se porter candidat à la présidence (c’était la première élection présidentielle en Egypte à candidats multiples, et non plus un referendum), en 2006 pour avoir participé à des manifestations en 2007 pour son rôle important dans la Confrérie, et en janvier 2011 comme Morsi pour tenter de couper court au soulèvement.

Khairat al-Shater, financier de l’organisation et conseiller influent, est accusé d’avoir incité à la violence et de l’avoir financé, ainsi que, pour faire bonne mesure, d’espionnage. Il était le favori de l’organisation pour se présenter comme candidat à l’élection présidentielle de 2012 mais n’avait pas été autorisé à présenter sa candidature à cause de ses condamnations. Il a en effet été emprisonné dans les années 1960 pour avoir participé à des manifestations estudiantines – du côté islamistes. Il a rejoint la Confrérie en 1974. Il a été emprisonné à trois reprises sous Moubarak. Deux fois dans les années 1990, la première fois à cause de ses activités en tant qu’homme d’affaires de plus en plus riche, et une deuxième pour avoir soutenu la renaissance de la Confrérie interdite, et la dernière en 2007 : il aurait alors (en collaboration avec d’autres Frères) fourni armes et entraînement aux protestataires estudiantins. Son fils fait également l’objet d’inculpation d’incitation à la violence.

Saad el-Katatni, influent dans la Confrérie et dans le parti politique des Frères, qui n’aura duré que quelques années, le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), est aussi inculpé pour ce qui revient à l’accuser de terrorisme, et d’espionnage.

Il serait trop long d’énumérer toutes les figures et tous leurs chefs d’accusations fantaisistes.

Même les Frères musulmans bénéficiant de l’hypothétique protection d’une nationalité occidentale restent en prison, tel le conseiller égypto-canadien de Morsi, Khaled el-Qazzaz, ou un jeune homme né en Irlande, ou Mohamed Soltan, le fils d’un leader des Frères, qui a la nationalité américaine. Mohamed Soltan est en grève de la faim depuis 160 jours. Son père Salah Soltan est en détention aussi et accusé d’incitation à et de financement de la violence.

En fuite

Les membres importants des Frères qui n’ont pas été arrêtés sont en fuite ou en exil.
Et même parmi les figures moins importantes, beaucoup de jeunes qui sont membres des Frères ou sympathisants ont trouvé plus judicieux de s’éloigner de l’Egypte pour quelque temp. On entend souvent dire que des amis de la famille les ont prévenu des soupçons qui pèsent sur eux (considérés comme des éléments perturbateurs), et qu’ils sont donc partis, changeant au moins de région, sinon de pays.
Même ceux qui se sont éloignés de la Confrérie depuis plusieurs années risquent d’être arrêtés. AbdelRahman Ayache, qui a pourtant quitté l’organisation en 2011, bien avant l’accession au pouvoir de Morsi, à cause de différences idéologiques et n’a dès lors eu de cesse de la critiquer, est à Istanbul.
Hormis le Qatar, les pays du Golfe n’étaient pas une bonne idée de destination, car ils se sont félicités de la destitution de Mohamed Morsi. L’Arabie saoudite et le Koweït envisagent d’extrader deux leaders de la Confrérie réfugiés sur leur sol, Akram al-Shaer et Mohammed al-Kabouti. L’Arabie saoudite a en effet suivi l’Egypte qui a interdit la Confrérie en décembre 2013 en la déclarant terroriste.

http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2014/03/egypt-muslim-brotherhood-qatar-saudi-kuwait-uae-summit.html

Doha serait devenu un centre pour la Confrérie en exil. Sont notamment au Qatar (aux dernières nouvelles) :

-Mahmoud Hussein, secrétaire général de la Confrérie. Il a été arrêté plusieurs fois sous Moubarak dans les années 1990.

- Mahmoud Ghozlan, porte-parole de la Confrérie. Il a été emprisonné deux fois sous Moubarak dans les années 2000.

-Mahmoud Ezzat, vice-guide suprême et est censé avoir remplacé Mohamed Badie depuis l’arrestation de ce dernier. Il est marié à la fille du précédent guide. Il a été emprisonné sous Nasser comme Badie, et sous Moubarak dans les années 1990, et enfin en 2008 pour avoir participé aux manifestations contre Israël.

-Essam el Haddad, ancien chef du bureau du président. Il avait été arrêté une fois en 2009 pour avoir participé à une manifestation.

- Ashraf Badr el-Din, le responsible du dossier économie des Frères

- Hamza Zouba, un porte-parole du PLJ

- AbdulRahman Ezz, un activiste Frère qui avait participé à Misr 25 (Egypte 25), une chaîne censément révolutionnaire (25 janvier) mais qui avait tourné très pro-Frères musulmans exclusivement.

- Mohamed Al-Gawadi, un historien proche des Frères qui avait lancé la proposition d’un gouvernement en exil après la destitution de Morsi http://thecairopost.com/news/45058/news/islamist-researchers-oppose-mb-exile-government

- Yahya Hamed, un porte-parole du FJP et ministre de Morsi

– d’autres islamistes qui n’appartiennent pas aux Frères mais sont aussi considérés comme terroristes, par exemple les leader de la Jamaa Islamiya leader dont les comptes ont été bloqués en Egypte,Tareq Al-Zumor et Assem Abdel Magued

- Hatem Azzam, un leader du parti Wasat, proche des Frères

- Mohamed Mahsoub, du Wasat aussi, ancien ministre de Morsi, qui avait pourtant démissionné dès décembre 2012 en signe de protestation contre la politique des Frères au pouvoir

- Des journalistes qui ont exprimé des opinions favorables aux Frères ou défavorables au renversement de Morsi et à la répression qui a suivi se retrouvent aussi au Qatar, du célèbre Wael Qandil à d’autres moins connus qui peuvent avoir démissionné de chaînes égyptiennes.

Deux autres vieux leaders de la Confrérie, Gomaa Amin et Ibrahim Mansour, eux, se sont dirigés vers Londres, qui a abrité leur bureau médiatique le plus actif.

Istanbul a aussi accueilli un certain nombre de fugitifs comme Gamal Heshmat.

Sont-ils finis, au moins temporairement ?

Les opinions divergent.
Les Frères, eux, ou du moins leur propagande, est sûre de la victoire, malgré les morts et les emprisonnements. Dans leurs discours et communiqués de presse, Dieu accordera la victoire aux justes. Alors que les manifestations protestant le renversement de Morsi entre le 30 juin et le 3 juillet étaient plutôt clairsemées (bien sûr il y a quand même eu des morts), l’Alliance anti-coup coup et pro-légitimité, qui ne se reconnaît pas comme exclusivement Frères musulmans alors qu’elle en est très proche déclarait que les révolutionnaires étaient descendus par millions. Elle s’imagine aussi capitaliser sur les problèmes économiques pour attiser le mécontentement envers le pouvoir. « La résistance de millions d’entre vous a maintenant été rejointe par d’autres millions qui ont un jour cru au 30 juin mais qui souffrent maintenant sous le nouveau régime. Utilisons notre expérience de résistance résiliente et pacifique pour protester contre la décision de diminuer les subventions aux biens de première nécessité et contre l’inflation. Faisons en sorte que ce soit un point de départ pour faire échec au coup d’Etat. »

« Les demandes de la Confrérie ne se sont pas adoucies ni ne sont devenus plus réalistes : Morsi doit toujours revenir, ne serait-ce que pour annoncer sa démission et annoncer des élections anticipées. Et ceux qui l’ont destitué, principalement le maréchal Abdel Fattah al Sissi, qui a été élu président, doivent être jugés voire condamnés à mort. » Eric Trager, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, explique que selon Emad Abdel Ghafour, un ancien conseiller de Morsi qui servirait aujourd’hui d’intermédiaire pour des négociations, le régime serait prêt à libérer une grande partie des prisonniers, moins 300, c’est-à-dire moins les leaders. Si ces derniers acceptaient, ils accepteraient la décapitation de leur propre organisation. Qui plus est, la base n’accepterait pas de négociations avec ceux qui ont tué ou emprisonné leurs proches, elle veut qu’on lui rende des comptes.
Pour Eric Trager, l’organisation est tellement engluée dans sa propre propagande qu’elle a perdu de vue la réalité et son réel affaiblissement.

Pour Jocelyne Cesari par contre, chercheuse au Berkley Center for Religion, Peace and World Affairs at Georgetown University : »la Confrérie reste profondément présente dans le tissu de la société égyptienne, et aucune répression militaire n’en viendra à bout comme d’une autre tendance politique. Même en interdisant le groupe, en emprisonnant ses membres et en réprimant ses activités, les présidents égyptiens précédents comme Nasser et Moubarak n’ont aps pu en venir à bout. Il est peu vraisemblable que le régime de Sissi y parvienne : une répression féroce suscitera de la sympathie et les fera considérer en martyrs. » Le poids des Frères musulmans et de leur courant de pensée dans la société égyptienne est indéniable, mais l’ampleur de la répression en cours est aussi à prendre en compte, car en chiffres sinon en méthodes où elle est similaire, elle dépasse ce qui a eu lieu sous Moubarak et Sadate.