Nouvelle incartade du salafiste révolutionnaire en chef

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sophieanmuth


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Hazem Abu Ismaïl, prédicateur salafiste devenu politicien, ancien aspirant à l’élection présidentielle, qui se présente à la fois comme un super-islamiste et un super-révolutionnaire, a mobilisé jeudi plusieurs centaines de ses partisans contre la Sécurité nationale. Le même jour, une plainte a été déposée contre lui, l »accusant de « terroriser les policiers ».

Le procureur général instruit l’affaire ce samedi, contre Hazem Abu Ismaïl, et contre Abu El-Bukhary, le porte-parole du Courant islamique général, groupe salafiste qui a organisé la manifestation de jeudi soir devant les bureaux de la Sécurité nationale, en banlieue du Caire, dans la ville de Nasr City.

affiches électorales au Caire en 2012

Divers groupes salafistes avaient répondu à l’appel du prédicateur. Ils protestaient contre le retour des méthodes du régime Moubarak contre les islamistes. Ils avaient les drapeaux noirs de « Il n’y a de dieu que dieu » qui rappellent ceux d’Al Qaeda d’après Reuters et ils ont été dispersés à ccups de gaz lacrymogènes.
Pourtant, les salafistes, sous Moubarak, étaient plutôt quiétistes, ne s’occupaient pas de politique, au point de se faire considérer par certains de leurs détracteurs comme des soutiens du régime.
Mais cette image n’est pas complète: beaucoup de salafistes étaient en effet victimes des pratiques de ce qui s’appelait alors la Sécurité d’Etat. En janvier 2011, après l’attentat contre l’église des Deux Saints d’Alexandrie, c’est un salafiste qui a été arrêté et torturé alors qu’il n’avait apparemment rien à voir avec l’attentat, Sayed Belal. Deux ans plus tard, on ne sait d’ailleurs toujours pas qui était vraiment derrière l’attentat du 1er janvier 2011.

Ces salafistes ne sont pas les seuls à dire que la nouvelle Sécurité paraît bien n’avoir rien changé d’autre que son nom, en mars 2011, après la révolution, quand elle a été dissoute puis re-créée sous un autre nom. Mais ils étaient les seuls à manifester jeudi dernier.
En 2012, lors de la manifestation d’Abbasiya contre le ministère de la Défense, ils avaient été rejoints par divers groupes gauchistes ou autres.
Mais à la fin de l’année, alors que la majorité islamiste, salafistes et Frères musulmans confondus, se dépêchait de faire passer une Constitution contre l’avis des autres forces politiques, et que des affrontements avaient lieu devant le palais présidentiel, la coupure a été évidente entre les « Hazemoon », les partisans du prédicateur, et le reste du mouvement révolutionnaire. Même s’il faut bien admettre que, parmi les anti-Morsi, on comptait pas mal d’anciens partisans de Moubarak ou d’attentistes.
A la fin du scrutin pour le référendum constitutionnel en Egypte en décembre dernier, quelque 500 Hazemoon avaient même attaqué des sièges de certains des partis et journaux de l’opposition.

Hazem est un curieux mélange de charisme et de ridicule. Le point principal de son programme était l’application progressive de la charia. On fait souvent remarquer les chiffres économiques fantaisistes qu’il cite avec aplomb. D’un autre côté, sa fibre sociale, son soutien précoce à la révolution, ses élans nationalistes, ont de quoi séduire.
Malgré son air bonhomme, il envisage la rupture du traité de paix avec Israël et une baisse des relations commerciales avec l’Ouest au profit d’une renaissance agricole en Egypte. Il appelle toutes les musulmanes à se voiler et ne pense pas qu’il soit très judicieux pour les mères d’enfants en bas âge de travailler (certes il ne demande pas à ce que la charia soit appliquée aux Coptes). Il est toujours présent sur la scène politique, il a participé à la fondation d’un parti salafiste, le Watan (la patrie) en janvier dernier, et aussi à celle du sien, al Raya, en février.

Les partisans de Hazem étaient les seuls à manifester ce jeudi. Les Frères musulmans, qui ont pourtant largement eu à se plaindre, des décennies durant, de l’appareil de sécurité d’Etat égyptien, n’ont rien dit. Il faut dire qu’ils sont maintenant au pouvoir, et qu’ils ont besoin de la protection dudit appareil de sécurité.
Les autres partis salafistes, qui n’avaient de toute façon jamais eu le positionnement pro-révolution de Hazem, n’ont pas répondu à son appel. Ils ne sont pourtant pas tous non plus des alliés des Frères musulmans: le plus grand parti salafiste, Al-Nour, s’est illustré ces derniers mois par ses sorties anti-Frères.

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