Un nouveau cas d’agression sexuelle en Egypte. Au quotidien, des femmes subissent ces agressions dans le bus, la rue, le métro. Un fléau égyptien qui prend racine dans une société conservatrice, où une éducation de qualité pour tous reste une gageure.
Sonia Dridi, la correspondante de France 24 au Caire, a été prise à partie, vendredi 19 octobre vers 22h30, aux abords de la célèbre place Tahrir. Après avoir terminé son intervention télévisée, la journaliste s’est retrouvée encerclée par une foule menaçante.
« J’ai été agrippée de partout. J’ai réalisé (plus tard), quand quelqu’un a reboutonné ma chemise, qu’elle était ouverte, mais pas déchirée. J’ai évité le pire grâce à la ceinture solide (que je portais) et l’aide d’un ami, » a-t-elle affirmé à l’AFP.
Elle le rappelle elle-même: ce qu’elle a vécu n’est pas exceptionnel mais bien ordinaire en Egypte. Le même scénario semble à chaque fois se répéter. Une foule d’hommes plus ou moins jeunes. L’impression que notre corps nous échappe. Tout cela va très vite. Sonia Dridi a annoncé qu’elle porterait plainte. Une action en justice que très peu de victimes osent mener par crainte d’être rejetées par leur entourage ou conspuées par une société qui les considère comme coupable.
Elle a été secourue par un confrère égyptien Ashraf Khalil:
Deux tiers des Égyptiennes victimes de harcèlement sexuel
Des associations féministes se battent pour venir à bout de ce fait de société trop souvent passé sous silence. Le dernier rapport qui évalue le phénomène date de 2008. Effectué par le centre égyptien pour les droits de la femme (ECWR), il nous informe que plus de deux tiers des Égyptiennes sont victimes de harcèlement sexuel, chaque jour.
Le harcèlement sexuel est passible d’une amende et d’une peine de prison de un à trois ans dans la législation égyptienne. Mais moins de 5% des femmes qui en sont victimes portent plainte.
D’après ECWR, c’est en partie parce que beaucoup considèrent que le harcèlement sexuel se limite au viol et aux agressions sexuelles. Les militants rappellent que le terme de harcèlement sexuel devrait recouvrir « tout acte à connotation sexuelle, gestes, mots ou même regards insistants, qui mettent mal à l’aise la personne qui en est victime. »
Le 8 juin dernier, des associations féministes organisaient une manifestation place Tahrir pour dénoncer ce fléau. Un rassemblement au cours duquel des manifestantes ont été agressées sexuellement alors qu’elles se trouvaient dans le cortège.
Et la réponse du gouvernement égyptien? La mise en place de caméras de surveillance dans les rues du Caire. Mais est-ce suffisant? La mesure annoncée par le ministère de l’Intérieur le 17 octobre dernier est loin de satisfaire les associations féministes qui réclamaient début octobre des dispositions franches pour pénaliser ce mal qui empoisonne la vie des Égyptiennes.


