Egypte: enfin un gouvernement, mais peu de changement

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sophieanmuth


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Un bon mois après l’investiture du Président Mohamed Morsi, le Premier Ministre a enfin composé un gouvernement qui ne paraît pas vraiment rompre avec le passé. Certes plusieurs portefeuilles reviennent à des Frères musulmans, ce qui représente une nouveauté, mais plusieurs ministres restent, y compris et surtout à l’Intérieur et à la Défense, secteurs controversés. Les technocrates sont très présents.

Le président Mohammed Morsi.  Amr Dalsh / Reuters

Le maréchal Tantaoui a conservé la Défense. La cote de popularité du chef du Conseil militaire (ou Conseil suprême des forces armées, CSFA) qui a dirigé le pays pendant la période de transition n’est pourtant pas au beau fixe depuis longtemps.

A l’Intérieur se retrouve Ahmed Gamal al-Din, qui était l’adjoint du précédent ministre de l’Intérieur. Il est aussi le frère d’une personnalité du désormais dissous Parti National Démocratique (parti de Moubarak) et aurait été parmi les plus inflexibles lors des négociations pour la libération des prisonniers politiques et pendant les événements de la rue Mohammed Mahmoud.

« Le choix des ministres reflète clairement l’équilibre du pouvoir entre le Président et le Conseil suprême des forces armées. Le président et le premier ministre avaient proposé des noms de réformistes et de révolutionnaires pour l’Intérieur et les Affaires étrangères mais ils ne sont pas allés jusqu’à les nommer , » estime Omar Ashour, directeur des Etudes moyen-orientales à l’Université d’Exeter.

Les technocrates sont nombreux à rester en place. Le ministre des Affaires étrangères ne bouge pas, Mohamed Kamel Amr, du précédent gouvernement, conserve son poste. Les Finances ne changent pas de mains non plus,  Momtaz El-Said reste en place. Les ministres de la Culture et des Antiquités ne changent pas non plus. Celui de la Production militaire reste également en place. Osama Saleh, Osama Kamal et Mahmoud Balbaa entrent au gouvernement aux ministères importants de, respectivement, investissement, Pétrole et Electricité.

Il n’y avait plus de ministre de l’Investissement depuis septembre 2010, quand son titulaire s’était retrouvé nommé managing director de la Banque mondiale.

« Nous sommes bien loin d’un gouvernement révolutionnaire, bien loin aussi d’un afflux de sang neuf à la tête de l’Egypte », commente Moustapha Kamal al Sayyid, professeur de sciences politiques à l’université du Caire.

Le ministre des Sports est El Amry Farouk, un homme d’affaires et membre du Conseil de Direction du Club Ahly, le plus ancien club sportif du Caire, et auquel appartient notamment l’une des deux équipes de foot égyptiennes les plus populaires. Il s’était présenté aux élections parlementaires de 2010 sur les listes du parti National Démocrate, le parti de Moubarak.

Le successeur de Fayza AboulNaga, figure très controversée, notamment au sujet du dossier des accusations portées contre les ONG étrangères (Ministère de la Coopération internationale) est Ashraf El-Arabi. Il est relativement apolitique et son nom est peu connu du public.

Des ministres Frères musulmans

Le ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur est le vice-président du parti « Civilisation », formé principalement par des ex-Frères musulmans après le soulèvement de 2011. Hatem Saleh est un homme d’affaires  spécialisé dans l’agro-alimentaire égyptien ou international.

Plusieurs Frères musulmans ont des portefeuilles. D’après Omar Ashour, plusieurs personnalités représentent le « changement »: Mostafa Moussad prend les rênes du gros dossier du ministère de l’Enseignement supérieur, Ossama Yacine, qui aurait été le responsable de la sécurité sur la place Tahrir pendant le soulèvement début 2011, se charge du ministère de la jeunesse, et Mohamed Mahsoob des Affaires du Parlement. Il est une figure importante du Wasat, (« milieu »), parti d’islam politique « centriste » qui était dans l’opposition sous Moubarak, et l’un des rares ministres représentant la révolution.

Le ministère de l’Information, grande première, revient à un Frère Musulman, Salah Abdel Maqsood, secrétaire général du syndicat des journalistes et critique de l’immobilisme et de la propagande de la presse d’Etat. Certains activistes critiquent l’existence même d’un Ministère de l’Information. Le précédent titulaire, Ahmed Anis, était un général à la retraite.

Le ministre du Travail est Khaled El-Azhary, un ancien activiste syndicaliste Frère musulman et un  membre important du parti de la Justice et de la Liberté.

La nomination de ces deux ministres a créé une certaine commotion chez une partie des juges et des journalistes, qui disent craindre pour l’indépendance de ces deux secteurs aux mains des Frères musulmans. Mais

Tarek Wafik, Frère musulman aussi, obtient le ministère du Logement.

Le nouveau ministre de la Justice serait Ahmed Mekky, précédemment vice-président de la Cour d’appel du Caire. Il avait apporté son soutien à Mohamed Morsi le mois dernier, appuyant sa demande de rétablir le Parlement dissous par l’armée pour des raisons administratives.

« La plupart des ministres n’ont pas d’affiliation politique mais suivront l’agenda des Frères musulmans, » a déclaré Abul Hezz El Hariri,  ancien membre du désormais dissous Parlement, très à gauche de l’échiquier politique.

Boycott des salafistes et des partis très libéraux

Les salafistes n’ont rien obtenu. Ils prétendent boycotter le gouvernement, notamment Nour, le plus grand parti salafiste.

D’après RFI, les membres des partis très laïcs « ont, pour leur part, refusé de participer au cabinet. Ils objectent à la personne même du Premier ministre, jugé incompétent et surtout islamiste, même s’il n’appartient pas au parti de la Justice et de la Liberté, le parti des Frères musulmans. » Le Premier Ministre Hicham Kandil était chargé de l’Irrigation dans le gouvernement sortant de Kamal al Ganzouri.

Diaa Rashwan du Al-Ahram Centre for Political and Strategic Studies, estime possible que les Frères musulmans se soient contentés d’un gouvernement peu politique mais technocratique pour le moment, et envisageraient de former un nouveau gouvernement après les élections parlementaires qui ne devraient pas tarder.

Pour le moment, il y a apparemment  deux femmes, (sur trente-cinq ministres), elles aussi du précédent gouvernement: Nagwa Khalil, aux Affaires sociales, et Nadia Zakhary, copte, à la Recherche scientifique. Nagwa Khalil était aussi membre de la Commission d’enquête sur les responsables des violences commises pendant le soulèvement de 2011.

Dans sa conférence de presse de jeudi, le Premier Ministre Qandil a déclaré que les soucis principaux du gouvernement étaient le problème de sécurité et la crise économique, et que les priorités étaient la sécurité, le pain, l’essence, le trafic et la propreté. Il a affirmé avoir choisi ses ministres pour leur efficacité présumée et non pour leurs tendances politiques.

Une description détaillée (en anglais) de tous les membres du gouvernement est disponible ici ou  ici

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