L’Iran aux portes de l’Egypte. Votez Ahmed Chafiq!

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naderabouazza


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Armée contre Frères. Et comme une impression de déjà vu pour nombre d’Egyptiens. A l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, Mohammed Morsi le candidat des Frères musulmans est arrivé en tête avec 24, 9 % des voix, suivi d’Ahmed Chafiq avec 24,5 % des voix, lui-même talonné par le candidat nassériste Hamdeen Sabahi avec 21,1% des suffrages.

Un an et demi après la révolution du 25 janvier, l’ex-Premier ministre d’Hosni Moubarak, en fonction lors de la bataille des chameaux, se hisse au second tour de l’élection présidentielle. Il arriva en tête des mohafazats de Qualioubiya , al Gharbiya, al Charquiya, al daqahalia. Dans celui de Manoufiya, la ville natale d’Hosni Moubarak, l’ancien officier rafla plus de 50% des voix.

 

Capture d’écran infographie Al-AhramOnline

Les médias gouvernementaux plébiscitent Ahmed Chafiq

Amr Dalsh / Reuters

«Les médias gouvernementaux ont soutenu la candidature de Chafiq car comme Moubarak, il sera une marionnette aux mains de l’armée», affirme Dina une étudiante à la faculté de Lettres d’Alexandrie. Après les résultats du premier tour, cela est encore plus frappant. Ce dimanche 27 mai, une présentatrice met en garde les Egyptiens. L’Iran est aux portes de l’Egypte si les Frères musulmans emportent les élections. «Croyez-moi, il faut voter pour Ahmed Chafiq. Lui seul peut garantir la stabilité dans le pays», affirme-t-elle les yeux larmoyants. La démonstration continue avec la diffusion d’une photo d’opposants pendus en Iran. La même chose pourrait bien arriver en Egypte si la confrérie emporte la présidence, affirme la présentatrice sur un ton grave.

C’est la douche froide pour Dina et ses amis qui, comme la majorité des Alexandrins, ont voté Hamdeen Sabahi.

«Je ne m’y attendais pas. Le résultat de Morsi ne m’étonne pas car la confrérie a ses réseaux. Les Egyptiens n’ont pas voté pour Morsi mais pour les Frères. Pendant la révolution on clamait « le peuple veut la chute du système », or Ahmed Chafiq, c’est le système. C’est pourquoi on ne peut pas retourner en arrière», ajoute-t-elle.

« Est-ce un crime d’avoir joué un rôle dans le régime passé ? »

Mais 5 millions d’Egyptiens ont toutefois choisi de confier leur destin à ce symbole du régime passé. Issu de l’armée comme ses prédécesseurs et soutenu par le Conseil suprême des forces armées, l’homme apparait comme le garant de la stabilité en Egypte, tant pour les riches Egyptiens ayant profité du régime passé que les Egyptiens travaillant dans le tourisme, un secteur meurtrie par l’instabilité politique.

«Est-ce un crime d’avoir joué un rôle dans le régime passé? Sur les 13 candidats en lice, seul Ahmed Chafiq a fait ses preuves en politique. Pour le tourisme, il a réalisé une révolution. Quand il est arrivé aux affaires, la compagnie Egyptair était au fond du trou. Aujourd’hui, la compagnie est dans le top 10 des compagnies les plus propres», affirme le directeur d’une agence de voyage, située à quelques encablures de la place Talaat al Harb.

Dans son bureau, un grand portrait d’Ahmed Chafiq. D’autres fustigent l’œuvre aéroportuaire de l’ancien Premier ministre, qui n’hésita pas à faire de l’aéroport du Caire un gouffre financier à la hauteur de la démesure du projet.

«Les Egyptiens de l’étranger ne votent pas pour Ahmed Chafiq car ce sont ceux-là même qui ont souffert de la compagnie Egyptair», ironise Mohammed, ingénieur dans l’industrie pharmaceutique.

Chafiq ou l’Iran?

Ahmed Chafiq se présente également comme le seul rempart contre la montée de l’islamisme. Une position encore plus assumée à l’issue d’un premier tour qui l’oppose directement à la confrérie des Frères musulmans. C’est l’une des raisons pour lesquelles la majorité des coptes l’ont choisi dés le premier tour. Sara est inquiète pour la communauté. Elle a voté pour Ahmed Chafiq, l’un des candidats qui s’est déclaré contre la charia. «On est perdu. Depuis hier, les médias nous montrent du doigt. Ils nous reprochent d’avoir voté feloul (résidu du régime Moubarak). Je crains des représailles communautaires», confie-t-elle apeurée. En effet circule l’idée que les coptes auraient pu faire la différence si la majorité d’entre-eux s’était tournée vers Hamdeen Sabahi. La peur d’une république islamique à l’iranienne, guidée par des chefs religieux a été déterminant pour le candidat Chafiq.

Et la révolution?

Hassan a participé activement à la révolution. Il a soutenu Hamdeen Sabahi au premier tour, mais opte pour l’ex-Premier ministre d’Hosni Moubarak au second. Il vote pour un homme dont il a demandé la chute il y a un demi. « Il faut choisir. Les Frères musulmans vont instaurer un règime théocratique. Il ont confisqué la révolution depuis le début», assure-t-il en buvant un thé. Soudain une amie lui envoie un message qui le laisse hilare: «On a un choix à faire entre la Stella (la bière locale) et la police»

Déterminée à poursuivre la lutte contre l’ancien régime, Imane s’interdit de voter par défaut. Elle préfère boycotter ce second tour. Elle refuse de choisir entre une dictature militaire et une dictature religieuse. Elle ne comprend pas comment les coptes ont pu voter pour la «marionnette du Conseil suprême des forces armées». Elle se remémore son passage à l’hôpital copte après le massacre de Maspero le 9 octobre 2011. « Des coptes sont morts sous les roues des chars de l’armée», lance-t-elle avant d’allumer sa cigarette nerveusement.

Avant même l’annonce des résultats officiels, la bataille médiatique continue sur fond de dénonciations de fraudes. Les deux candidats ont trois semaines pour faire peur et courtiser les libéraux.

 

 

 

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