L’islam dans la constitution, « un faux problème »

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naderabouazza


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Mise à jour du 24 juin: Le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi se hisse à la tête de l’Egypte. Il succède à Hosni Moubarak avec 13 230 131 voix contre 12 347 380 pour son adversaire Ahmed Chafiq.

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Les enjeux de la nouvelle constitution égyptienne avec l’analyse de Sophie Pommier, spécialiste de l’Egypte et enseignante à Science-po Paris.  Retour sur la nomination du candidat des Frères musulmans et la rentrée de l’Assemblée constituante.

Voilà un candidat qu’on n’attendait pas, celui des Frères musulmans pour l’élection présidentielle prévue le 23 mai prochain. Depuis plusieurs mois, les Frères déclaraient pourtant qu’ils ne présenteraient aucun candidat. Attente, tergiversation et rumeurs. Malgré ses promesses, la confrérie présentera un candidat à l’élection présidentielle. Son nom a été dévoilé samedi 31 mars: Khairat al-Shater, un puissant homme d’affaire et ex-prisonnier politique sous l’ère Moubarak. Cette nomination intervient 3 jours après la rentrée de l’Assemblée constituante, dominée par les islamistes.

Une  rentrée tumultueuse pour la nouvelle Assemblée constituante égyptienne, qui a tenu sa première séance le mercredi 28 mars. Cette assemblée
comprend 100 sièges: 37 issus de la chambre basse du parlement (magliss al-cha’b), 13 issus de la chambre haute (magliss al-choura) et 50 issus de différents milieux sociaux et professionnels.

Crainte d’un monopole Ikhwan al-muslimîn (Frères musulmans)

Saad al-Katani, membre du parti de la Justice et de la Liberté, a été nommé président de l’Assemblée constituante. L’exercice n’est pas nouveau. Saad al-Katani occupe déjà le poste de président du parlement. Outre le fait d’occuper la présidence du parlement, les islamistes jouissent également d’une majorité au sein de l’Assemblée constituante. Ce qui inquiète forcément les partis libéraux, les laïcs, l’institution sunnite d’Al-Azhar, les coptes. Tous crient à la confiscation de la constitution par les Frères musulmans et à l’absence de toutes les franges de la société égyptienne. Les coptes, les femmes et les jeunes sont quasiment évincés de la rédaction de la nouvelle constitution.

Saad al-Katani, président de l’Assemblée du peuple

«Nous annonçons aujourd’hui notre rejet de la manière dont la commission constituante a été formée», a déclaré Ahmed Saïd, chef du parti des Egyptiens libres, l’une des plus importantes formations libérales du parlement, lors d’une conférence de presse avec d’autres représentants politiques laïques. (…)

Sur la chaîne Al Jazeera Mubasher Misr, Katani maintient toutefois le cap en tout bon capitaine: «L’assemblée constituante ne peut pas être reconstituée maintenant qu’elle a été formée. « 

Les Libéraux contestent la prédominence des islamistes,  par ailleurs confortée lors des dernières élections. La rentrée de l’Assemblée constituante suit des legislatives remportées par les islamistes, observe Sophie Pommier, spécialiste de l’Egypte et enseignante à Sciences-Po Paris.

«Dans l’immédiat, les Frères vont plutôt chercher à s’allier avec les Libéraux. Ce que je trouve inquiétant, c’est qu’on a un calendrier politique beaucoup trop long et un peu aberrant.  On va élire un Président de la République avant d’avoir rédigé la Constitution, donc avant même de savoir le pouvoir réel du futur président. On a attendu un an pour s’occuper de la constitution. On a attendu que les élections législatives soient terminées. On comprenait donc implicitement que les membres du Comité constituant allaient venir de la chambre basse et de la chambre haute. Or c’est à présent ce que conteste l’opposition libérale»,  nous confie Sophie Pommier.

Coptes, Libéraux et laïcs  s’inquiètent d’une possible « islamisation » de la constitution. Or les enjeux ne sont-ils pas ailleurs?

«Il y a certes un enjeu dans la constitution mais ce n’est pas la religion. C’est un faux problème. L’article 2 sera sans doute reconduit en l’état (comme en Tunisie), éventuellement avec une clause pour les minorités. Le vrai enjeu, c’est le partage des pouvoirs. Va-t-on vers un pouvoir parlementaire ou un président fort ?», analyse Sophie Pommier.

Graffiti représentant le maréchal Mohammed Hussein Tantaoui, rue Mohammed Mahmoud au Caire le 1 avril 2012. Reuters/Amr Dalsh

Au delà de la rédaction de la nouvelle constitution, les forces politiques en présence se dirigent vers une élection présidentielle qui doit signer le départ des militaires. C’est en tout cas ce qu’ avait déclaré Mohammed Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées. Or pour l’analyste Sophie Pommier, cela devra forcément passer par une négociation entre les Frères musulmans et l’armée. Une étape cruciale dans la transition politique que vit l’Egypte.

«Une autre chose à régler, mais cela se fera en coulisse: les modalités du départ des militaires. C’est le véritable enjeu, encore plus que la constitution. Il faudra négocier la place de l’armée dans l’économie (un défi de taille), l’ immunité des militaires pour leurs exactions passées et présentes, la politique régionale, notamment vis-à-vis d’Israël. Un modus vivendi est à trouver entre les militaires et les Frères musulmans. Ce ne sont pas des petits problèmes. Les militaires n’ont pas envie de rester aux affaires, mais jusqu’où sont-ils prêts à aller pour préserver leur place dans l’économie égyptienne? Les militaires ne rendront pas le pouvoir s’ils perdent trop», note  Sophie Pommier.

A bien des égards, les défis de l’Egypte dépassent l’écriture de la nouvelle constitution ou la nomination du candidat du parti de la Justice et de la liberté. L’économie et la sécurité demeurent les deux plaies de l’Egypte post-Moubarak.

«Tant qu’il n’y a pas un retour de la sécurité, les touristes ne reviendront pas. Les investisseurs sont également très prudents», conclut Sophie Pommier.

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