Le médecin militaire accusé d’avoir procédé aux « tests de virginité » est acquitté

L'Auteur

sophieanmuth


Topics

Le médecin militaire accusé d’avoir fait subir, il y a un an, un « test de virginité » à Samira Ibrahim et à six autres manifestantes, a été acquitté aujourd’hui.
Derrière le médecin militaire, ce qui est en accusation, c’est la police militaire et la façon dont elle traite tous les manifestants qu’elle arrête, et derrière, le Conseil suprême des Forces armées (CSFA) – le conseil militaire qui est toujours au pouvoir depuis la chute de Moubarak l’année dernière.
Samira Ibrahim est la jeune femme qui a porté l’affaire devant la justice. Son nom est devenu l’un des symboles de la lutte contre les atteintes aux droits de l’homme dont l’armée et la police se rendent encore coupables, selon les associations de droits de l’homme.

Elle a perdu aujourd’hui, et était en larmes aujourd’hui après le verdict du tribunal militaire qui acquittait le médecin accusé. Mais elle a déclaré sur twitter que ce n’est pas son honneur qui a été touché, mais celui de l’Egypte, et qu’elle continuera à protester jusqu’à ce qu’elle ait rendu ses droits à l’Egypte.
Dans la vidéo qui suit, l’homme au tee-shirt orange, interviewé devant le complexe militaire où a eu lieu le jugement, déclare : « le régime de Moubarak est censé être tombé, mais tous les jours il se passe quelque chose, et ce qui s’est passé aujourd’hui, on voit que le régime est toujours en place . On veut nous faire croire que le Conseil militaire est très bien, il n’y a rien à dire sur eux ?! »

L’affaire a été jugée par un tribunal militaire – personne n’était très optimiste sur les chances de succès de Samira Ibrahim : il eût été très étonnant qu’un tribunal militaire accuse un médecin militaire. Maha Maamoun, de l’organisation Non aux tribunaux militaires, rajoute que le tribunal militaire ne pouvait accuser ses supérieurs, le CSFA. Cette organisation demande l’arrêt des comparutions des civils devant des tribunaux militaires : ceci permet de les juger sans avocat, en quelques minutes, sans publicité.

Le médecin accusé, Dr. Ahmed Adel El-Mogy, a regretté la diffamation dont il se dit victime.

Les activistes, les associations de défense des droits de l’homme qui soutiennent Samira Ibrahim invitent à une manifestation vendredi prochain.

"Pourquoi mon honneur n'est-il pas important, Egypte?"

En décembre dernier, une haute Cour administrative a condamné et interdit pour l’avenir l’emploi des « tests de virginité ». Mais personne n’a reconnu officiellement qu’ils avaient bien eu lieu dans le passé, et Adel El-Morsy, le directeur du système judiciaire militaire, avait alors déclaré que la décision de la Cour était invalide car une telle pratique n’était nullement dans les livres des militaires.

En mai dernier, un général disait à CNN, sous couvert d’anonymat, que les tests de virginité avaient bien été effectués, pour prouver qu’aucune des jeunes femmes n’était vierge, afin qu’elles ne puissent pas par la suite dire qu’elles avaient été violées par les militaires. La logique vous échappe ? à moi aussi. Shahira Amin a recueilli ce témoignage. C’est une journaliste égyptienne contestée, son franc-parler et son agacement envers la propagande d’Etat lui ont valu une relation compliquée avec sa chaîne Nile TV (chaîne d’Etat, en anglais).

Dans la vidéo qui suit, Samira Ibrahim raconte comment elle et d’autres manifestantes ont été arrêtées le 9 mars 2011. Elles manifestaient place Tahrir, avec quelques centaines d’autres manifestants, pour davantage de rapidité dans l’accomplissement des buts de la révolution : transfert du pouvoir aux civils, jugement de Moubarak et de ceux responsables du sang des martyrs.
Accusées à la fois de dégradation de biens publics et de prostitution, elles sont aussi torturées (à l’électricité), et « examinées » par un médecin, déshabillées, au vu et su de tous les soldats.

D’après Ahmed Hossam, avocat au Hisham Mubarak Law Center, les jeunes femmes qui ont été maltraitées l’année dernière étaient toutes de familles modestes: les soldats pensaient qu’elles resteraient muettes.

Et en effet, seule Samira Ibrahim a osé parler de leurs épreuves et défier le pouvoir politique de l’armée, la torture, et la propagande, faite par le gouvernement, les médias d’Etat et les généraux au pouvoir, contre les manifestants.
Elle dit avoir entendu beaucoup de monde lui conseiller d’abandonner sa plainte, et avoir même reçu des menaces, ce qui a contribué à décourager les autres jeunes femmes.
Son père et son oncle appartenaient à la Gamaa Islamiya, une organisation islamiste accusée de terrorisme, et dont les membres ont souvent été arrêtés et torturés sous Moubarak -elle dit que son père a connu ces méthodes.

L’année dernière, Samira Ibrahim a été condamnée à une peine d’un an de prison avec sursis.
Elle et ses compagnes d’infortune, dit-elle dans la vidéo ci-dessus, ont été forcées de poser devant les photographes de la police militaire avec des bouteilles pouvant passer pour des bouteilles de cocktails Molotov, afin d’accréditer la thèse selon laquelle elles étaient des « baltagya » (fauteurs de trouble).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

2 Rétroliens

  1. [...] Plusieurs centaines de femmes et d’hommes ont manifesté vendredi 16 mars au Caire (Egypte) contre une décision du tribunal militaire. Ce dernier a relaxé un médecin militaire qui avait pratiqué des “tests de virginité” forcés sur sept femmes lors des manifestations de la place Tahrir, il y a un an, relate le blog Nouvelles du Caire sur SlateAfrique. [...]

  2. [...] comme  Amnesty International et Human Rights Watch. Après un pas en avant, deux pas en arrière. Le 11 mars dernier, le médecin militaire accusé d’avoir fait subir le « test de virginité » à Samira Ibrahim [...]