La « fin du monde » fait rire le web sénégalais

Les Mayas l’auraient donc écrit sur leurs tablettes depuis plusieurs millénaires. La fin du monde, c’est demain. Si en Chine, les adeptes des sectes qui prêchent l’apocalypse sont emprisonnés, et dans certaines parties du monde, cette prédiction est prise au sérieux, au Sénégal, on préfère en rire et tourner en dérision cette annonce hors du commun qui enflamme le Web.

Les 1.989 396 utilisateurs d’internet au Sénégal, 15,7 % de la population totale nationale, (Source Internet world stats) sont en mode fin du monde. Mais il n’y en a pas un pour y croire selon Ibou Fall, le talentueux chroniqueur de Sud Quotidien, qui écrit avec beaucoup d’humour:

«  L’heure exacte n’est pas confirmée, mais vous savez bien, au Sénégal, on fera tout pour ne pas être ponctuels. Même pour une embauche, un vrai Sénégalais (généralement Wolof du centre) resté longtemps au chômage s’arrangera toujours pour arriver en retard. Et il vous expliquera que c’est le sort qu’on lui a jeté depuis l’enfance. Alors, vous pensez bien que pour la fin des temps, ce n’est pas au Sénégal qu’on y sera en avance…Moi, je suis quand même épaté : nos compatriotes qui sont si friands de prédictions, et gobent n’importe quoi, pourvu qu’il n’y ait pas d’explication rationnelle, n’avalent pas un traître mot de cette affaire…On a beau respecter les cinq piliers de l’islam, faut pas pousser trop fort vers le Jugement dernier. Sait-on jamais ? Qui peut jurer qu’il n’a pas commis la faute capitale ? Vous savez bien, entre les regards qui s’égarent sur la croupe de la voisine mariée à plus chanceux, les menus larcins dans la caisse de la tontine, les parjures quotidiens pour sauver la pitance… « 

Sur Internet, les plaisanteries sur le sujet ne manquent pas.

« C’est demain le 21 Décembre, la fin du monde. Dommage que je ne puisse pas aller me réfugier sur le mont Bugarach », plaisante un utilisateur du célèbre réseau social Facebook.

Un internaute propose de transporter les bagages excédentaires des futurs morts moyennant les bonnes actions sur les bases desquelles le Paradis est accordé.

« Pour le voyage sans retour de demain, j’ai un grand camion pour vos excédents de bagages. Le kilo est à 2 touyaabas (bonne action)»

Un autre invite ses amis à ne pas l’oublier dans leur testament: « Qui a dit que la fin du monde c’est le 21 décembre ? J’ai tellement de choses à accomplir donc pour vos testaments ajoutez mon nom dessus#jesuisimmortel# »

« La fin du monde tel qu’annoncé ne concerne pas les Africains parce que selon les altermondialistes indique que l’Afrique ne fait pas partie du monde donc elle n’est pas concernée», soutient un panafricaniste du web.

D’autres plus versés dans la chose religieuse citent le Coran pour ignorer cette prédiction. Un prêcheur sénégalais affirme en effet que celui qui mourra dans la fin du monde Maya est un mécréant.

« Cette fin du monde n’est pas la nôtre, nous autres musulmans. ils décrètent la fin du monde à la place de Allah Le Tout Puissant, l’omnipotent, l’omniprésent, ils ne savent pas ».

Casamance: Coup de pouce à la paix

Les huit militaires sénégalais pris en otage par Atika, l’aile radicale du Mouvement des Forces démocratiques de la Casamance (MFDC) dirigé par Salif Sadio, ont été libérés le dimanche 9 décembre par le chef rebelle Salif Sadio. Ils ont regagné dans la soirée du dimanche au lundi, la capitale sénégalaise en compagnie des responsables de la communauté chrétienne de Sant’Egidio, qui arbitre les négociations de paix à Rome.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En libérant ces otages détenus pendant près d’une année, Salif Sadio donne des gages quant à sa volonté de trouver une issue pacifique à l’irrédentisme qui plombe le développement de la région sud du Sénégal.

« Par l’acte d’aujourd’hui, le MFDC prend à témoin la communauté internationale de la bonne volonté qui l’anime depuis toujours de résoudre ce conflit par la voie pacifique, contrairement à la calomnie dont il a toujours été victime. La libération des huit prisonniers ne signifie nullement la fin de la lutte que nous menons et encore moins la renonciation à l’option indépendantiste qui nous anime. Donc le combat pour l’indépendance nationale continue« , a lancé Salif Sadio tout en appelant la communauté internationale à soutenir les négociations de paix.

Il ajoute que la libération de ces huit prisonniers de guerre prouver qu’il tient ses promesses et qu’’il est « démocrate disposé à dialoguer avec le gouvernement sénégalais« .

« C’est un premier pas vers la paix, un geste humanitaire qui peut aider à instaurer un climat favorable à la négociation afin de trouver une solution à une crise, la plus ancienne d’Afrique« , s’est félicité le Père Romano, en précisant que de nouvelles discussions étaient en préparation.

La main de Yaya Jammeh

Salif Sadio, chef de l’aile radicale du Mfdc Atika, est connu pour sa proximité avec le président gambien Yahya Jammeh.

Selon le site Seninfos.com qui cite une source proche du dossier, l’intervention du président gambien Yahya Jammeh a été déterminante dans cette opération. Ce dernier a d’ailleurs mis un vol spécial à disposition pour acheminer les huit militaires libérés vers Dakar.

Trois ministres gambiens, les ambassadeurs de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de Taiwan, ainsi que des responsables du CICR, le Comité international de la Croix-Rouge ont assisté à la libération des otages.

 

 

C’est quoi un Khalife général?

Dans le contexte sénégalais, une telle question peut sembler saugrenue mais pour un non sénégalais elle a un sens. Les Khalife généraux des différentes confréries religieuses que compte le pays sont des hommes importants car rien ne se fait au Sénégal sans leur aval.


Ils jouent un rôle de guide religieux, de régulateur social, de médiateur, de parrain et d’homme d’influence. Petits-fils ou fils de fondateurs de confréries religieuses ou de grandes figures religieuses, ils sont assimilables à de grands électeurs car leurs directives sont souvent suivies par le peuple.

Qu’ils soient Tidiane, Mouride, Niassène ou Layène, les Khalifes généraux exercent un pouvoir réel sur leurs ouailles. Cela justifie la « cour assidue » que leur font les hommes politiques désireux de bénéficier de la popularité dont ils jouissent. Au Sénégal, l’usage veut que ces derniers se rendent à Touba ou Tivaouane, les deux plus grandes cités religieuses, à la vieille de chaque grand évènement politique où à chaque fois que des décisions importantes sont sur le point d’être prises. De Senghor à Macky Sall, l’influence de ces hommes de Dieu a toujours été une réalité au Sénégal.

Le Sénégal a connu des khalifes généraux de grande envergure comme Abdoul Aziz Sy,khalife général des Tidiane de 1957 à 1997,  unanimement aimé et adulé aussi bien par les musulmans que par les chrétiens. Fallou Mbacké, khalife général des mourides de 1945 à 1968, a également marqué de son empreinte son passage à la tête de cette confrérie religieuse.

 

Serigne Mansour Sy, le Khalife général des Tidianes, n’est plus

Mouhamadou Mansour Sy communément appelé Serigne Mansour Borom Daraadji, le Khalife général des Tidianes, s’est éteint dans la nuit du samedi au dimanche.


Évacué à Paris à la suite d’une maladie, le guide religieux était hospitalisé à l’hôpital américain de Neuilly. Ayant succédé au regretté Abdoul Aziz Sy Dabakh le 14 Septembre 1997, il était âgé de 86 ans. Fils de Serigne Ababacar Sy, premier Khalife d’Elhadji Malick Sy, grand imam et érudit de la confrérie soufie tidjane, une voie spirituelle musulmane qu’il contribua à diffuser au Sénégal, Mansour Sy était un grand maître coranique d’où son surnom de « Borom Daraa Dji » (le propriétaire de l’école coranique).

Comme le veut l’usage, c’est son demi-frère Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum, grand érudit soufi, qui doit lui succéder comme khalife général des Tidianes.

Lors de la polémique sur les caricatures du prophète, il avait pris part au débat à travers un poème dans lequel il disait:

«Vous avez osé le caricaturer, mais peut-on dessiner une lumière que l’œil est incapable de regarder? Faites doucement, nous nous sommes accrochés à sa corde, à sa doctrine qu’est l’Islam, et nous vivons comme une nation. Votre voie est obstruée lorsque vous vous êtes engagés dans la voie de le calomnier, à l’image de celui qui donnerait des coups de corne à un rocher

Le Premier ministre du Sénégal, Abdou Mbaye,  lui a rendu hommage. «C’est une terrible nouvelle. C’est un appel de 1h 30 du matin qui m’a appris la triste nouvelle. C’était un érudit d’exception, je n’ai jamais cessé d’être impressionné par sa science des hadiths, du coran, du soufisme et tout ce qui touche à la Tidjania. C’est un homme d’une gentillesse incommensurable».

Le chef du gouvernement a, par ailleurs souligné les dispositions prises pour le rapatriement du corps. «J’ai appelé le ministre des Affaires Etrangères, Makeur Ndiaye pour une diligence dans le règlement des papiers pour le rapatriement du corps de Paris à Dakar. Nous ne ménagerons aucun effort pour que la dépouille mortelle soit accueillie selon son rang», a déclaré Abdoul Mbaye.

 

Foire de Dakar: Une poudre magique pour trouver un mari

Les femmes fatiguées d’attendre le prince charmant gagneraient à se rendre à la Foire internationale de Dakar, Elhadji Ousmane Touré, un marabout nigérien, prétend pouvoir réaliser leur rêve de trouver un mari. C’est la ruée vers ce produit curieux dont l’inventeur garantit l’efficacité : satisfait ou remboursé.


La 21ème édition de la Foire internationale de Dakar (FIDAK) recèle des trésors inimaginables. Si beaucoup de participants à la Foire de Dakar espèrent écouler des produits de consommation courante, tel n’est pas le cas d’Ousmane Touré. Ce Nigérien propose un produit pas comme les autres à ses nombreuses clientes.

Au stand où ce marabout a établi ses quartiers, c’est la ruée. La poudre fait à base de plantes médicinales se vend comme de petit pain. Ainsi, un groupe de jeunes femmes rencontrées sur les lieux débattent de l’efficacité de ce produit pas comme les autres. Certaines y croient vu l’assurance donnée par le guérisseur, d’autres plus sceptique veulent essayer d’abord.

Elhadji Ousmane Touré est un habitué de la Foire. En 2011, il proposait ses services en soutenant qu’il peut guérir toutes les maladies grâce à un don hérité de son père. Originaire du village de Taawa, situé à 250 km de Niamey, il vit au Sénégal depuis 1970. Il y est connu comme un guérisseur traditionnel.

La Foire internationale de Dakar est l’occasion pour beaucoup de participants de montrer leur savoir faire. Ainsi, dans un autre stand de petites boîtes rouges contenant une pommade censée donner de grosses fesses et de gros seins, sont proposées.

Une chanteuse sénégalaise propose de l’encens qui aurait la vertu de rendre les maris plus amoureux et attentionnés. Et cerise sur le gâteau la femme qui utilise ces encens obtient tout ce qu’elle veut de son cher et tendre.

D’autres vendent des aphrodisiaques de toutes sortes.

 

VISA : A partir de juillet 2013, le Sénégal appliquera la réciprocité

A partir de juillet 2013, tout ressortissant d’un pays qui demande le visa aux Sénégalais sera obligé d’en avoir un pour entrer dans le territoire sénégalais. C’est Mankeur Ndiaye, le ministre sénégalais des Affaires Etrangères qui en a fait l’annonce au cours de l’examen du budget de son ministère à l’Assemblée nationale.


Beaucoup d’associations qui manifestaient pour l’application de la politique de la réciprocité pour les visas vont jubiler. Le ministre des Affaires étrangères a accédé à une requête longtemps formulée mais jamais satisfaite.

Le Sénégal appliquera la réciprocité des visas à compter du 1er janvier 2013, a annoncé, lundi à Dakar, le ministre sénégalais des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye. Toutefois, le ministre précise que cette décision a été prise suite à une large concertation avec tous les ministères intéressés, notamment ceux de l’Intérieur, de l’Economie et des Finances, du Tourisme et des Loisirs.

“L’argumentaire selon lequel l’application automatique du visa pourrait influer négativement sur les flux touristiques n’est pas démontré. Toutefois, compte tenu du surcroît de travail que cette mesure va entraîner, a-t-il tenu à préciser, son effectivité sera différée en juillet 2013, en attendant la mise en place du dispositif et du personnel nécessaires.De l’avis toujours du ministre des Affaires étrangères, une dispense sera accordée aux porteurs de passeports diplomatiques et aux agents en mission officielle munis de passeport de service », a-t-il indiqué.

En juillet, le Professeur agrégé de grammaire Oumar Sangaré avait appelé à appliquer la réciprocité pour mieux contrôler l’identité des Français qui viennent au Sénégal.

« Il faut appliquer la réciprocité car on ne sait qui sont ces français qui entrent au Sénégal. Certains sont des délinquants, des pédophiles. Ne ce serait-ce sur la base de l’identification, il faut appliquer la réciprocité », avait-il indiqué après que les autorités consulaires françaises lui aient refusé le visa à cause d’une affaire de frais médicaux non payés.

Le site touristique www.ausenegal.com ne semble pas d’accord avec la mesure et craint qu’elle ne devienne un frein au tourisme.

« La destination Sénégal a comme principal avantage l’ouverture de son territoire aux ressortissants de l’union européenne. L’attraction d’une destination en plus des richesses en matière d’offre touristique (sites, hôtel, accueil, climat) réside également dans la facilité des procédures administrative pour s’y rendre. Le Sénégal a réussi en matière de tourisme à devenir véritablement concurrentiel en permettant aux ressortissants de l’Union Européenne d’accéder à son territoire sans payer de frais relatifs au visa », indique le site.

 

Nécrologie: Assane Seck, un grand homme est parti

Ancien ministre, ancien tirailleur sénégalais, brillant universitaire, Assane Seck a aligné les superlatifs tout au long de sa vie. Il a tiré sa révérence le 27 novembre 2012. Assurément, une bibliothèque bien remplie a brûlé.  Fidèle à sa terre natale de Casamance, Assane Seck y repose pour l’éternité. Nangadef vous propose son portrait réalisé en 2011.


D’une grande humilité, le Pr Assane Seck reçoit dans son bureau sommairement décoré de sa maison du quartier populaire de Fass.  Un modèle d’abnégation de courage, de persévérance et de modestie, cet homme multidimensionnel ne perd pas espoir en ce qui concerne l’avenir des jeunes Sénégalais. A ses yeux, il y a un éveil de la conscience politique et citoyenne chez les jeunes qui est à encourager.

Ce parcours exceptionnel commence en terre casamançaise, précisément à Inor dans le Fogny (actuel département de Sédhiou). Le professeur Assane Seck y est né le 1er février 1919. Lébou d’origine, il grandit en Casamance où son père sert comme traitant. Cette diversité culturelle lui permet de transcender les clivages ethnico religieux tout au long de son cursus.

Brillant élève

Élève à l’école coranique, Assane Seck est ensuite inscrit à l’école française à Marsassoum. Son ascension fulgurante dans les études commence en 1930. Parmi les meilleurs élèves du cercle de Ziguinchor, le professeur Assane Seck est envoyé comme boursier à l’école régionale du chef-lieu. Il perçoit une bourse de 750 francs par mois. Une fortune à l’époque pour un élève de primaire. De 1933 à 1935, il excelle dans les études et obtient son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE).

Au moment où beaucoup de ses camarades choisissent de travailler, Assane Seck passe le concours d’admission à l’école primaire supérieure Blanchot de Saint-Louis. Les 25 meilleurs élèves de la colonie ont été choisis et il réussit à intégrer ce cercle restreint. Il sortira premier de sa promotion. A l’époque, les meilleurs étaient orientés en médecine vétérinaire, ne se trouvant pas de vocation en médecine, Assane Seck choisit l’enseignement. En 1938, il passe et réussit le concours d’entrée à l’école normal William Ponty. Le futur ministre de l’Éducation nationale du Sénégal est encore major des enseignants et obtient son diplôme d’instituteur du cadre secondaire. Une performance qui lui vaut une récompense du gouverneur de l’Afrique occidentale française : un livret de caisse d’épargne avec un versement initial de 500 francs accompagne les félicitations de l’autorité coloniale.

Soif de connaissances

Dans ce contexte de guerre mondiale, les diplômés de grandes écoles comme William Ponty doivent faire un service militaire de trois ans. Assane Seck n’échappe pas à cette règle. Le 1erdécembre 1941, il commence une nouvelle vie sous les drapeaux en tant que Tirailleurs sénégalais. Son enrôlement dans l’armée française et les différentes péripéties de sa participation à la guerre ne lui font pas oublier sa soif de connaissances.

Il rêve de décrocher le baccalauréat pour pouvoir entrer à l’université. Il passe le Brevet supérieur pour l’enseignement primaire après avoir obtenu un congé de l’armée et obtient son diplôme en mars 1945. Promu sergent-chef en juillet 1945, il pense retourner au Sénégal après cinq ans d’absence. Mais une rencontre cruciale à Montpellier va changer le cours de son destin. Babacar Seye, un jeune étudiant sénégalais, (futur vice-président du Conseil constitutionnel qui sera assassiné en 1993) le dissuade de rentrer au Sénégal. Il lui conseille de mettre à profit son séjour en France pour avoir des diplômes universitaires. Bénéficiaire d’une permission à Paris, il passe devant le bureau des bourses près de l’université de Panthéon et « guidé par l’ignorance » il frappe à la porte et se trouve nez à nez avec le « grand patron ». Il ignorait que c’est le bureau de la directrice des bourses. Il lui demande une bourse pour poursuivre ses études en France. Au lieu de l’éconduire, la dame lui répond simplement qu’il faut passer par ses services et déposer un dossier. Elle fait appeler un de ses collaborateurs et lui demande de l’aider. Par chance Assane Seck obtient une bourse de 2000 francs avec majoration de 50% en tant que ressortissant d’outremer soit 3 000 F. au total. Cette bourse sera renouvelée à deux reprises. Il s’inscrit à la Sorbonne tout en étant sous les drapeaux. Il obtiendra deux diplômes supérieurs en géographie et peut prendre le chemin du retour au pays natal. La guerre d’Indochine bat son plein, ses supérieurs souhaitent que le sergent-chef poursuive sa carrière mais lui pense qu’Indochine ce n’est pas son combat. Il est démobilisé le 1er octobre 1948. « Aussi diplômés que mes anciens professeurs, je suis le premier professeur affecté au Sénégal après des études supérieures en France », se rappelle le nonagénaire à la mémoire prodigieuse et à l’esprit alerte.

Père de l’Indépendance

Dans les années 1950, au moment où les élites africaines se battent pour l’Indépendance, le professeur Assane Seck joue un rôle de premier plan aux côtés de Lamine Guèye puis de Senghor. De retour de France, il dirige le Mouvement autonome casamançais (MAC) créé à la suite de divergence avec le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance dont certains membres voulaient rejoindre le Bloc des masses sénégalaises (BDS) de Senghor. « Ce n’était pas un mouvement indépendantiste comme beaucoup l’ont soutenu. On s’en est expliqué mais les gens ne comprenaient pas ce qu’on entendait par autonomie ». Dans un contexte de rivalité entre le Bds de Senghor et la Sfio de Lamine Guèye, le professeur Assane Seck choisit d’être le colistier du second plus par défi que par conviction.

« Quand j’ai été contacté par Lamine Guèye, je suis allé voir Ibou Diallo pour lui demander conseil. Il me menaça de nous laminer si jamais je m’allie avec Lamine. C’est ce qu’il ne fallait pas dire à un jeune révolutionnaire », rappelle-t-il.

En avril 1958 pourtant, il rejoint Senghor et Mamadou Dia qui venait de fonder l’Union progressiste sénégalaise (UPS). Quelques mois après, nouveau divorce avec Senghor. Des divergences de vues sur la réponse à donner au référendum de 1958 constituent un nouveau casus belli. Assane Seck fonde la section sénégalaise du Parti du regroupement africain (Pra-Sénégal) avec Amadou Makhtar Mbow et Abdoulaye Ly en septembre 1958. Ce parti voulait voter oui au référendum de la même année.

Après l’indépendance avec l’interdiction de la plupart des partis d’opposition, le Pra Sénégal demeure le seul parti d’opposition légale face à l’Ups de Senghor.

Mais en 1966, les coups d’Etat deviennent une nouvelle mode en Afrique et Senghor, en rassembleur, leur propose de dissoudre leur parti au sein de l’Ups. Ce que le Pra-Sénégal acceptera en échange de quelques postes de responsabilité au sein de l’appareil d’Etat.

Depuis cette période, le professeur Assane Seck est un membre de l’Ups qui deviendra Parti socialiste. Aujourd’hui il fait partie du comité des Sages du Parti socialiste.

Il aura une riche carrière ministérielle car étant tour à tour ministre de la Culture de juin 1966 à juin 1968 ; ministre de l’Éducation nationale de juin 1968 à mars 1973 , ministres des Affaires étrangères du 05 avril 1973 au 21 novembre 1975, puis ministre d’État chargé des Affaires étrangères du 21 novembre 1975 au 13 mars 1978 ; ministre de la Culture de mars 1978 à juillet 1981 ; et enfin ministre de l’Équipement de juillet 1981 à mars 1983.

 

 

 

Kaaw Touré, porte-parole des FLAM: « En Mauritanie, l’esclavage et le racisme d’Etat continuent à sévir »

Mohamadou Touré dit Kaaw Touré est un réfugié politique mauritanien résidant en Suède. Originaire de Djéol dans le Sud de la Mauritanie, il est le Porte-parole des Forces de Libération des Africains de Mauritanie (FLAM), un mouvement créé le 14 mars 1983. Il a été arrêté en 1986 et condamné suite à la publication du manifeste du Négro-mauritanien opprimé. Poursuivi en 1987 pour avoir dirigé des soulèvements scolaires à Kaédi après l´exécution de trois officiers noirs, il s´exile au Sénégal jusqu’en 1999 après son expulsion. Depuis, il vit en Suède. Dans cet entretien, il revient sur le sens du combat que mène leur mouvement et l’actualité politique mauritanienne.

1. Vous êtes le porte-parole des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM), un mouvement créé en mars 1983 et vous vivez en exil depuis 1991 en Suède. Quel est le sens du combat que vous menez contre l’establishment en Mauritanie depuis 30 ans?

D´abord je tiens à préciser que j´ai vécu mes 12 premières années sur les 25 ans d´exil au Sénégal jusqu’à mon expulsion de ce pays-frère, que je considère toujours comme ma seconde patrie, en juillet 1999 pour la Suède suite aux pressions diplomatiques des autorités de Nouakchott. Depuis, et bien avant notre exil, nous dénonçons et combattons le racisme d´Etat et l´esclavage en Mauritanie. Ce que nous mettons en cause en Mauritanie c´est le système raciste mis en place depuis l´indépendance qui opprime la communauté Négro-mauritanienne. Ce Système repose sur des mécanismes bien conçus:

- Le contrôle de la réalité du pouvoir politique, militaire et économique par l´élément arabo-berbère.

- Une arabisation sélective visant à éliminer les écoliers Négro-mauritaniens de la compétition;

- Une option fondamentale de tous les régimes pour une Mauritanie exclusivement arabe.- L’exacerbation par ce Système des problèmes de cohabitation entre les deux communautés racio-culturelles dont les rapports historiques ont toujours été jalonnés à la fois de conflits et de serments d´amitié.

Pour les FLAM, il faut changer ce système vicié à la base parce que ne prenant pas en compte les Négro-Mauritaniens dans la vie de la nation. Il faut œuvrer pour l’unité et non pour l´unitarisme; une unité qui tienne compte de la réalité sociologique, historique et géographique du pays qui est un carrefour culturel-;une unité qui respecte la dignité de chaque Mauritanien et garantisse l’équilibre entre les grandes composantes nationales. Oui pour l’unité, mais qui soit assise sur des fondements inébranlables parce que intrinsèquement justes et égalitaires, afin de construire “le mieux vivre ensemble”, dans une Mauritanie viable, parce que réconciliée avec elle-même. Grâce à notre combat, grâce à la pression internationale et au rôle non négligeable d’acteurs politiques, de la société civile de l´intérieur, le Système a vacillé se parant d´un vernis démocratique, sans changer dans ses fondements. Nous ne nous arrêterons pas avant sa destruction complète, condition nécessaire pour la mise en place d’un Etat de droit, égalitaire et démocratique. Voilà le sens de notre combat.

2. Votre mouvement se définit comme une force de libération, est-ce que dans votre plan d’action la lutte armée est une option ?

N’allez pas croire que «libération» rime forcément avec lute armé! Nous voulons libérer le peuple mauritanien de la misère, de l’obscurantisme, du racisme, de l´esclavage, du joug des militaires; en particulier libérer ses composantes les plus opprimées que sont les Négro-africains et les Harratines.
Enfin, précisions que si, par le passé, l’action armée fut une option, aujourd’hui cette option reste loin derrière nous. Nous nous inscrivons résolument dans la lute politique, pacifique. Nous sommes porteurs d’idées et de projets novateurs que nous souhaitons faire connaitre au people mauritanien, qui seul sera juge.
Bref les FLAM sont un mouvement pacifiste qui privilégie la lutte politique, le dialogue et la concertation, et entendent inscrire leur action dans la confrontation des idées.

3. Votre mouvement dont la plupart des membres ont été contraint à l’exil n’est-il pas coupé des réalités mauritaniennes ?

Comme vous l’avez bien dit, nous avons été contraints à l´exil. Hier, on ne pouvait pas s’exprimer et agir de l´intérieur, sans risquer la prison et même la mort; ce droit à l´expression nous a valu la dénonciation, la répression jusqu’à l’élimination physique de ceux que nous comptions de plus chers dans notre mouvement. L’exil ne peut être une orientation politique parce qu´il n’y a rien de plus pénible que de vivre loin des siens et de sa patrie. L’exil doré n´est qu´un fantasme pour ceux qui n´ont jamais subi les affres de cette contrainte. Mais depuis notre dernier congrès ordinaire, tenu à Paris, notre mouvement a décidé de se redéployer à l´intérieur et de poursuivre notre lutte dans la légalité, pour le règlement de la question nationale et sociale, en vue de l´instauration d´un Etat de droit garant de l´épanouissement économique, social et culturel de toutes nos communautés. Le retour au pays natal se prépare sérieusement et certains de nos camarades anciens déportés au Sénégal sont déjà sur place.
J’ajoute que notre mouvement n’a jamais été, à vrai dire, totalement absent de notre pays, ni socialement, ni politiquement. Nous allons donc reprendre notre place dans notre milieu naturel, entièrement, très bientôt.

4. L’actualité récente a été marquée par l’affaire dite « des tirs amis » qui ont blessé le président Ould Abdel Aziz qui est en convalescence en France. Quel commentaire en faites-vous ?

Nous avons suivi comme tout le monde l´accident subit du président ou « l´erreur des tirs amis » comme le dit la version officielle. Nous déplorons comme tous les Mauritaniens l´opacité qui entoure aussi bien cette hospitalisation que les circonstances réelles du prétendu accident. Nous pensons que le peuple a droit à l´information sur l´état de santé du président de la République. Le Conseil constitutionnel devait se saisir du dossier et statuer s´il y a vacance du pouvoir ou si le président est capable de diriger le pays et préparer la transition le cas échéant.

Puisque de plus en plus on entend parler de transition, la classe politique devra prendre garde de reconduire celle, désastreuse, du Colonel Ely Ould Mohamed Vall, qui avait occulté les problèmes essentiels du pays, tel le problème de la cohabitation. Il ne faudrait surtout pas que cette transition, si elle avait lieu, se réduise, une fois de plus à un changement de régime ou d’homme. C’est le système qu’il faut changer.!

5. En Mauritanie, Messaoud Ould Boulkheir, le président de l’Assemblée nationale, est issu de la communauté Haratine. N’est-ce pas là une avancée remarquable ?

Les nominations des présidents du Sénat, Ba Mbaré, et de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir entrent dans le cadre de la politique de réconciliation qu´avait initiée le président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallah et ses engagements pendant les négociations du 2ème tour des élections de 2007. Ces deux personnalités Négro-mauritaniennes n´ont malheureusement pas le pouvoir de décision, ils sont maintenus seulement pour banaliser la question noire et tromper l´œil de l´observateur étranger. La réalité du pouvoir est ailleurs. Depuis le putsch du mois d´août 2008, la page de réconciliation ouverte par le président Sidi a été mise sous le boisseau malgré les larmes de crocodile du nouveau président à travers la prière de Kaédi. Le dossier du passif humanitaire reste entier, l´esclavage continue à sévir, le racisme d´Etat continue de plus belle au vu des nominations de chaque conseil de ministres sous l´ère du Général-président. Tout cela vient montrer qu’on n´est pas encore sorti de l´auberge.

 

Sénégal : Un député veut « voiler » le monument de Wade

Mbaye Niang, député du Mouvement de la réforme pour le développement social, est l’un des plus irréductibles pourfendeurs du Monument de la Renaissance Africaine. Selon le site Nettali.net, il a encore fait part de son aversion pour l’œuvre si chère à Wade en commission technique de l’Assemblée nationale.


Au moment de la construction de cette œuvre d’art qui surplombe Dakar, Mbaye Niang avait estimé que le pagne de la dame représenté était trop court et que les personnages étaient presque nus. Aujourd’hui, il ne démord pas. A ses yeux, le Monument de la Renaissance africaine est trop dévêtu. Face au ministre de la Culture, Abdoul Aziz Mbaye, Imam Mbaye Niang a demandé de le couvrir d’un voile. Ce que ce dernier a refusé.

Lors de la déclaration de politique générale du Premier ministre Abdoul Mbaye, le député avait parlé de son sujet favori : le Monument de la Renaissance africaine dont il réclamait l’audit. «Les personnages ne représentent pas le type africain dans leur apparence tout comme leur nudité n’est pas conforme aux traditions africaines. Ce monument consomme de l’électricité, de l’eau, emploie un personnel rémunéré à ne rien faire  et aurait dû contribuer au financement de la Case des Tout Petits », avait-il dit dénonçant une nouvelle fois ce monument.

A cette occasion, il avait demandé qu’ils soient habillés. Mbaye Niang fait partie de ceux qu’on appelle au Sénégal les arabisants. Il a obtenu son certificat d’études en langue arabe en 1968. Il poursuit des études au Maroc et y obtient le baccalauréat scientifique. Il entre ensuite à l’Ecole d’aviation civile et de météorologie de Tunis, avait auparavant obtenu son certificat d’études en langue arabe en 1968, puis il est envoyé au Maroc pour poursuivre ses études.

Le parchemin de cet établissement en poche, Imam Mbaye Niang rentre au Sénégal et intègre en 1981 l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), comme cadre technique.

Imam de la mosquée « inachevée » de la cité Asecna, il s’est fait connaître comme député en 2007, défendant sans relâche les intérêts du peuple, de la religion et des traditions. Il se fait le porte-étendard d’une certaine idée de la politique.

 

Relations Wade-Macky: Alassane Ouatara, l’infatigable pompier

Le président ivoirien a convaincu Abdoulaye Wade de renoncer à son voyage prévu vendredi. C’est à la suite d’un long entretien téléphonique qu’Alassane Ouatara a réussi à différer la confrontation entre Wade et son successeur Macky Sall. Il n’en est pas à sa première mission de bons offices entre les deux hommes.


C’est par un communiqué que le porte-parole du président Wade a annoncé l’annulation du voyage prévu vendredi. La confrontation entre les deux camps est donc différée. Alassane Ouatara a réussi à ramener la paix.

« Me Wade porte à la connaissance de tous nos compatriotes que le Président Alassane Ouattara lui ayant demandé de différer son voyage au Sénégal en attendant qu’il poursuive ses bons offices, il a décidé de surseoir à sa venue antérieurement prévue pour le vendredi16 Novembre 2012 », annonce le communiqué.

C’est sur la demande de Me Wade qu’il a eu une longue communication téléphonique avec Alassane Ouattara.

« Il lui a  expliqué pourquoi il souhaite qu’il continuât sa mission de bons offices dans ses relations avec son successeur Macky Sall » précise un communiqué du porte-parole, de Me Wade, Me Ousmane Ngom ancien ministre de l’Intérieur.

Entre les deux hommes, Alassane Ouatara n’en est pas à sa première médiation. C’est souvent en tant que membre de l’International libéral que le président ivoirien joue au sapeur pompier dans les relations tendues entre Wade et son ex fils putatif devenu président de la République en 2012.

Début novembre, Ouatara a notamment mis un terme à la polémique opposant les deux hommes sur la valorisation du décret relatif au statut d’ancien chef de l’Etat. Abdoulaye Wade souhaite disposer d’un cabinet restreint comprenant un aide de camp, un chef de cabinet, un conseiller technique, deux assistantes, une voiture, un chauffeur, un cuisinier et une gouvernante. Macky Sall a trouvé ses exigences trop élevées et a refusé. Pour mettre tout le monde d’accord, le président Ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, a décidé de prendre Wade  en charge le restant de sa vie.

Le calme avant la tempête

Selon Maître Wade, Macky Sall s’installe de plus en plus dans la chasse aux sorcières contre ses enfants et contre certains de ses collaborateurs dans le dernier Gouvernement.

« Depuis cinq mois ils sont convoqués pour redire aux gendarmes ce qu’ils savaient déjà. En réalité toutes ces tracasseries ne signifient rien d’autre que les jeter en pâture à une presse qui s’empresse de lancer les pires nouvelles dans les medias sénégalais et étrangers », indique le communiqué.

« Devant cette situation, tout en réaffirmant leur position de départ, c’est-à-dire qu’ils admettent de comparaître devant la justice ordinaire, dans le respect de ses procédures, le PDS et ses responsables considèrent être en situation d’adopter la position de résistance à l’oppression et décident de ne plus répondre aux convocations émanant de cette juridiction politique exceptionnelle sur-mesure remisée aux placards par les deux prédécesseurs de Macky Sall », ajoute le communiqué.

Le Parti d’Abdoulaye Wade compte organiser des marches et des manifestations pacifiques en y invitant les militants, les alliés et tous les démocrates épris de justice et de saisir toutes les missions diplomatiques accréditées au Sénégal pour les informer.