Mauritanie: Le pays où le président se fait « flinguer » par erreur

L'Auteur

Ndeye Khady Lo


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Le samedi 13 Octobre,  un peu après 19 heures, le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz s’est fait tirer dessus sur la route de Nouakchott. Selon la version officielle, ce serait à la suite d’une erreur que son cortège a été victime de tirs.  Peu de gens ont cru sur parole le ministre de la Communication mauritanien quand il a rapporté ces faits peu probables dans un pays où les armes ont délogé plus d’un président.


Les autorités mauritaniennes ont voulu rassurer. Un peu après l’incident, le président Ould Abdel Aziz a fait un discours depuis son lit d’hôpital retransmis sur la télévision nationale mauritanienne. Couché sur le dos, le corps recouvert d’un drap jusqu’au cou, il a rassuré ses compatriotes sur son état de santé avant d’être évacué dimanche à Paris pour des «soins complémentaires».

Vous avez dit accident?

Nombreux ont été les Mauritaniens qui ont mis en doute la version officielle faisant état d’erreur pour expliquer les blessures par balles du Général-Président. Ils ont tous cru à une tentative d’assassinat doublée d’une tentative de coup d’Etat. L’histoire politique du pays justifie ces doutes. En effet depuis l’indépendance, la République islamique est confronté à des crises cycliques nées de coups d’Etat répétitif qui imposent à sa tête des militaires.

« Je pense qu’il y a eu tentatives de coup d’Etat. Comment Aziz qui sait qu’il y a des militaires dans la zone a-t-il pu circuler sans sa garde rapprochée. Cette affaire n’est pas claire », indique Baba, un étudiant Mauritanien.

« Notre ministre de la communication qui prend tout le monde comme des idiots a voulu brouiller délibérément les cartes.C’était quand même un peu fort de café! La vérité se saura de toute façon », soutient Aliou

Mohamed pense lui que le ridicule ne tue pas en Mauritanie, le pays de millions de marchands d´illusions.

Ahmed Ould Cheikh, le journaliste de Calame pense qu’il y a anguille sous roche: « L’innovation et le courage n’étant pas les vertus cardinales de nos organes de presse publics, il a fallu tirer du lit le ministre de la Communication, le présenter, en boubou, sur le plateau du journal télévisé de 21 heures 30, et le laisser déclarer que le président n’avait été que ”légèrement blessé au bras par un tir de sommation” d’éléments de la gendarmerie. Rien qu’à voir la façon dont il parlait, on pouvait aisément se rendre compte qu’il n’était guère convaincu de ce qu’il disait ».

Et si Aqmi était dans le coup?

M.Ould Abdel Aziz a été menacé de mort par Aqmi, qui l’accuse de mener pour la France une «guerre par procuration» contre ses combattants.

Depusi son accession au pouvoir en 2008, Mohamed Ould Abdel Aziz  lutte de manière active contre le terrorisme. C’est ainsi que l’armée mauritanienne a empêché plusieurs tentatives d’attentats, dont une visant le président lui-même, l’ambassade de France et une caserne. En 2010 et 2011, des opérations militaires ont été menées contre Aqmi dans le nord du Mali avant que les rebelles Touaregs du MNLA et Aqmi ne l’annexent. Les terroristes ont-ils tenté de le tuer et d’étendre leurs tentacules en Mauritanie après avoir pris possession du Nord Mali.

L’interrogatoire des deux officiers arrêtés dans le cadre de l’enquête sur « les tirs amis » aideront sans doute à démêler les fils de cette affaire mystérieuse.

Un président atypique


Le parcours de notre président n’a absolument rien de normal. Ni les modalités de son accession au pouvoir, en destituant un président parce que celui-ci l’avait limogé, ni l’élection qu’il a organisée et gagnée dès le premier tour contre toute logique, ni la manière avec laquelle il dirige le pays et méprise ses habitants, et encore moins la façon avec laquelle il a failli perdre la vie. A l’issue de sa victoire en France, Hollande s’est voulu un président ”normal”. En Mauritanie, nous avons un président atypique.

C’est en ces termes que le journaliste mauritanien du journal Calame Ahmed Ould Cheikh qualifie Mohamed Ould Abdel Aziz.

Ce général de 56 ans (Il est né le 20 décembre 1956 à Akjoujt) est un pur produit de l’armée mauritanienne qu’il a rejoint en 1977 à sa sortie de l’Académie royale militaire de Meknès au Maroc. Il gravit rapidement les échelons et est chargé de la mise en place et de la direction du bataillon formant la garde présidentielle créée sous le régime de Maaouiya Ould Taya (1984-2005). C’est sous sa férule, ce corps de l’armée devient particulièrement influent dans la vie politique mauritanienne, jusqu’à être à l’origine du coup d’Etat militaire ayant renversé le président Ould Taya en août 2005. Membre de la junte ayant dirigé le pays de 2005 à 2007 avec à sa tête Mohamed Ould Vall,  il est réputé pour sa détermination et sa fermeté. Proche du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui l’a promu général en 2008, il n’hésitera pas à le renverser la même année. Depuis cette date, il règne sans partage sur la Mauritanie

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