Le Sénégal ne sera pas de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations de 2013. Après la berezina de 2012 en Guinée Equatoriale et au Gabon, les « Lions de la Teranga » n’ont toujours pas retrouvé leurs crocs: la Côte d’Ivoire les a battus sur leur propre terrain. Et pour couronner le tout, l’indiscipline du public qui, a interrompu le match avec des jets de projectiles, risque de coûter cher à la sélection nationale sénégalaise. Au propre comme au figuré, c’est la descente aux enfers.
Réveil difficile pour le Sénégal dimanche matin. Au lendemain du match perdu contre la Côte d’Ivoire, les commentaires vont bon train. Le match qui a connu une mobilisation sans précédent a déçu les inconditionnels de l’équipe nationale. Ils s’attendaient tous à un miracle en minimisant les compétences de l’équipe ivoirienne. A l’arrivée: un match perdu et un stade en feu. Coup dur pour la Teranga et l’exception sénégalaise en matière de paix et de stabilité. Au soir de la défaite, un spécialiste du football indexe les autorités qui auraient pêché en ne préparant pas le public à la défaite.
La presse relaie la colère du peuple
La presse nationale a unanimement décrié la défaite des lions. L’Observateur s’insurge contre cette défaite avec un jeu de mot à la Une: « C’est Footu, quelle Kotostrophe ». Ce journal rapporte aussi que l’entraîneur ne compte pas démissionner.
Le pays au quotidien révèle que les pouvoirs publics pensent à enrôler l’ancien président de Marseille, le Sénégalais Mababa Diouf dit Pape Diouf, qui pourrait faire appel à Eric Gerets en qualité de sélectionneur national pour réussir cette exaltante mission, remettre le football sénégalais sur les rampes du succès.
Le journal Libération barre sa une de ce titre: « Incapable, dégagez ». Dans un éditorial au vitriol, le directeur de publication Yaxam Mbaye déclare: »
« Aujourd’hui, on veut nous inscrire dans une école où l’on théorise la défaite et enseigne son acceptation. Alors qu’on y est, pourquoi ne pas débaptiser cette équipe nationale et surnommer nos joueurs «Les chats de la téranga» du nom de cet animal qui, dans notre imaginaire, ne rime point avec noblesse. Bon dieu ! C’est insulter le roi lion que de livrer pareilles «performances» en son nom.
En vérité, et plus sérieusement, aujourd’hui qu’il faille recoudre, si l’incolore, l’inodore, le très effacé et austère président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), Me augustin Senghor, et sa bande ont une once d’amour pour leur pays, qu’ils nous épargnent un quelconque débat tendant à justifier l’échec, et se démettent. S’il leur venait à l’esprit de s’agripper et s’abriter derrière le bouclier de la Fifa, les autorités étatiques seraient bien inspirées de prendre leurs responsabilités, quoi qu’il en coûterait au Sénégal. Et Gakou devrait se préparer à cette éventualité, face à un Me Senghor qui n’est pas seulement incompétent, mais inconséquent, pour dire le moins. En atteste la pantalonnade dont il a fait preuve en prenant la tangente, alors qu’il était invité, hier, à l’émission Grand Jury de la Rfm. Mais, ce que ne doivent surtout pas oublier nos gouvernants, c’est d’exiger la reddition des comptes, car, cette dernière décennie, cette quête sans gloire n’a pour l’essentiel généré qu’une légion de kleptomanes ».
Coup monté
Me Augustin Senghor pense que les échauffourées qui ont fait arrêter le match relèvent d’un coup monté.
«Il faut fortement envisager la piste d’un coup bien monté, bien préparé pour déstabiliser notre football. Si c’est le cas, les Sénégalais devraient être considérés comme étant les propres fossoyeurs de leur football, parce que le stade Léopold Sédar Senghor est le seul qui réponde aux normes Fifa»
Faisant allusion à Elhadji Diouf, il ajoute:
« Nous avons été surpris de voir, au moment d’arriver à Radisson, qu’il y avait un cortège qui bloquait la route. Notre motard a changé de direction. Ce même cortège nous a rejoints, puis précéder à l’entrée de la Vdn. Cela a donné lieu à un chassé-croisé pour ne pas dire une course-poursuite pendant tout le trajet qui nous menait vers le stade. Je ne comprends pas que des gens puissent s’organiser en cortège rien que pour déstabiliser une équipe. Si l’on y prend garde, ça risque de nous mener au gouffre.
Ça commence à bien faire ! Il y a une volonté manifeste de déstabiliser, de provoquer. La fédération n’est pas prête à se laisser faire. Quand on entend des Sénégalais souhaiter la perte de l’Equipe nationale et aller jusqu’à acheter des billets pour ce match… Ça devient grave ! Surtout quand ils le font et que rien ne s’ensuit. On constate des accolades et n’importe quoi dans les tribunes de la part de certaines autorités ou anciennes autorités. C’est choquant !».
L’entraineur Joseph Koto ne semble pas conscient de l’échec. Il déclare:
« Je n’ai pas échoué. Du tout. Je suis très fier de ce qu’on a fait. Jouer contre une équipe comme la Côte d’Ivoire, réussir à marquer chez elle deux fois, ce n’est pas donné, surtout compte tenu de l’arbitrage (…) Ce n’est pas un échec ».
Risque de suspension
Le chroniqueur sportif du site le senegalais.net, Serigne Mour Diop, pense que l’équipe du Sénégal sera suspendu.
» Après le match des éliminatoires de la Can 2012 contre le Cameroun, à l’issue duquel le Sénégal avait été frappé d’une amende et averti par la Fifa, à la suite de l’envahissement du terrain après le but de Demba Bâ, il est clair que cette fois-ci, Léopold Sédar Senghor (pas le défunt président, mais le stade) sera suspendu. Soit le Sénégal y jouera ses matchs à huis-clos, soit il ira recevoir dans un pays tiers à désigner par la Caf et la Fifa. Alors que les « Lions » sont premiers dans leur poule dans les éliminatoires du Mondial 2014. Pour le moment, le calice a été bu jusqu’à la lie avec cette élimination qui prend des airs d’humiliation ».
Le site senego.com écrit à ce sujet:
« On ne peut pas imputer ces incidents à l’arbitrage. Les joueurs aussi ont un comportement exemplaire. Il revient à la commission discipline de la Caf de prendre sa décision. Issa Hayatou a été saisi immédiatement après l’interruption de la rencontre. La commission de discipline va se réunir rapidement, mais d’habitude, dans ces genres de situation, les sanctions sont sévères. Ça peut aller d’une suspension du stade pour plusieurs matches, et une forte amende» indique Walter Gagg, expert de la Fifa.
Mais s’empresse de préciser l’expert, ce n’est pas la Fifa qui va statuer, mais bien la Caf. Les textes de la Caf sont très sévères en matières de débordements. Dans l’article 7 du règlement de l’instance dirigeante du football africain, dans son alinéa 6, il écrit que « tout interruption de match suite à des débordements, envahissement de la pelouse, entraîne automatiquement match perdu, pour l’équipe qui reçoive« .
Après subi les foudres de la Caf en 1993, pour ce qui est de la dernière défaite du Sénégal en match officiel face au Maroc, notre pays se verra certainement administrer une claque plus sévère.
Une infiltration d’un supporter sur la pelouse en cours de match, coûte pas moins de 30 000 dollars d’amende à l’équipe qui reçoit. Un fait anodin, qui s’est passé lors du match face au Cameroun, mais aussi hier face à la Côte d’Ivoire. Le stade LSS était déjà en sursis, désormais la peine risque d’être bien privative pour les supporteurs.



