Libre échange scientifique: 107 universitaires écrivent à Hollande

L'Auteur

Ndeye Khady Lo


Topics

En visite au Sénégal à partir de ce 12 Octobre, François Hollande, le président français sera accueilli de diverses manières. Dans une lettre accompagnée d’une pétition qui lui seront adressées, 107 universitaires sénégalais exigent la libre circulation. A leurs yeux, il est temps que les tracasseries pour l’obtention du visa cessent. En effet, nombre d’entre eux se voient refuser le visa par les consulats françaises « pour des motifs fallacieux ». Récemment le cas du Pr Sangaré, deuxième africain agrégé de grammaire, a fait couler beaucoup d’encre et de salive.


La diplomatie sécuritaire entrave le libre échange scientifique !

Monsieur le Président ;

Bienvenue au Sénégal, ce pays qui chemine depuis plusieurs siècles avec le vôtre. L’Histoire a bien lié nos deux peuples et nos destins sont plus que jamais associés. Toutes choses qui devraient servir les dirigeants, surtout politiques,  au lieu du contraire.  Mais, Excellence, nous sommes désolés  de constater qu’un certain discours de la France, amalgamant volontiers insécurité et immigration ; visa d’entrée à un africain et séjours irrégulier, commence à affecter nos liens. La diplomatie du soupçon qu’il induit entrave le libre échange scientifique. Nous sommes tous maintenant mis dans la peau de potentiel sans-papier, d’élément d’insécurité, de déstabilisateur de société, de détenteur de valeurs inadaptées, de parasite,  de malade incurable, etc. Les centaines d’universitaires sénégalais, qui demandent chaque année des visas pour missions de recherches , ne sont vus que comme de vulgaires futurs immigrés.

Monsieur le Président, pour s’en  convaincre,  veuillez lire  la lettre ci-dessous.

«Le Consul général    AVIS : DEMANDE DE PRESENTATION AU RETOUR

Monsieur,
Je vous ai délivré le 19 avril 2006 un visa Schengen de 15 jours. Conformément à la convention d’application de l’Accord de Schengen, et dans le cadre des dispositions communément définies par les partenaires représentés au Sénégal, Vous devrez justifier de votre retour en vous présentant, entre 08h30 et 12h30, au service des visas, au plus tard le 19-05-2006 muni de votre passeport visé, en entrée et en sortie du territoire Schengen, par la Police Française aux Frontières.

Il ne vous sera pas délivré de convocation à cet effet et il vous appartient de vous présenter spontanément muni de la présente lettre.

A défaut, ce Consulat sera fondé à supposer que vous séjournez irrégulièrement en France ou dans l’un des pays de la zone Schengen, situation dont ce Consulat serait obligé de prendre acte, notamment dans le cadre de toute demande ultérieure.

Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée »

Cette lettre est servie de la manière la plus solennelle, à des professeurs d’université du Sénégal, demandeurs d’un visa d’entrée en France pour participer à des manifestations scientifiques. Elle complète le dossier comprenant : le passeport avec une photo claire ; 3 derniers bulletins de salaire ; 3 derniers relevés de compte-bancaire ; un ordre de mission ; une autorisation d’absence ; un arrêté rectoral ; 40 000 FCFA ; un rendez-vous acheté à 5200 FCFA d’un opérateur privé ; une réservation d’hôtel ; une attestation d’assurance ; deux photos  et autres certificats de bonne vie et mœurs. Il s’y ajoute que la recevabilité de ce dossier, l’obtention du visa ainsi que la durée du séjour accordé, dépendent de l’humeur de l’agent consulaire qui traite la demande.

Monsieur le Président ; nous voudrions seulement vous exprimer ici notre souhait de ne garder en mémoire que la France des Lumières et des valeurs universelles, celle qui a permis à beaucoup d’entre nous de compléter leurs humanités. Nous aimerions nous voir toujours au quartier latin ou en pèlerinage dans nos anciennes institutions universitaires. Il va sans dire aussi que les nécessités de service nous y conduisent très souvent. Malheureusement, les diplomates ne veulent plus que ces souvenirs ou ces affinités professionnelles soient entretenus. Ils ont décidé que la libre circulation de nos populations soit à sens unique dans l’espace franco-sénégalais. Ce qui n’est pas pour favoriser les échanges scientifiques entre nos deux peuples. Les accords de Schengen qui régissent tout maintenant, nous paraissent trop récents pour déconstruire les communautés fondées alors que l’Europe se déchirait.

Monsieur le Président,  faites que nos amis de l’Hexagone ne nous voient plus comme de potentiels sans-papier, qu’ils ne nous soupçonnent  surtout pas de vouloir déstabiliser la France et ébranler ses équilibres socio-économiques. Monsieur le Président, veuillez nous réduire les contraintes diplomatiques pour nous permettre tout simplement d’échanger, dans les deux sens, avec nos collègues de la France pour ne pas dire de l’espace francophone. En cela, vous serez, croyons-nous, l’incarnation Normale de la République française !

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre distinguée considération.


 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

1 réaction

  1. lene
    Le 11 octobre 2012 à 15 h 06 min

    Une seule solution pour remédier au problème : restreindre l’expatriation au sénégal des français. leur faire monter des dossiers de 50 pages s’ils veulent s’installer. principe de réciprocité. aujourd’hui un français peut s’installer en afriqie sans aucune contrainte, ce qui n’est pas forcément normal puisque les africains sont eux traités comme des indésirables, fussent-ils de hauts doctorants. qui a dit que l’afrique était décolonisée ?