Si le Sénégal a connu deux alternances démocratiques, il n’en est pas de même pour les partis politiques dont les dirigeants peinent à organiser leur succession ou refusent catégoriquement de céder la place aux plus jeunes. C’est le cas du Parti Socialiste qui vient d’exclure Malick Noël Seck, un jeune qui a ouvertement demandé le départ du secrétaire général Ousmane Tanor Dieng
Au Parti socialiste, ses sorties sont craint car les saillies dont ils usent pour demander le départ du Secrétaire général occasionnent des tsunamis à la Maison du Parti. Et pourtant, le sémillant homme politique ne demande qu’une chose : le respect de la parole donnée. Ousmane Tanor Dieng avait déclaré avant la présidentielle qu’en cas d’échec il va laisser la place aux jeunes. Malick Noël Seck est un agitateur d’idées, un idéaliste qui croit dur comme fer que la politique doit servir les intérêts des populations. Emprisonné à trois reprises sous Abdoulaye Wade, il aura été avec Talla Sylla, l’un des hommes politiques qui ont le plus payé de leur personne pour le départ de Wade. Auréolé de cette légitimité, c’est donc une voix autorisé et écouté pour ouvrir un débat de cette nature au sein de Parti Socialiste.
Symbole
Depuis qu’il a demandé de la manière la plus officielle le départ du secrétaire général, rien ne va plus au Parti socialiste. Joutes verbales par presse interposée, tentative de destitutions, conseil des sage, conseil de disciplines, tout un arsenal de mesures a été pris pour essayer d’empêcher que la bombe « Noël » ne fasse encore plus de dégâts. Il est vrai que depuis 1996, année durant laquelle OTD a pris les commandes du parti avec le fameux congrès sans débat, le PS a connu beaucoup de remous et de départs mais jusque là un débat de cette nature n’a jamais été posé en ces termes et surtout par un jeune et pas n’importe lequel. Malick Noël Seck, c’est celui qu’Aminata Mbengue Ndiaye, l’égérie de ce parti, érigeait en symbole lors de la campagne de la présidentielle de 2012.
Emprisonné à trois reprises, le jeune homme s’est fait connaître dans son engagement sans faille pour le départ de Wade. Avec son « meilleur ami Barth (Barthélémy Dias, député maire de Sicap)», il a réussi à donner du fil à retordre à Wade et à son clan.
Après le départ de ce dernier, il veut pousser Ousmane Tanor Dieng à tenir une promesse qu’il avait faite avant la présidentielle : céder la place aux jeunes.
« Tanor a été rejeté par 89% de l’électorat. Il sera difficile à son successeur de faire pire. Tout le monde sait que le régime du clientélisme qu’il nous a imposé signifie la mort du Parti socialiste ! Les manipulations auxquelles il s’est livré récemment pour rejoindre dans l’urgence BBY pour mieux diluer son impopularité dans une alliance contre-nature a d’ores et déjà compromis une victoire possible du Ps aux élections de 2017 », martèle le leader de « Convergence socialiste »
Mais il assure ne pas vouloir être Calife à la place du Calife :
« Mon rôle n’est ni de remplacer Tanor ni d’organiser sa succession. Pour des millions de Sénégalais, le Parti socialiste représente un certain espoir. Ils veulent qu’un parti fort restaure la dignité nationale, le droit à l’emploi, l’égalité sociale, l’idée de justice, les droits de la Femme et de l’Enfant. Tanor a été rejeté par 89% de l’électorat. Il sera difficile à son successeur de faire pire. Tout le monde sait que le régime du clientélisme qu’il nous a imposé signifie la mort du Parti socialiste ! Les manipulations auxquelles il s’est livré récemment pour rejoindre dans l’urgence BBY pour mieux diluer son impopularité dans une alliance contre-nature a d’ores et déjà compromis une victoire possible du Ps aux élections de 2017 », martèle le leader de « Convergence socialiste ».
Il reproche aussi au secrétaire général du Ps de n’avoir pas respecté sa promesse. « Pour moi, les politiciens doivent cesser d’être des hommes qui ne respectent pas la parole donnée », dit-il.
Ce jeune loup aux dents longues reproche à Ousmane Tanor Dieng d’avoir fondu le Parti socialiste dans la Coalition Bennoo Bokk Yakar et surtout de manquer de stratégie politique. Bref d’être indolent et passif au moment où il faut se battre pour occuper les premiers rangs.
« Les gens avaient l’impression qu’il voulait perdre l’élection. Il a vendu le Parti pour 20 députés. En bureau politique, il dit : « ne vous inquiétez pas, je vais tous vous planquez. Nous ne faisons pas de la politique pour avoir des planques. Comme il ne le dit dans la presse, il ne veut plus rester opposant parce que douze ans d’opposition ça suffit. S’il est fatigué de défendre les populations, il n’a qu’à quitter la direction du Parti.Notre mouvement veut assainir les partis politiques mais il faut balayer devant sa porte d’abord.« Nous voulons que cesse la corruption et les pratiques malsaines dans les partis politiques. Wade est parti mais le problème reste entier. Nous voulons faire des émules dans les autres partis pour que la démocratie y soit une réalité ».
Après son exclusion, il s’adresse aux Sénégalais et s’engage dans une nouvelle dynamique politique:
« Que vous soyez chef d’entreprise, étudiant, mère de famille ou ouvrier, vous ne pouvez plus confier votre destin à cette classe politique, qui n’a pour souci que de bâillonner toute opposition en formant des alliances dont les masses populaires sont exclues. Convergence Socialiste n’a pas de solutions immédiates à préconiser, mais cela ne nous empêche pas de comprendre que la situation politique, économique et sociale du Sénégal, est extrêmement préoccupante. L’endettement auprès des financiers du Tiers Monde, l’appauvrissement des fonctionnaires, l’inexistence de la classe moyenne, l’intégrisme à nos portes et une jeunesse majoritairement oisive et sans avenir, sont une combinaison mortelle. Et lorsque des années d’indifférence nous précipiteront vers une destinée malienne, il sera déjà trop tard ».
Soutiens
Un discours bien accueilli par l’opinion publique sénégalaise qui pense qu’il est temps que certains caciques de la classe politique sénégalaise passent la main. Sur les réseaux sociaux, les messages de soutien se multiplient.
Sur Seneweb, autre baromètre de l’opinion publique, les commentaires lui sont généralement favorables.
« Malick Noel Seck dit tout haut, ce qu’une écrasante majorité des PS, sussure-murmure entre les murs. Une relève s’impose dans ce pays, pas seulement au PS, mais surtout au Sénégal. Depuis Senghor l’honorable DIENG est là….! Au moins 30 ans de loyaux services, il est temps que l’honorable Tanor Dieng passe dignement le flambeau. Cela est valable pour d’autres dirigeants de partis, comme l’honorable Niasse. Ces hautes personnalités, qui ont beaucoup apporté au pays, aux dignes-nobles peuples, donnent là, avec l’accrochage à leurs sièges, une mauvaise image de la politique. Les réactions des souteneurs de Tanor et leur volonté de l’étouffer au sein du Ps risque de servir son image en le transformant en martyr. »
Des socialistes de Paris encouragent Malick Noël Seck Des soutiens fusent, en tout cas de partout. Dans une lettre intitulée « lettre d’encouragement à Malick Noël Seck, Sanou Dione, responsable Ps à Paris, écrit:
«L’exclusion, le 3 octobre dernier, de Malick Noël Seck des rangs du parti socialiste (Ps) est une réponse politique, voire politicienne, à un réel malaise démocratique au sein des formations politiques en général. Malick Noël Seck a eu le courage d’évoquer, publiquement, un problème assez sérieux qui devrait faire réfléchir tous les Socialistes sénégalais et tous les démocrates sénégalais. Il mérite nos félicitations et nos encouragements pour ce débat courageux qu’il mène dans le parti, et que, malheureusement, ou heureusement, même les faire-valoir de Ousmane Tanor Dieng reconnaissent en leur âme et conscience, comme étant un combat démocratique. Le problème du Ps n’est plus un problème interne mais public : il nous appartient, en effet, de démontrer que nous sommes un parti démocratique, ouvert et moderne, pour devenir attractif pour les jeunes ».
Sanou Dione ajoute: « Ousmane Tanor Dieng avait affirmé, avant les élections, qu’il allait partir, quelle qu’en soit l’issue ; ensuite, en 1996, il était à plus de 50% , en 2011, en coalition, on est à 11%, toujours derrière les dauphins de Wade que sont Macky Sall et Idrissa Seck. Il faut, au regard de la première considération, donner la chance à un nouveau candidat jeune pour la recomposition de la famille socialiste, surtout, nous laisser une famille socialiste unie et non explosée entre Wilane, Noël et les autres. Dans toutes les bonnes et grandes démocraties, le candidat qui perd doit partir, or, Ousmane Tanor Dieng nous a toujours fait perdre ».

