Sénégal, le pays aux mille et une lunes

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Ndeye Khady Lo


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L’Aid El Fitr a été célébré dans la division au Sénégal. Les différentes sensibilités religieuses n’ont pas réussi à s’entendre sur une date pour fêter à l’unisson la fin du jeune.  Ainsi, du samedi au lundi, c’était la fête de Korité, comme on appelle communément l’Aid El Fitr au Sénégal.


D’un côté, il y a la Commission nationale de concertation sur le croissant lunaire (CNCCL), l’organe officiel créé en 1990 dans le but de s’entendre sur une date unique à laquelle les différentes fêtes musulmanes seront célébré. De l’autre la Commission d’observation du croissant lunaire (COCL), créée en 2011 par la Coordination des musulmans de Dakar (CMD). Il y a les différentes confréries dont les membres les plus zélés attendent l’aval du Khalife général pour rompre ou commencer le jeûne. Il y a également les musulmans non affiliés aux confréries qui jeûnent et rompent avec la Mecque. Tous les ingrédients sont donc réunis pour qu’il n’y ait pas de consensus dans ce domaine.

Ainsi, la Commission d’observation du croissant lunaire (COCL) a annoncé vendredi que « sa » Korité sera célébré le samedi 18 Août, la famille de Elhadji Omar Tall et de Serigne Abass Sall ont célébré le dimanche et la Commission nationale de concertation sur le croissant lunaire (CNCCL) a fêté le lundi en même temps que les grandes confréries religieuses du pays.

Après sa première prière en tant que président à la Grande Mosquée de Dakar (Lundi), Macky Sall, interpellé sur la question, a répondu:

« C’est le résultat de la liberté de foi de chaque individu ou de chaque communauté. Dieu seul sait qui détient la vérité, mais Dieu est miséricordieux, Il sait pardonner», a estimé le Chef de l’État. Exhorté par certains chefs religieux à prendre en charge la question de l’observation du croissant lunaire comme cela se fait en Gambie, le président de la République a rappelé que la foi est un domaine privé, qui plus est consacré par la Constitution qui garantie la liberté de culte à chaque individu. Donc c’est une matière dans laquelle l’État ne peut pas intervenir pour décréter, sauf si les chefs religieux, les confréries, les grands imams lui donnent ce pouvoir. L’État se donnerait tous les moyens, en consultation avec d’autres pays, et grâce aux moyens de l’astrologie, afin  d’arriver à éviter cette situation disparate et regrettable».

Une réalité mal vécue par certains chefs religieux. Le khalife de Pire, El Hadji Moustapha Cissé, a préconisé la mise en place d’une grande commission nationale de concertation pour le croissant lunaire, avec l’aval des guides religieux du Sénégal, dont la présidence serait confiée au ministère de l’Intérieur.

‘’Si toutefois, l’Etat et tous les chefs religieux s’accordent sur une telle formule, les dissensions et les malentendus en ce qui concerne l’apparition du croissant lunaire pourraient être résolus de manière définitive’’.

Au yeux de ce marabout, le ministère de l’Intérieur pourrait jouer un grand rôle pour la bonne marche de cette commission, grâce à l’implication des gouverneurs, préfets, des sous-préfets et chefs de village, au niveau de l’ensemble du territoire national. Selon le khalife, ces autorités locales ‘’superviseront l’apparition de la lune dans les différentes localités du pays, de concert avec les représentants des chefs religieux desdites localités et des islamologues’’.

 

 

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3 réactions

  1. Pascal St Clair
    Le 23 août 2012 à 9 h 49 min

    Autant de fêtes religieuses; autant de jours où l’Afrique ne travaille pas. Triste constat dans un continent où la valeur TRAVAIL ne semble pas être la préoccupation la plus partagée.

  2. Tandia Aboubakr
    Le 24 août 2012 à 13 h 09 min

    Encore un Président qui récite avec brio la leçon apprise par coeur de la laicité occidentale française. Cette question des « milles et une lunes » pose la question du modèle d’Etat, du modèle politique qui serait à même de restaurer le naturel: la politique et la religion ne peuvent être séparées. Il faut que la religion trouve sa place dans le modèle politique. Qu’on le veuille ou non, la religion continuera de poser des défis à l’ordre politique dans les sociétés musulmanes. Alors mieux vaut règler ce problème tout de suite avant qu’il ne nous régle. J’ai bien peur que les gens finissent un jour par la violence à cause des milles et une lunes. Déjà chacun accuse l’autre après la korité sur fonds d’allusions et de dérisions.

  3. Le 28 août 2012 à 13 h 28 min

    Qu’il est triste de voir un pays prit en otage par des guides religieux qui ne parviennent même pas à s’entendre sur un simple fait qui ne saurait normalement être contesté.
    Une semaine morte pour les entreprises si on ajoute le fait que les gens en profitent pour prendre une semaine de congés. Ce n’est certainement pas la voie à emprunter pour un Sénégal émergent.