M23 : Chronique d’une mort annoncée

L'Auteur

Ndeye Khady Lo


Topics

Le mouvement des Forces vives sénégalais, M23, créé à la suite des manifestations violentes du 23 juin, se fissure. La stratégie à adopter pour obliger Wade à renoncer à sa candidature constitue une pomme de discorde au sein de ce regroupement hétéroclite.


D’un côté, sept candidats issus du mouvement ont décidé de mettre un terme à leur campagne individuelle jusqu’au 16 février et de faire front commun pour exiger le départ de Wade. Quitte à brandir la menace d’un boycott de la présidentielle du 26 février. De l’autre, Macky Sall, convaincu que la meilleure manière de battre Wade est de le vaincre par les urnes, mène sa campagne à travers les différentes régions du Sénégal. Enfin, le Mouvement Y’en a marre qui s’est radicalement démarqué des politiques en fustigeant l’instrumentalisation du Mouvement des Forces vives à des fins politiciennes et électoralistes.

« Pas d’élection avec Wade »

Au sortir d’une longue réunion, tenue mercredi dernier, les candidats de l’opposition Ousmane Tanor Dieng, Idrissa Seck, Cheikh Tidiane Gadio, Ibrahima Fall, Djibril Ngom, Cheikh Bamba Dièye, Moustapha Niasse ont décidé, en présence d’Amath Dansokho et d’Alioune Tine, coordonnateur du M23, d’unifier tous leurs projets de société. Ils menacent de boycotter la présidentielle, si Wade ne se retire pas de la course.  Ces candidats à la présidentielle se sont engagés à mettre à la disposition de tous, ce qu’il avait mobilisé, en vue de leur propre campagne. Selon le Journal Rewmi Quotidien, les candidats du M23 ont réaffirmé une position de principe: celle de ne pas aller à la présidentielle, tant qu’Abdoulaye, le président sortant est candidat à sa propre succession, de dérouler leur plan, sans Macky Sall, qui a décidé de faire cavalier seul et de se démarquer d’eux.

Une démarche décriée

Cette posture des candidats du M23 est loin de faire l’unanimité au Sénégal. Certains y voient une peur d’essuyer une défaite au soir du 26 Février. Souleymane Jules Diop, cyberdissident sénégalais, a clairement critiqué cette stratégie :

« Finalement, de toute cette opposition, Macky Sall est le plus cohérent, le plus constant, le plus déterminé, qui mène la campagne la plus intelligente. C’est insensé de se laisser entraîner dans cette chose lourde et pesante qui s’appelle M23, en oubliant qu’en plus de demander le retrait de Wade, chaque candidat doit dire pourquoi il constitue la meilleure alternative. Des gens qui ont passé des années à discuter sans pouvoir s’entendre sur une candidature unique, ont découvert subitement les vertus de l’unité. N’est-ce pas curieux ? ».

Mieux dans sa chronique publiée par Seneweb, il ajoute :

« Il faut surtout que chaque candidat s’investisse davantage à sa base, que des efforts soutenus soient faits dans les fiefs naturels d’Abdoulaye Wade, pour inciter les électeurs à lui tourner le dos. Les candidats de l’opposition font parfois preuve d’un grand déficit dans l’analyse et la stratégie. Le moment viendra inéluctablement, où ils devront choisir entre participer à l’élection ou boycotter du fait de la participation de Wade. Il faudra choisir. Nous pouvons soutenir que quel que soit le résultat que Wade obtiendra, il sera illégal parce qu’il a violé la Constitution. Nous pouvons dire qu’il partira, en nous battant pour cela. Mais nous ne pouvons pas continuer à dire qu’il ne sera pas candidat, il l’est déjà ».

Y’en a marre se démarque

Le Mouvement Y’en a marre, un des piliers du M23, a pris ses distances dénonçant une politisation à outrance. Cheikh Fadel Barro et Thiaat, membre fondateur de Y’en a marre, l’ont précisé au cours d’une conférence de presse :

« L’esprit originel du M23 est de poursuivre le combat citoyen pour le respect des lois et règlements et pour la défense de la démocratie. Les Nous refusons toute récupération politique du M23 qui n’est pas ‘un mouvement politique. Nous avons décidé de recadrer la lutte déconnectée de toute préoccupation électoraliste et n’acceptons pas que les manifestations du M23 servent de tremplin aux politiques ».

Ce mouvement a également décidé de camper à la Place de l’Obélisque samedi et dimanche prochains. « Nous voulons raviver la flamme contre Wade pour que le combat ne soit pas ‘forclos. Nous sommes résolus à poursuivre l’engagement citoyen pour défendre la démocratie sénégalaise. Y en a marre compte sur la capacité d’indignation des Sénégalais pour barrer la route au candidat des Forces alliées 2012 (Fal) », indique Fadel Barro.

Macky Sall : « Je ne suis pas un dealer »

Accusé par certains de ses pourfendeurs d’être la botte secrète de Wade, Macky Sall a démenti en indiquant qu’il n’a jamais été un dealer ou un comploteur. « Les élections ont commencé, la campagne électorale aussi. Celui qui ne veut pas battre campagne, c’est son problème. Je reste plus déterminé que jamais pour le départ de Wade qui passera également au besoin par les urnes. Le combat pour le départ de Wade se mène dans le cadre du M23, mais aussi sur le terrain. Nous sommes des partenaires du M23. Je ne suis pas leur adversaire et ils ne sont pas, non plus, mes adversaires. Par contre, notre adversaire c’est Abdoulaye Wade et je travaille pour le battre », a-t-il indiqué à Guédiawaye dans la banlieue dakaroise.

Son allié Jean Paul Dias a directement interpelé Alioune Tine du M23 contre l’usurpation.

« Un groupe de candidats à l’élection présidentielle se serait accaparé du sigle du M23 pour déclarer faire campagne commune. C’est une usurpation. En conséquence, profiter des manifestations que le M23 peut dérouler durant cette période pour remplir son temps d’antenne et faire croire qu’on rassemble foule et qu’on fait campagne, n’engage que ceux qui s’y adonnent. Nous interpellons Alioune Tine pour que le mouvement recentre ses actions et que nul ne s’approprie le sigle « M23 » à des fins électoralistes ».

Du pain béni pour Wade

Les dissensions au sein du M23 font l’affaire du camp adverse. En meeting à Saint Louis, Abdoulaye Wade  s’est réjoui de ces divisions.

« Le M23 est un mouvement qui n’existe que sur l’écran de quelques télévisions ou sur la place de l’obélisque où il se réunit, de temps en temps, pour se défouler. L’élection est l’affaire du peuple. C’est le peuple qui décide. Je ne faillirai pas à ma mission qui consiste à vous conduire, par une organisation impeccable, au bureau de vote, pour exprimer votre choix, entre les candidats. Le choix du peuple est respecté », a déclaré le président sortant au cours d’un meeting à Saint-Louis.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>