Abdoul Aziz Diop, porte-parole du M23: « Wade est un chef de guerre déterminé à assouvir un destin funeste… »

L'Auteur

Ndeye Khady Lo


Topics

Le porte-parole du M23 commente dans cet entretien l’actualité sénégalaise. Il soutient que Wade poursuit un agenda funeste consistant à se faire succéder par son fils Karim qu’il qualifie de « plus paresseux » des Sénégalais.

Abdoul Aziz Diop, vous êtes journaliste, politologue et porte-parole du M23. Comment appréciez-vous la situation politique qui prévaut actuellement au Sénégal ?

Le Sénégal est en proie à une crise politique sans précédent. Elu président de la République en mars 2000, le président Wade se sépare de ses alliés du Front pour l’alternance (FAL) et, plus tard, des numéros de 2 du Parti démocratique sénégalais (PDS) qui, à ses yeux, lui faisaient de l’ombre. Et quand la question de sa succession se posa, Abdoulaye Wade préféra son fils à la jeune génération qui livra l’essentiel du combat politique à ses côtés. Après deux tentatives infructueuses – aux locales de mars 2009 et par la voie parlementaire en juin 2011 – de faire la courte échelle à son fils biologique, le président Wade est à son troisième essai : passer en force au soir du 26 février 2012 après l’onction du Conseil constitutionnel. Si le chaos annoncé se matérialisait, il ne serait ni plus ni moins que la conséquence désastreuse d’une succession qui a mal tourné.

Pourquoi le M23 refuse de reconnaître le verdict du Conseil constitutionnel ?

Le verdict du Conseil constitutionnel est tout aussi irrecevable que la candidature qu’il entérina le 27 janvier 2012. De toutes les opinions dites au sujet de la candidature du président Wade, il n’y en a qu’une de vraie : l’opinion des constitutionalistes sénégalais qui établirent l’inconstitutionnalité en s’appuyant notamment sur l’interprétation par le président Wade lui-même de la loi fondamentale qu’il inspira et fit voter en janvier 2001. Après s’être opposé à la violation de la Constitution à travers le cri de ralliement « TOUCHE PAS A MA CONSTITUTION », le Mouvement du 23 juin (M23) se refuse à reconnaître le verdict du Conseil constitutionnel qui n’est qu’un prélude au coup d’Etat électoral qu’Abdoulaye Wade s’apprête à perpétrer, foulant au pied la souveraineté populaire.

Est-ce que la stratégie adoptée par le M23 est la bonne ?

Une stratégie de lutte qui consiste à tirer du peuple souverain les forces nécessaires à la défense de la Constitution, à la défense de la forme républicaine de l’Etat et à la veille citoyenne pour la tenue d’élections libres et transparentes est une bonne stratégie. La stratégie peine néanmoins à prendre dès lors que le camp d’en face use de la violence. Mais la violence contre-révolutionnaire retarde la révolution sans l’empêcher. Le peuple souverain aura le dernier mot.

Si malgré tout, Abdoulaye Wade persiste dans sa volonté de briguer un troisième mandat, que ferez-vous?

Le président Wade persiste manifestement dans sa volonté de briguer un troisième mandat. Il proclamera le 26 février 2012 les résultats qu’il a par devers lui si rien n’est fait pour l’en empêcher. Du coup, Abdoulaye Wade apparaîtra aux yeux de tous comme un chef de guerre déterminé à assouvir son dessein funeste de se faire succéder par le plus paresseux des Sénégalais, son fils Karim Wade. Le moment serait donc venu pour d’autres chefs de guerre, adossés au peuple souverain, de lui faire la guerre totale.

Après le démarrage officiel de la campagne électorale, les candidats à la présidentielle, membres du M23, vont-ils continuer à participer activement à votre lutte ?

Soixante-douze heures après le démarrage de la campagne électorale, les candidats dont les partis et les coalitions sont affiliés au M23 battent campagne ensemble en notifiant au président Wade leur détermination à lui barrer la route. Il ne fait donc plus aucun doute que le M23 continuera à mobiliser les Sénégalais contre le coup de force d’Abdoulaye Wade en sollicitant comme par le passé l’appoint des partis et coalitions amenés par les candidats membres du Mouvement du 23 juin.

Lors de la garde à vue d’Alioune Tine, vous aviez parlé de prise d’otages avec demande de rançon. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Un otage est une personne innocente contrainte à se tenir tranquille dans un lieu fermé comme le Commissariat central de Dakar. Le M23 n’aurait pas attendu 72 heures pour obtenir la libération d’Alioune Tine s’il avait accepté de renoncer à ses grands rassemblements à la place de l’Obélisque à Dakar. Le Mouvement se refusa à payer cette rançon, préférant hausser le ton.

Abdoulaye Wade a qualifié de petite « brise » les manifestations du M23. Quel commentaire en faites-vous ?

Abdoulaye Wade agit assisté par un secrétariat de la terreur dont les principales figures sont le ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom, le ministre de la Justice Cheikh Tidiane Sy, le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, le ministre des Affaires étrangères Madické Niang, le ministre de l’environnement Djibo Kâ et son fils Karim Wade.

La meilleure façon de doper le secrétariat de la terreur est de donner l’impression d’être plus jusqu’au-boutiste que chacun de ses membres. Aussi Abdoulaye Wade parle-t-il de « brise » en invoquant les conséquences de sa répression (3 morts à Podor et 2 à Dakar). Les Sénégalais se débarrasseront seuls d’Abdoulaye Wade et de son secrétariat. Mais la composition dudit secrétariat donne déjà une indication sérieuse à la Communauté internationale et à la Cour pénale internationale (CPI) sur les personnes à frapper d’une sanction sévère et à poursuivre après le bain de sang annoncé.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

One Rétrolien

  1. Par Sénégal: Les mystères de Youssou Ndour : le 12 février 2012 à 13 h 53 min

    [...] le «coup d’Etat constitutionnel» du président Wade. Il participe aux meetings et marches du M23, le mouvement qui considère que la candidature de Wade n’est pas conforme à la constitution, [...]