Le Conseil constitutionnel entre le marteau de Wade et l’enclume du peuple

L'Auteur

Ndeye Khady Lo


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Le Sénégal tout entier est accroché aux lèvres des cinq sages du Conseil constitutionnel qui ont la lourde responsabilité de décider de la recevabilité ou non de la candidature du président Abdoulaye Wade à un troisième mandat. L’opposition et les forces vives réunies au sein du Mouvement du 23 juin se sont rassemblées dès le matin de ce vendredi à la Place de l’Obélisque, attendant avec fermeté l’avis que le conseil constitutionnel rendra et qui à coup sûr sera déterminant pour l’avenir du Sénégal.

Ce vendredi est parti pour être une date repère dans l’histoire du Sénégal. Rassemblées à la place de l’Obélisque depuis 10heures, les Forces vives comptent y camper jusqu’à la publication de la liste des candidats à la présidentielle. Ils ont procédé à la prière du vendredi sur place et, sont déterminés à y passer la nuit. L’enjeu de l’avis que va rendre le Conseil constitutionnel est d’une importance capitale pour l’opposition sénégalaise : Wade sera ou ne sera pas candidat.

Même s’il avait affirmé en 2007 avoir verrouillé la constitution de 2001 qui ne lui permet qu’un mandat renouvelable, Abdoulaye Wade s’est dédit en juillet avec sa fameuse formule : « Ma waxone, waxet ». Il s’est ainsi mis à dos la majorité des constitutionnalistes que compte le Sénégal. Se fondant sur les articles 27 et 104 de la Constitution (Article 27 : La durée du mandat du président de la République est de cinq ans. Le mandat est renouvelable une seule fois. Cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire. Article 104 : Le président de la République en fonction poursuit son mandat jusqu’à son terme. Toutes les autres dispositions de la présente Constitution lui sont applicables), ces constitutionnalistes récusent le raisonnement des partisans de Wade. Pour eux, Wade ne peut pas briguer un troisième mandat.

Des juges sous pression

Juge hors hiérarchie depuis 1992, Cheikh Tidiane Diakhaté est pourtant contesté par l’opposition sénégalaise malgré sa longue expérience dans la magistrature. Il lui est reproché d’avoir toujours été conciliant avec le pouvoir.

Nommé Doyen des juges d’instruction du tribunal régional hors classe de Dakar en 1988, il est au cœur du dossier de l’assassinat du Juge Babacar Sèye (Vice-président du Conseil constitutionnel) en 1993. Il a été nommé, en 2003, Procureur général près la Cour d’Appel de Dakar puis Avocat général à la Cour de Cassation. En 2004, il est nommé Premier président de la Cour d’Appel de Dakar avant d’être porté à la tête de la commission d’instruction de la  Haute cour de justice devant juger l’ancien Premier ministre Idrissa Seck dans l’affaire des chantiers de Thiès. Depuis le 13 août 2010, il préside aux destinées du Conseil Constitutionnel à la suite du départ à la retraite de Mireille Ndiaye.

Ancien Doyen de la Faculté des Sciences juridiques et politiques (Droit), ex-enseignant  à la Sorbonne, Isaac Yankhoba Ndiaye à la réputation d’un universitaire émérite, indépendant et libre. Vice-président du Conseil constitutionnel, Ndiaye a été nommé en 2009.

Ancien président du Conseil d’Etat, Mouhamed Sonko est un magistrat membre du Conseil constitutionnel depuis le 6 janvier 2009. Premier conseiller de Me Jacques Baudin, alors Garde des Sceaux, ministre de la Justice sous Abdou Diouf, il a exercé les fonctions de Directeur de cabinet du ministère des Forces armées, de celui de l’Enseignement supérieur et de celui des Affaires étrangères.

Magistrat du parquet pendant longtemps, Chimère Malick Diouf a été directeur des Affaires criminelles et des Grâces et Secrétaire général du ministère de la Justice. Avocat général lors du procès des assassins de Me Babacar Sèye, il avait requis la peine de mort contre la bande à Clédor Sène, Assane Diop et Pape Ibrahima Diakhaté.

Chef de l’Inspection générale d’Etat jusqu’en juillet 2006, Siricondy Diallo est l’un des cinq juges qui vont décider de l’avenir du Sénégal. Réputé intègre, il dirigeait l’IGE au moment où un rapport épinglait l’ancien Premier ministre Idrissa Seck sur l’affaire des Chantiers de Thiès qui a fini par un non-lieu.

Ces cinq juges sont, pour beaucoup d’observateurs, sous pression. Si certains opposants ne ratent aucune occasion de les brocarder en les traitant de corrompu, d’autres trouvent qu’ils doivent être protégés. Cet opposant qui a requis l’anonymat juge que Wade les a pris en otage eux et leurs familles sous prétexte qu’il les protège. Pour lui, le M23 gagnerait à les rassurer et à leur dire que le peuple est à leur côté.

Syndrome Paul Yao Ndré

Beaucoup de Sénégalais redoutent le syndrome Paul Yao Ndré du nom du président du Conseil constitutionnel ivoirien qui avait déclaré Gbagbo président. Dans l’argumentaire de bon nombre d’entre eux le nom de ce professeur ivoirien qui a enseigné à l’Université de Dakar revient sans cesse. On craint qu’il ne fasse des émules au Sénégal avec l’épineuse question de la candidature de Wade. Une perspective qui n’augure rien de bon vu l’impact de sa décision. Son soutien à Gbagbo a entrainé la Côte d’Ivoire dans la guerre civile.

 

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1 réaction

  1. traore
    Le 27 janvier 2012 à 23 h 04 min

    C’est triste pour le senegal,quel exemple pour le reste du monde???

One Rétrolien

  1. [...] se souvient, en effet, qu’en fin de semaine dernière, les Sénégalais retenaient leur souffle. Le Conseil Constitutionnel devait publier la liste des candidats retenus pour l’élection [...]