Les irréductibles toubabs de Bamako

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kaouroumagassa


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La crise qui secoue le Mali depuis le mois de mars aurait pu vider le pays de ses nombreux expatriés français : le quai d’Orsay avait d’ailleurs invité dès le 2 avril (10 jours après le coup d’état du 22 mars) ses ressortissants «dont la présence n’était pas indispensable» à quitter provisoirement le Mali. Un début d’exode a certes eu lieu au pic de la crise (notamment après la réouverture de l’aéroport de Bamako le 27 mars) mais quelques irréductibles «gaulois» (estimés à moins de 1000) ont décidé de rester dans la capitale malienne. Témoignages de deux toubabs de Bamako.

par Sunfox, license Creative Commons on Flickr

Pas si dur de travailler

«La vie suit son cours, sans crainte particulière de sentiment anti-français, ni même de mesures sécuritaires spécifiques» nous explique ainsi Marion Bargès, jointe depuis Paris. A tout juste 27 ans, cette chargée de la communication du Centre Culturel Français de Bamako insiste sur le fait que les évènements du mois de mars et d’avril, puis la perspective d’une intervention militaire dans le Nord-Mali n’ont pas tellement changé la donne.

«Bien sûr, d’avril à juin, l’Institut français a essuyé une forte baisse de fréquentation. Notre public expatrié s’est raréfié et le public malien n’était pas non plus trop présent. Beaucoup de nos spectacles ont également été annulés durant cette période. Le plus souvent des artistes étrangers qui avaient peur de venir et annulaient leurs dates » prévient-elle.

Elle précise toutefois que depuis la rentrée (qui correspond à un semblant de normalisation politique dans le sud du pays), l’institut retrouve peu à peu son rythme de croisière. « Nous avons retrouvé notre public malien et accueillons à présent de nouveaux expatriés, des urgentistes principalement ».

Le constat est plus mitigé pour Alexandre*, propriétaire d’un maquis (bar/restaurant populaire) dans le centre de Bamako. Arrivé en tant que volontaire de solidarité internationale il y a sept ans, il a ouvert «son coin» en 2011.

Selon lui, le nombre d’expatriés n’aurait pas baissé,

«mais les consignes de sécurité auxquelles ils sont astreints les empêchent de sortir ou de fréquenter certains lieux dont le mien. Et puis une certaine insécurité ambiante, dont des contrôles de police qui finissent mal, fait aussi partie des raisons de la baisse de fréquentation».

Tous deux déclarent travailler toutefois dans de bonnes conditions. Pour Alexandre, « pas de soucis jusque-là, il semblerait même que les services de l’Etat malien fassent preuve d’une certaine indulgence envers les entreprises privées ».

Au niveau du Centre Culturel Français aussi, les conditions de travail sont toujours bonnes selon Marion Bargès, étant donné que cette structure dépend de l’Ambassade de France. Même si «le plus difficile était de jongler avec les différentes manifestations qui débutaient devant (leurs) portes sur le boulevard de l’indépendance entre avril et juin ».

A Bamako, le Nord-Mali semble bien loin

D’un point de vue sécuritaire, et depuis que la France a confirmé sa volonté de soutenir une intervention militaire au Mali, « rien n’a changé » pour Marion. «Je crois qu’on en entend plus parler en France qu’ici. Je pense qu’il est plus que nécessaire d’aller libérer le Nord , mais  j’espère seulement que le Mali saura prendre les devants de cette opération et que la France, quant à elle, saura rester à sa place».

Les mises en garde répétées de l’ambassade leurs paraissent ainsi quelque peu exagérées, même si Marion estime qu’«il vaut mieux trop avertir» que pas assez.

Même constat pour Alexandre, qui explique que depuis le début de la crise, il n’a pas pris de précautions particulières :

« juste peut-être un peu plus vigilant la nuit mais ce n’est pas en rapport avec la situation du Nord, plus de l’insécurité liée à toute grande ville. Nous échangeons tout de même un peu plus entre nous pour nous tenir informés et analyser la situation et son évolution».

Aucun d’entre eux n’a remarqué d’hostilité contre les expatriés depuis le début de la crise, et ils ne croient pas en un sentiment anti français.

«Si ça devait arriver, explique Marion,  cela viendrait de cellules islamistes implantées à Bamako qui sont pour le moment en veille. Les bamakois ne sont pas idiots, ils savent que les français qui sont restés ne sont pas là pour leur faire du tort. C’est peut être utopiste, mais je préfère ne pas penser de manière négative. Il n’y a que l’optimisme qui permet d’avancer» selon Marion.

Alexandre met pourtant en garde contre les violences anti touarègues qui pourraient ressurgir : « la majorité des maliens apprécie leurs cousins français. La meilleure protection reste l’intégration, particulièrement dans le quartier ! C’est plutôt le sentiment anti-tamasheq qui est inquiétant et peut revenir », faisant allusion aux actions violentes menées au début de l’année 2012 par des Bamakois contre des commerces assimilés à des populations du Nord-Mali.

*Son prénom a été modifié à sa demande

Par Kaourou Magassa et Ambroise Védrines


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1 réaction

  1. salioune
    Le 18 octobre 2012 à 2 h 51 min

    Au Mali les expatriés ont toujours aimés le pays plus que les maliens eux même donc cela ne m’étonne guerre c’est pourquoi nous continuerons a les aimés comme toujours