36 candidats à la présidentielle: le changement peut-il venir?

Ils sont pour le moment trente-six. trente-six candidats potentiels à l’élection présidentielle malienne, qui se déroulera le 28 juillet. La Cour constitutionnelle doit vérifier et valider une à une toutes les candidatures, et donc en écarter certaines. N’en demeure pas moins que trente-six candidats à Koulouba, c’est un nombre considérable.  Et que côté nouvelles têtes, on aurait pu mieux faire !

Une campagne dominée par les mastodontes

Parmi ces trente-six prétendants se trouvent quelques figures politiques bien connues, comme celle de l’ancien premier ministre Cheick Modibo Diarra. On se souvient que ce dernier avait été remercié et  forcé de démissionner sous la pression de la junte militaire au mois de décembre 2012, en plein milieu de la crise malienne. L’homme, citoyen américain et président de Microsoft Afrique (s’il vous plaît), espère certainement redorer son image écornée à l’occasion de sa mauvaise gestion de la crise.

Dans le peloton de tête, on retrouve de la même manière plusieurs «gros» candidats, habitués de longue date à la vie politique malienne. De quoi laisser sceptiques les partisans d’un changement profond, qui auraient souhaité que la crise du nord permette au Mali de repartir d’un meilleur pied.

D’autres anciens ministres, comme Ibrahima Boubacar Keïta (surnommé IBK par les foules), Modibo Sidibé (premier ministre de 2007 à 2011, fidèle d’Amadou Toumani Touré), ou Tiébilé Dramé (ancien activiste étudiant, pionnier de la démocratie malienne) se présenteront ainsi vraisemblablement à la présidentielle.

Ajoutons à cela la candidature sulfureuse du docteur Oumar Mariko, qui fut lui aussi l’un des pionniers de la démocratie malienne dans les années 90, et qui sera une nouvelle fois le candidat de l’extrême gauche souverainiste malienne.

Des nouvelles têtes, s’il vous plaît !

Si ces têtes d’affiche cristallisent à elles seules bon nombre de débats, quelques nouvelles figures font leur apparition dans la course à la présidentielle. Même si elles ne semblent pas favorites, certaines semblent bien parties pour faire parler d’elles dans les années à venir.

C’est notamment le cas de Dramane Salif Dembélé, âgé de 46 ans. Investi par l’Adéma, la principale force politique au Mali, le candidat autoproclamé de la jeunesse pourrait bien revendiquer à court ou moyen terme la présidence du pays.

Notons aussi la présence de deux (et non pas une finalement, comme nous l’exposions précédemment) candidates féminines parmi les prétendants à Koulouba. Sidibé Aminata Diallo et Aïssata Cissé tenteront, elles-aussi, de faire valoir leurs positions au nom des femmes du Mali.

Trente-six candidats, c’est trop ?

La Cour constitutionnelle malienne doit décider, dans les prochains jours, quelles seront les candidatures validées pour le scrutin du 28 juillet. Pour être recevables, celles-ci doivent impérativement remplir plusieurs critères :

Chaque candidat doit pouvoir verser une caution de millions de Francs CFA ( environ 15 300 euros), et obtenir le parrainage de dix députés maliens ou 5 élus communaux. Sans cela, inutile d’espérer se présenter !

Si ces mesures devraient écarter de facto certaines candidatures, le nombre de prétendants reste aujourd’hui très élevé. Une conséquence, sans doute, de l’engouement suscité par la libération du nord, et le profond désir des Maliens de tourner la page de la gouvernance d’ATT. En 2007, seuls huit candidats avaient finalement pu rivaliser. Combien seront-ils cette année ?

Ambroise Védrines

 

Aïssata Cissé, candidate à la présidence: un féminisme pratique

Le 15 juin, Aïssata Cissé, dite «Chato», a été investie par son mouvement politique à la course aux présidentielles qui se dérouleront le 28 juillet prochain. La députée de Bourem (nord de Gao) est la seule femme candidate aux élections présidentielles. De quoi susciter notre attention.

Une candidature aux accents plutôt « girly »

Au-delà de ses positions politiques sur la crise malienne actuelle, qui tient le rôle principal dans la course à la présidence, Aïssata Cissé se veut porte-parole de la cause des femmes. Sa communication politique tourne d’ailleurs principalement autour du fait qu’elle est à ce jour la seule candidate féminine déclarée pour le scrutin du 28 juillet.

Dans un débat saturé par les mastodontes de la vie politique malienne, intégralement masculins, sa stratégie détonne quelque peu. Et son logo de campagne reflète à l’évidence sa posture ouvertement «girly» : une tête de cheval façon «petit poney», frappée d’une étoile rose bonbon.

Question féminisme, on a déjà vu plus offensif et subtil comme communication. Mais la candidate de l’alliance Chato ne désespère pas de rallier à elles les femmes du Mali, qui constituent la majorité de la population.

Une candidature féministe ?

Etre femme ne signifie toutefois pas être forcément féministe. Et être féministe ne signifie pas non plus la même chose selon les pays et les époques (les Femen en ont d’ailleurs fait les frais en Tunisie récemment). Si Aïssata Cissé ne se catégorise pas en tant que telle, elle se place d’emblée comme la candidate des jeunes, des femmes et du monde rural.

«Un pays qui compte plus de femmes que d’hommes ne peut pas viser le développement sans s’appuyer sur cet atout majeur au niveau politique, économique et bien entendu social.» a-t-elle déclaré lors de sa cérémonie d’investiture.

Voilà pourquoi certaines propositions envers les femmes sont mises en avant dans son programme :

«Veiller à l’atteinte des objectifs de parité dans les emplois, les fonctions et dans la scolarité.

Instaurer une Bourse de soutien familial de 100 000 Fcfa par an pour aider les mères des familles les plus défavorisées.

Créer un guichet spécial dans un Fonds de Garantie Nationale doté de 50 Milliards de FCFA pour faciliter l’accès des femmes et des jeunes au crédit et à l’accompagnement.

Renforcer et améliorer le système de protection sociale par une Couverture Maladie Universelle pour permettre une meilleure prise en charge des femmes et des familles en matière de santé».

Aïssata Cissé le 15 juin 2013, lors de son investiture. Bamako. Photo officielle de campagne.

Au-delà de ces propositions, somme toute assez classiques, le constat dressé par « Chato» quant à la condition des femmes maliennes devraient faire enrager les Femen les plus déterminées. Ici, il n’est pas question de patriarcat ou d’émancipation, mais plutôt de confort et de progrès social.

«Ces femmes qui doivent satisfaire à l’indispensable corvée du bois de chauffe ou de l’eau qu’il faut aller chercher à des kilomètres, ou puiser à la force de ses bras dans des puits souvent très profonds».

Ça ne vend pas du rêve, évidemment, mais c’est un constat pratique pour les maliennes.

Reste à savoir si cette candidature pourra convaincre les Maliens le 28 juillet prochain. Dans l’un des rares pays de la région à avoir été gouverné par une femme (Mariam Kaïdama Sidibé, devenue premier ministre entre le 3 avril 2011 et le coup d’Etat du 22 mars), rien ne semble impossible.

Ambroise Védrines

 

La France seule n’aurait pas pu livrer bataille au Mali

On a souvent tendance à l’oublier, mais l’opération militaire au Mali lancée le 11 janvier n’est pas uniquement le fait de la France. Outres les forces africaines qui ont largement participé à l’opération Serval (baptisée Misma par la Cédéao), les grandes puissances occidentales alliées ont chacune fourni leur aide à la France.

Car si François Hollande et Laurent Fabius se félicitent régulièrement des succès militaires rencontrés lors de l’opération  militaire, les dessous de celle-ci sont quelque peu surprenants. Pensiez-vous par exemple que la France aurait eu besoin de louer du matériel militaire à des sociétés privées russes et ukrainiennes ? Ce fut pourtant le cas !

Dans un excellent article paru le 7 juin dernier, nos confrères du Nouvel Obs dévoilent en quelques sortes les coulisses de l’opération militaire au Mali. On y découvre avec délectation un président français étonnamment plus offensif que son état-major, qui pousse les responsables militaires à s’engager vite sur le terrain sahélien.

Ce que l’on retient surtout, c’est l’importance de l’engagement des alliés de la France dans la «reconquête» du Nord-Mali. Car sans leur aide, l’ex puissance coloniale aurait pu faire un flop complet et s’enliser dans le désert malien.

Par exemple,  les journalistes expliquent que «(La France) manque cruellement d’avions de transport et de moyens de renseignement. Le drone Harfang n’est pas encore opérationnel. Pour suivre les déplacements en temps réel des 2 000 djihadistes, les militaires n’ont que des ULM et de vieux appareils Atlantic (avions à hélices destinés à la base à la surveillance en haute mer ndlr). Les Britanniques viennent immédiatement à leur rescousse. Dès le lendemain des premières frappes, ils mettent un avion de renseignement dans le ciel malien».

On est ici loin de l’image diffusée par les médias français au lendemain du lancement de l’opération : la France seule aurait en réalité eu bien du mal à remplir ses principales missions de renseignement et de transport. A tel point que l’armée française aurait été obligée de louer des avions-cargos à des sociétés privées russes et ukrainiennes !

Britanniques, américains, belges et allemands : tous ont finalement participé d’une manière ou d’une autre à la victoire rapide sur al Qaïda au Maghreb islamique. «Les alliés nous ont fait gagner trois semaines dans le déploiement des forces et deux semaines dans les frappes» conclue ainsi un responsable du ministère de la défense. De quoi faire réfléchir.

Ambroise Védrines

« La diaspora ne se contera pas d’être une observatrice »

L’association Diasma  (dynamique intellectuelle au service du Mali et de l’Afrique) réunit depuis plus de deux ans un grand nombre de franco-malien,  de représentants de la diaspora malienne ainsi que toutes personnes soucieuses de s’investir pour le Mali dans le but de « soutenir et faciliter  les actions en direction du peuple malien par la mise en réseau, l’échange de savoir-faire et la capitalisation d’expériences innovantes ». Pour se faire les membres de l’association structure des projets divers et variés tels que la participation à la nuit verte organisée par la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA); les premières assises européenne de la jeunesse malienne en partenariat avec le groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural (GRDR); l’élaboration d’une tablette numérique à moindre coût pour aider les élèves et étudiants à mieux préparer leur cursus scolaire; « l’opération ruban vert » et le projet « unies sont nos voix » qui consistera à apporter une aide d’urgence aux populations du nord Mali par la vente d’un single de Maxime Le Forestier en compagnie de Salif Keita .

En lire plus »

La phrase de la semaine par Tiebilé Dramé

Lors d’un discours à l’occasion de discussions entre les groupes armées et indépendantistes  et l’Etat malien qui se tiennent à Ouagadougou, Tiebilé Dramé émissaire spécial du président de la république pour le Nord du pays réitérait l’engagement du Mali à trouver une solution à la crise.

« J’invite nos compatriotes qui ont pris les armes à les déposer sans délai afin que l’ État malien exerce sa souveraineté sur l’ensemble du territoire et favoriser, ainsi, le redéploiement rapide de l’administration et des forces armées et de sécurité dans toutes les régions du Nord et à Kidal en particulier » déclarait l’ancien ministre des affaires étrangères à l’ouverture des négociations menées sous l’égide de la médiation burkinabé.

En lire plus »

Le mystère du Vélib’ de Bamako

C’est une photo amusante, tournant régulièrement sur les réseaux sociaux, qui vient de faire sa réapparition après plusieurs mois de silence : celle d’un jeune homme malien, chevauchant un Vélib’ flambant neuf dans les rues de Bamako.

En lire plus »

La phrase de la semaine par François Hollande

Lors d’une interview donnée à Radio France Internationale ce vendredi 31 mai, François Hollande s’est montré satisfait de la tournure qu’ont pris les événements au Mali. Selon lui, l’opération Serval est «réussie militairement (et) pratiquement».

L’information a été reprise par l’ensemble des médias français. Pourtant, une autre déclaration, qui en dit un peu plus long sur la fameuse « réussite » dont a parlé le président français, n’a pas suscitée le même enthousiasme :

«Est-ce que ces terroristes ont tous été mis hors d’état de nuire ? Une grande part. Une autre partie de ces groupes est allée quelque part. Quelque part, c’est au sud de la Libye» a ainsi expliqué François Hollande.

Rappelons que l’un des éléments déclencheurs de la crise du Nord-Mali fut justement la présence de groupes armés (principalement touaregs) en Libye, qui, après avoir combattu aux côtés du régime kadhafiste, s’étaient précipités au Mali dès la chute du guide libyen.

Repousser les groupes armés aux frontières libyennes ne résout donc en rien les problèmes politiques et militaires dans la région : c’est aujourd’hui le Sahel dans sa totalité qui est menacé de vivre une nouvelle crise.

 

Elections au Mali: quatre questions qui peuvent changer la donne

Les élections présidentielles maliennes, désormais prévues pour le 28 juillet et le 11 aout, n’en finissent pas de créer la polémique. Taux d’abstention, conditions du vote, participation de la diaspora et rôle des pays étrangers. Retour sur quatre questions qui posent problème.

En lire plus »

Les jeunes peuvent sauver le Mali (encore une fois)

Largement majoritaires au Mali, les jeunes restent à peu près inaudibles depuis le début de la crise. Par le passé pourtant, ce sont eux qui ont influé sur les grandes transformations politiques du pays à plusieurs reprises.

Demain ils seront très certainement sollicités après les scrutins présidentiel et législatif prévus au mois de juillet. Car il faut bien se le dire : on ne peut pas faire de politique au Mali sans les jeunes.

En lire plus »

Mali: des élections antidémocratiques?

Même si l’espoir est mince, le président français François Hollande et les autorités maliennes prévoient toujours d’organiser les scrutins présidentiels et législatifs au mois de juillet. La perspective d’élections libres et démocratiques s’éloigne, tant la situation du pays s’avère complexe. Pour certains, le boycott est la seule solution.

Des élections, piège à cons ?

Le phénomène est assez rare pour être souligné : organiser des élections pourrait bien en fait s’avérer contreproductif pour la démocratie malienne.

En lire plus »