Mali: des élections antidémocratiques?

Même si l’espoir est mince, le président français François Hollande et les autorités maliennes prévoient toujours d’organiser les scrutins présidentiels et législatifs au mois de juillet. La perspective d’élections libres et démocratiques s’éloigne, tant la situation du pays s’avère complexe. Pour certains, le boycott est la seule solution.

Des élections, piège à cons ?

Le phénomène est assez rare pour être souligné : organiser des élections pourrait bien en fait s’avérer contreproductif pour la démocratie malienne.

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Abdel Jalil « le Français » arrêté par les autorités.

A la suite de l’arrestation de Gilles Le Guen alias Abdel Jalil al Faransi présenté comme un djihadiste français à la solde d’Al Qaida au Maghreb islamique, nous re-publions un article écrit à l’automne présentant le « djihadiste-breton ». Détenu au Mali depuis le 29 avril, selon des informations de RTL, Gilles Le Guen ne ferait toujours pas l’objet d’une enquête judiciaire française. Arrêté une première fois en novembre 2012, par des islamistes « pour des soupçons d’espionnage au profit de la France », il est libéré le mois suivant. Selon des informations de RFI, c’est un homme seul et fatigué qui aurait été capturé.

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Les Maliens plus lucides que les Français sur la richesse de leurs élus?

38 ministres, 37 maisons, 29 appartements, 40 voitures, 2 bateaux et 3 vélos, voila la une du Parisien aujourd’hui en France sur le grand déballage visant le patrimoine des ministres français.

Au Mali, il y a 31 ministres, mais l’on sait très peu de choses sur leurs salaires ou leurs patrimoines. Pour de nombreux Maliens, la politique sert surtout a enrichir les principaux acteurs du pouvoir.

216 fois le SMIC malien pour le président

Une loi votée en Janvier 2012 accordait un salaire brut à l’engagement de 3.515.521, 19, francs CFA et une indemnité mensuelle forfaitaire  de 2.636.640,892 francs CFA, soit un salaire brut mensuel de 6.152.162,082 francs CFA (environs 9300 euros)  au président de la République du Mali. Soit plus de 216 fois le montant du salaire minimum interprofessionnel garantit (SMIG) dans le pays, établi à 28 460 francs CFA (43 euros).

Vue de Bamako © Ambroise Védrines

Pourtant, depuis 2003, une autorité indépendante (Vérificateur Général) est chargée de « contrôler la régularité et la sincérité des opérations de recettes et de dépenses effectuées par les Institutions de la République, les administrations d’Etat, les collectivités territoriales, les établissements publics ou tout autre organisme financier bénéficiant du concours financier de l’Etat. Ainsi que de proposer aux autorités publiques les mesures et actions propres à assurer une meilleure adéquation du coût et du rendement des services publics, à rendre plus pertinent l’emploi des ressources publiques et d’une façon générale, à garantir le fonctionnement régulier des organismes et structures publics. »

De tels écarts de salaires devrait être proscrits dans un pays où le salaire moyen est d’environ 35 412 francs CFA (53 euros), même si l’on sait que  la personnalité  en charge de lutter contre la corruption étatique fait partie des fonctionnaires les mieux payés du pays (3 950 000 francs CFA- 6000 euros en 2005)  après le président de la République.

Selon les mêmes informations, « la rémunération mensuelle du Chef du Gouvernement s’élève à 1 197 250 francs Cfa (1825 euros). Elle comprend un salaire de base de 497 250 francs Cfa (758 euros) et une indemnité forfaitaire de représentation fixée à 700 000 francs Cfa (1067 euros). Les membres du gouvernement et assimilés bénéficient en plus de la gratuité du logement, d’un salaire de base de 351 000 francs Cfa (535 euros) majoré d’une indemnité forfaitaire de représentation et de domesticité de 350 000 (530 euros) francs Cfa ainsi qu’une indemnité forfaitaire d’entretiens fixée à 250 000 francs Cfa (381 euros). Autrement dit, les ministres et assimilés perçoivent mensuellement 951 000 Francs Cfa (environs 1450 euros).« 

4 millions de francs CFA

Etonnament, Ces rémunérations n’ont jamais fait débat au Mali. Seule la nomination d’Amadou Sanogo, auteur du coup d’état du 22 mars 2012, au poste de Secrétaire général du Comité militaire de suivi de la Réforme des forces de défenses et de sécurité a choqué. Rémunéré à hauteur de 4 millions de francs Cfa (6000 euros) primes incluses, l’ancien putschiste gagne aujourd’hui 112 fois plus qu’un employé moyen.

Certains militaires, non content de cette décision, ont exigés des « explications claires et nettes » au Président de la République dans une lettre ouverte publiée par le quotidien national Le Républicain le 1er mars dernier.

La réponse des institutions à cette missive fut l’arrestation du directeur du publication du journal Boukary Daou pour « incitation au crime et au délit» et « publication de fausses nouvelles« .

Par Kaourou Magassa

Comment les rappeurs parlent de la guerre au Mali

Depuis le début de la crise au Mali, les rappeurs sahéliens et français se sont approprié la thématique de la guerre et de la situation politique de la région.

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Des élections maliennes en juillet ? François Hollande se met le doigt dans l’œil

La prestation télévisuelle du président François Hollande le 28 mars a été, selon les différents observateurs, relativement décevante. Tant au niveau franco-français qu’au niveau international, les prises de position du chef de l’Etat se sont révélées timides, voire tiédasses.

En ce qui concerne la question du  Mali, la démonstration présidentielle s’est avérée toute aussi décevante et bancale que sur les autres sujets. Rien de neuf sous le soleil de Bamako, en quelques sortes, hormis une confirmation à demi-mot du décès probable de Philippe Verdon, l’un des otages retenus au Sahel.

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Festival de musique sur le Niger: « On ne pouvait pas se permettre de faire la fête pendant que les soldats se battent pour notre liberté »

Mamou Daffé, instigateur et directeur du festival sur le Niger, a réussi a fédérer autour de lui un grand nombre de personnes pour créer l’un des événements musicaux les plus prisés d’Afrique. La 9ème édition, qui, si la logique et la paix avaient été respectées, aurait dû être une fête de grande ampleur dans la ville de Ségou (au centre du Mali). De 2005 à 2012, les populations ont toujours été impliquées dans les projets de développement découlant du festival, d’où la force de cette initiative née d’un partenariat public/privé et du soutien des bailleurs de fonds internationaux. «La situation de guerre et l’état d’urgence décrété par les plus hautes autorités» de l’Etat malien auront donc eu raison des composantes festives de l’édition 2013, qui s’est malgré tout tenue du 12 au 17 février. Mamou Daffé nous explique les raisons qui l’ont poussées à maintenir l’événement.


Maligraphe : Le thème général des cultures en résistance pour la paix et la réconciliation nationale développé lors de la dernière édition du Festival sur le Niger, est pertinent à l’heure ou le Mali a connu une nouvelle rébellion, un coup d’état et l’occupation des deux tiers de son territoire, mais pouvez vous explicitez ces propos ?

Mamou Daffé Directeur du Festival sur Le Niger

Mamou Daffé Directeur du Festival sur Le Niger

Mamou Daffé : Face à toutes les menaces auxquelles fait face notre pays en ce moment crucial de son histoire, les hommes de culture que nous sommes, ne souhaitent pas rester en marge ; d’autant plus que notre secteur est l’un des secteurs les plus touchés par les différentes crises… Nous pensons donc que l’ère est à la réconciliation nationale et à l’union sacrée derrière nos forces armées et qu’il est nécessaire de résister par la culture (notre seule arme)… Culture en résistance face aux crises successives que connait notre pays ; cultures en résistance face à la destruction de notre patrimoine ; cultures en résistance pour réfléchir sur les causes profondes des différentes crises ; cultures en résistance pour faire des propositions pertinentes et concrètes de sortie de crise ; cultures en résistance pour redonner au Mali son image de marque… C’est pourquoi les hommes de culture sont venus de tout le continent pour nous soutenir. Il appartient à l’art et la culture de concilier les peuples du Mali.

Maligraphe : Quelles solutions ont été proposées par les intervenants lors du colloque international sur le thème : Culture et gouvernance? Notamment sur les thèmes « Culture et résolution des conflits » « La problématique de l’accès aux marchés internationaux de l’art et la création d’un marché de l’art en Afrique », « Diversité culturelle et cohésion sociale »

M.D : Le Colloque de Ségou 2013 a été sans doute l’une des meilleures rencontres de réflexion, en termes de pertinence des thèmes, en termes de qualités des conférenciers, en termes de qualité et la pertinence des intervenants et en termes de proposition. C’est pour cela que nous avons compilé les différentes recommandations fortes dans un document qu’on a appelé l’ « APPEL DE SEGOU ». Cet appel a été remis juste après le colloque aux députés de l’Assemblée Nationale, en même temps que les conclusions du Forum de Bamako.

Maligraphe : La fréquentation du festival a-t-elle été satisfaisante selon vos prévisions ?

M.D : Cette édition, que nous avons voulu spéciale, était placée sous le signe de la réflexion sur les problèmes artistiques et la gouvernance en Afrique. En raison du caractère spécial, et le report des composantes festives à cause de la situation de guerre et de l’état d’urgence décrétée par les plus hautes autorités, nous avons organisé le Colloque de Ségou, un colloque international qui a regroupé des intellectuels du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la RDC, de l’Ouganda, d’Afrique du Sud, du Burkina, etc. pour discuter avec leurs collègues du Mali autour du thème : « Culture et Gouvernance ». Durant 5 jours, ces rencontres ont enregistré près de 300 participants (principalement des nationaux). Les rencontres artistiques ont vu la présence de célèbres artistes tels qu’Abdoulaye Konaté (Mali), Soly Cissé (Sénégal), Serigne Mbaye Camara (Sénégal), Ky Siriki (Burkina Faso) et une trentaine de jeunes talents maliens qui ont eu l’occasion de côtoyer leurs célèbres aînés. Ainsi, l’art était en mouvement au bord du Fleuve Niger… Donc nous pouvons dire que la fréquentation était plus que satisfaisante.

 

Kabib Koité lors du festival sur le Niger 2012 © Ambroise Védrines

Habib Koité lors du festival sur le Niger 2012 © Ambroise Védrines

 

Maligraphe : Pourquoi avoir fait le choix  de ne pas donner de grand concert, alors que cela même attirait un grand nombre de visiteurs et de festivaliers dans la ville de Ségou ?

M.D : Comme je l’ai dit plus haut, nous avons fait ce choix en raison de la situation que vit notre pays actuellement. Le pays étant en guerre contre les terroristes, on ne pouvait pas se permettre de faire la fête pendant que les soldats se battent pour notre liberté. En prenant cette décision, on tenait également à respecter la décision des plus hautes autorités qui ont décrété l’état d’urgence. En un mot, les conditions sécuritaires n’étaient pas réunies pour organiser des festivités d’une telle envergure (situation sécuritaire très précaire et très fragile). Aujourd’hui, nous ne regrettons pas d’avoir fait ce choix, ce choix que nous trouvons très sage.

Maligraphe : L’édition 2012, ainsi que les éditions précédentes, ont été une réussite. N’êtes vous pas nostalgique à titre personnel d’un Mali en paix ?

M.D : Comme tout bon Malien, je suis nostalgique de ce Mali qui était un havre de paix et qui était cité comme exemple dans le monde entier. Cependant, je suis un éternel optimiste et je demeure confiant en un avenir des plus radieux.

 

Compagnie de danse lors de l'édition 2012

Compagnie de danse lors de l'édition 2012 du Festival sur le Niger © Ikram Kidari

Maligraphe : Le Festival sur le Niger qui est rapidement devenu un événement culturel majeur, d’une ampleur sans précédent au Mali. Il connait désormais un ralentissement de ses activités. Pensez vous que l’initiative du festival pourra se pérenniser sur la durée ( le festival dans le désert et le festival de Kayes ont-ils dû stopper leurs activités par exemple)?

M.D : Merci de nous rappeler encore une fois que le festival sur le Niger est devenu un événement culturel majeur au Mali, j’ajouterai en Afrique et dans le monde. Vous n’êtes pas sans savoir que notre festival a été classé parmi les 25 meilleurs festivals internationaux par le célèbre magazine britannique Songlines. Le Festival sur le Niger fait désormais partie d’une institution : la Fondation Festival sur le Niger, au même titre que le Centre Culturel Kôrè. Et au sein de cette institution, ces deux programmes complémentaires œuvrent pour le développement des arts et de la culture au Mali… Le renforcement permanent de capacités,  l’appartenance à des réseaux de festivals sur les plans continental et international, l’entrepreneuriat Maaya et de nombreuses autres actions œuvrent à la consolidation et à la pérennisation de cet événement culturel…

Maligraphe : La création de la Fondation Festival sur le Niger et du Centre Culturel Kôrè sont des atouts à la pérennisation de votre projet  qui était « d’appuyer l’économie locale et de valoriser les expressions artistiques et culturelles du Mali ». Comment ces initiatives fonctionnent-t-elles aujourd’hui ?

M.D : La Fondation Festival sur le Niger a été créée dans un souci de capitalisation des acquis du festival depuis sa création en 2005. Cette institution, comme je l’ai mentionné plus haut, regroupe deux programmes complémentaires, à savoir : le Festival sur le Niger et le Centre Culturel Kôrè qui est consacré au développement des arts, de la culture, à la recherche et à la production Artistique à Ségou. Ses domaines d’interventions sont : Arts visuels, Art vivants, Patrimoine (Musique, Danse, Marionnettes), Formation professionnelle /Éducation artistique, Production, Appui à l’entrepreneuriat culturel.

Ces initiatives fonctionnent très bien grâce à une vision commune partagée, les infrastructures et une jeune équipe dynamique, constituée de Maaya entrepreneurs, et consciente des enjeux du développement. Les deux s’influencent mutuellement et se nourrissent l’un de l’autre ce qui constitue un gage de durabilité.

 

Boubacar Traoré lors du festival sur le Niger 2012 © Kaourou Magassa

Boubacar Traoré lors du festival sur le Niger 2012 © Kaourou Magassa

Maligraphe : Vous êtes partisan d’un partenariat public-privé au travers de votre livre Maaya Entreprenariat, ou vous donnez les codes  de la réussite du festival sur Le Niger. Malgré les événements, l’Etat malien continue-t-il à vous soutenir financièrement et à quelle hauteur ? Même question pour vos partenaires et sponsors (Union européenne, Usaid, Padesc, orange Mali, Bramali…)?

M.D : Nous pensons que la clé de la réussite pour un pays comme le Mali demeure dans le partenariat public-privé. Nous entretenons de très bonnes relations de partenariat avec le Département de la Culture qui nous donne souvent son appui technique à travers ses différents services et de leurs agents. Bien sûr le département n’a pas beaucoup de moyens financiers néanmoins avant la guerre on recevait souvent un petit appui financier. Les partenaires et sponsors continuent de nous aider parce qu’ils croient en la pertinence des différents projets que nous leurs proposons. Après toutes ces années de franche collaboration, nous avons une relation de confiance et  comme on le dit : « les vrais amis sont ceux qui vous soutiennent durant les moments les plus difficiles »…

Pour plus d’information, veuillez visiter nos sites web : www.festivalsegou.org et www.koresegou.com .

Propos recueillis par Kaourou Magassa

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«Le problème au Nord-Mali n’est pas un problème identitaire»

La crise qui frappe le Mali depuis un an maintenant a souvent été réduite à des problématiques identitaires, par des observateurs peu scrupuleux ou des discours politiques aux ambitions à peine cachées.

Comme nous l’évoquions déjà ici à plusieurs reprises, la rhétorique visant à dresser les Maliens du sud contre ceux du nord (et inversement) semble trouver un écho grandissant au sein de la société malienne.

A l’occasion d’une conférence organisée par l’Africa Regional Services de l’ambassade des Etats-Unis à Paris, le journaliste malien Bakary Traoré ainsi que Michael Pelletier, sous-secrétaire d’Etat adjoint au Département d’Etat américain, ont tenu à rappeler que le fond du problème au Mali n’était pas dû aux tensions communautaires, et que la cohabitation et la mixité étaient essentielles pour construire un meilleur avenir.

Les différents intervenants ont ainsi mis en garde contre les amalgames identitaires et les confusions que la crise malienne a dévoilés.

La question identitaire au Mali, une manipulation?

«Le fond du problème n’est pas une question identitaire. C’est une manipulation de la question identitaire» a ainsi expliqué le journaliste Bakary Traoré, par ailleurs membre du collectif des Maliens de France pour la paix.

Pour lui, les Touaregs ne doivent en aucun cas être tenus pour responsables de la situation au Nord-Mali, car ils sont «une composante à part entière de la Nation malienne» au même titre que les autres populations.  Il déplore d’ailleurs les dérapages et l’amalgame trop souvent fait entre ceux que l’on appelle les «peaux blanches» et les islamistes radicaux.

Plus encore, le Mali est selon lui riche des diversités culturelles qui le caractérisent, et la crise qui sévit au Nord-Mali  ne doit pas remettre en cause la mixité du pays. «Dans une famille malienne, vous avez souvent un père songhoï, une mère touareg, ou inversement. Le Mali est ainsi fait» a-t-il précisé.

Toujours selon Bakary Traoré, c’est en revanche le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), qui serait responsable d’une véritable manipulation de la question identitaire, en s’érigeant comme l’organisation représentative de toutes les populations du Nord-Mali .

«Le MNLA est une organisation illégale et illégitime» a-t-il expliqué, avant d’ajouter : «Il ne représente ni les populations du nord du Mali (majoritairement songhoïs), ni même les Touaregs».

Bakary Traoré, journaliste malien, et Elikia Mbokolo, chercheur congolais, sont venus comparer les situations maliennes et congolaises. A Paris, le 08 mars 2013. Photo Pascal Sim/Africa Regional Services

Pour les Etats-Unis, seul le dialogue peut permettre la sortie de crise

Pour Michael Pelletier, chargé de la diplomatie publique au Bureau des affaires africaines du Département d’Etat américain, faire l’amalgame entre l’ensemble des populations touaregs et le MNLA serait aussi une erreur.  Pour lui, un maître mot s’impose toutefois pour sortir le Mali de la guerre et des divisions : «le dialogue».

Dans la droite ligne du discours du Département d’Etat depuis le début de la crise malienne, Michael Pelletier a ainsi répété que «le gouvernement américain donnait toujours la priorité au dialogue. Cela vaut mieux qu’une guerre».

«Au Mali, il faut un gouvernement démocratiquement élu pour trouver des solutions à long terme» a aussi martelé le sous-secrétaire d’Etat adjoint.

Michael Pelletier le 08 mars 2013 à Paris. Photo Pascal Sim/Africa Regional Services

Ambroise Védrines

 

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La phrase de la semaine par Danièle Rousselier

Danièle Rousselier, écrivaine française et ancienne attachée culturelle à Bamako (2007-2009), explique  dans une tribune signée pour le quotidien Libération:

« Le Quai d’Orsay, comme notre représentation diplomatique sur le terrain, a soutenu et a favorisé une fiction de démocratie au Mali, pays supposé paisible et consensuel. Nous avons fermé les yeux sur le clientélisme, la corruption, l’absence de tout débat véritable ».

Elle fait ainsi voler en éclat une vision trop simpliste du Mali (mais pourtant répandue), qui voudrait qu’avant la crise de 2012, le pays ait été une sorte de havre de paix et de démocratie, une nation « modèle » dans une région tourmentée.

Plus encore, elle met l’accent sur la responsabilité de la diplomatie française, qui a participé selon elle à la déliquescence des principes démocratiques au Mali. Elle explique par exemple comment elle a dû elle-même céder de l’argent public français à des projets fantômes, et comment le détournement des fonds publics maliens a permis, d’une certaine façon, d’ouvrir la voie aux islamistes.

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Pauvreté, sous-développement: pourquoi les Maliens doivent se réconcilier

La guerre s’intensifie et la situation se complexifie au Mali avec des combats de plus en plus « violents » (dixit Jean-Yves Le Drian) dans le massif de L’Adrar des Ifoghas et la recrudescence des attentats suicides, notamment à Gao et dans la région de Kidal.

La vraie guerre aurait commencé pour paraphraser le ministre français de la défense Jean Yves Le Drian.

Pourtant, L’Etat malien et le Mouvement National de Libération de L’Azawad (MNLA) n’ont jamais été aussi loin de mener des discussions, voire d’entamer ‘une collaboration, alors que tous deux semblent avoir le même objectif: bouter les islamistes hors de la région septentrionale du Mali avec le soutien logistique et opérationnel de la France et du Tchad.

Le ministre français de la Défense déclarait il y a quelques jours que la France était « dans une situation particulière à Kidal et faisait en sorte d’avoir des relations de bonne intelligence avec les Touaregs (du MNLA ndlr) », tout en continuant à devancer l’armée malienne dans les opérations de reconquête de son intégrité territoriale.

Dans un article bien informé, Loic de La Mornais, envoyé spécial de France 2 au Mali, explique que  les  » « rebelles touaregs » ( du MNLA, ndlr) feraient bien de donner des gages » de leur sincérité à soutenir l’opération Serval.  tout comme l’Etat malien doit faire face à ses responsabilités et tenter de solutionner au plus vite les problèmes politiques au nord.

Sur ce point et selon un officier français, « la France n’a pas de position claire. La fiabilité du MNLA est très moyenne, et c’est exact qu’il y a parmi eux de vrais bandits, et même des gens d’Aqmi qui l’ont rejoint. Nous sommes coincés entre deux instrumentalisations : celle du MNLA qui veut faire croire à son rôle de chevalier blanc de la cause touareg, et celle du gouvernement de Bamako, qui ne veut pas ouvrir les yeux sur un réel problème politique au Nord-Mali.« 

Le 9 février dernier, la France se trouvait d’ailleurs au cœur des tensions entre le MNLA et Bamako après l’arrestation de quatre membres du groupe indépendantiste à Ménaka.

Mossa Ag Attaher, porte parole du groupe déclarait le lendemain dans un communiqué que « le MNLA engagera ses troupes dans une lutte sans merci contre l’armée malienne sur l’ensemble du territoire de l’Azawad sans exclure les villes déjà occupées tel Gao et Tombouctou où l’armée malienne continue de perpétuer des crimes contre les populations Azawadiennes au vu et au su de l’armée française. Le MNLA tient responsable les forces armées Françaises de toutes les exactions perpétrées par l’armée malienne qu’elles ont confortablement installée sur le territoire de l’Azawad. »

Ce communiqué a très vite été retiré du site internet du MNLA après les efforts de la France pour résoudre cette imbroglio.

Le dialogue de sourds entre le MNLA et l’Etat malien

Efforts salutaires qui n’ont pas été suivis d’initiatives concrètes de réconciliation entre Bamako et le MNLA. Les autorités du pays et le mouvement indépendantiste sont, à cause des exactions commises de part et d’autre, redevenus des ennemis « héréditaires ». Chacun se posant en victime (les uns craignant un génocide, les autres les considérant comme responsables de la guerre) en développant une communication  raciste, haineuse et guerrière.

A la suite de l’émission de mandats d’arrêts internationaux par les autorités maliennes à l’encontre de plusieurs responsables  islamistes, mais aussi contre des membres du MNLA dont Bilal Ag Achérif (secrétaire général du mouvement) , le MNLA a engagé auprès de la Cour Pénale Internationale (selon un communiqué) des poursuites pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » à l’encontre de  « Dioncounda Traoré, Président intérimaire du Mali, en tant que premier responsable de la République du Mali, ainsi que contre l’ensemble de son gouvernement intérimaire installé à la tête du Mali à la suite du putsch militaire de mars 2012  » .

Cette situation plus que confuse frôle le ridicule lorsque l’on sait que la priorité revendiqué par tous est le développement du pays même si les méthodes divergent.

 

Bamako, à proximité de la place de l'indépendance ©Kaourou Magassa

Pour l’heure, le Mouvement National de Libération de l’Azawad propose une force de paix qui consisterait à:

« mettre fin aux exactions, de l’armée malienne, à l’ombre de l’intervention française, contre les populations civiles, notamment, touarègues et arabes et de sécuriser l’ensemble des populations de la zone, consolider durablement la lutte contre les forces obscurantistes dans la zone dont l’Etat malien est le seul responsable de l’implantation depuis plus d’une dizaine d’année, garantir et sécuriser les interventions humanitaires aux populations déplacées à l’intérieur de l’Azawad, garantir et sécuriser la circulation des personnes et des biens sur toute l’étendue de l’Azawad. »

Tandis que pour Bamako, au travers de Tieman Coulibaly, ministre des Affaires étrangères,

« la Misma est une mission d’assistance au Mali. Si elle doit être transformée en force de maintien de la paix, il faut définir entre qui et qui. Maintenir la paix entre le Mali et des terroristes ? Non. Et des négociations avec des terroristes sont hors de question ». Tiébilé Dramé, ancien chef de la diplomatie du pays va également dans ce sens: ‘ Il faut s’assurer que ce ne sera pas une force d’interposition, mais que ce sera une force internationale sous drapeau onusien, pour permettre au Mali, non seulement de recouvrer l’intégrité du territoire national, mais de sécuriser le territoire national. Donc, la discussion autour du mandat est une étape importante »

La priorité pour le Mali n’est-elle pas que chacun mange à sa faim?

Rappelons qu’au delà des débats de forme, la situation est plus que critique pour les populations. Les déplacés se comptent en centaine de milliers, l’occupation du nord a fortement perturbé le commerce et la production agricole selon le Fond Monétaire International et l’indice de développement humain du pays reste cantonné dans les bas fonds des classements internationaux.

De Kayes à Kidal, de Sikasso à Gao, la grande majorité des maliens ne mangent pas à leur faim. Les populations du Mali (dans toutes leurs composantes) sont dans le même bateau, leurs donner la parole serait donc salutaire. Dans ce sens, une initiative du « collectif des élus de Mopti, Tombouctou, Gao et Kidal » déclarant essentielle de poursuivre le processus de décentralisation semble intéressante.

Quelque soit la forme (auto-détermination, décentralisation, fédéralisme), un débat entre le MNLA et l’Etat malien est plus que nécessaire. Certes, le MNLA n’est pas représentatif du peuple touareg, tout comme l’Etat ne l’est des populations vu la non implication dans le jeu politique de la majorité des Maliens, mais ces deux entités contrôlent tous deux une partie du territoire, le bon sens voudrait qu’ils composent ensemble.

Kaourou Magassa

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Solidarité Mali: « Quand l’Afrique souffre, il faut répondre présent! » (VIDEO)

Mokobé Traoré, membre fondateur du groupe de rap 113, était à l’initiative d’une journée de solidarité en faveur du Nord-Mali, dimanche 24 février à la patinoire de Vitry, sa ville d’origine. Très disponible, le rappeur Vitriot s’est prêté au jeu des dédicaces à destination de ses fans durant plusieurs heures. Tout sourire, de nombreux jeunes se succédaient pour « prendre la pose » avec « Moko » et Matt Houston (auteur, compositeur et interprète de R’n’B français).

6000 euros récoltés

Cet événement caritatif avait pour but de réunir des fonds à destination des populations du Nord-Mali qui souffrent actuellement de la crise qui secoue le pays. Selon Daniel Lu-Chi-Vang directeur de la patinoire de Vitry (qui accueillait la journée de solidarité), cette manifestation fut une réussite. 1000 personnes ayant payés les droits d’entrées (5 euros ou plus) étaient présentes sur une capacité de salle de 1500 individus.

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Matt Houston, Jean Claude Kennedy (1er adjoint au maire de Vitry) et Mokobé

 

Environs 6000 euros ont ainsi été récoltés sur cette après midi (5385 sur les entrées, le reste provenant de la buvette et de la vente de T-shirts).

Pour Jean-Claude Kennedy, 1er adjoint au maire de Vitry la ville a « créé les conditions pour que de nombreux jeunes et les familles puissent venir exprimer cette solidarité. »

 

Quand l’Afrique souffre, il faut répondre présent

Almamy Kanouté, conseiller municipal de Fresnes et fondateur du mouvement Emergence qui milite pour une meilleure représentation politique des banlieues, était aussi présent lors de cette journée de solidarité. Franco-malien, il déclare ne pas faire   » de distinction lorsqu’il s’agit de solidarité entre (s)on statut d’élu, de militant et de responsable associatif. «  Il poursuit en déclarant.

« J’ai la responsabilité de répondre présent lorsque je suis convié à une action de solidarité « .

A la question pourquoi avez-vous pris cette initiative, le rappeur Mokobé répond quant à lui:

« Il était important de faire bouger les choses à ma manière, généralement les artistes ont pour réflexe de faire un morceau lorsqu’il y a un problême, moi j’aivais envie d’aller beaucoup plus loin, je suis un homme de terrain, je ne suis pas un révolutionnaire de studio et ce qui est important, c’est d’être sur le terrain et de penser aussi à son peuple que se soit malien, sénégalais, ivoiriens… Quand l’Afrique souffre, il faut répondre présent« 

Vidéo: Interviews de Jean Claude Kennedy et de Almamy Kanouté

 

Kaourou Magassa