Casablanca, mon amour

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Quatre jours déjà que j’étais à Casablanca. Trois pour les travaux du Forum de l’étudiant guinéen au Maroc, grâce auquel je me tapais-là ma toute première visite au Royaume chérifien, et le quatrième pour me payer une virée du côté de Rabat, la capitale. Là-bas, je me suis offert le Palais royal avec sa majestueuse cour intérieure bordée d’une muraille couleur ocre figée dans le temps, avant d’effectuer une ballade en voiture pour admirer les antiquités marocaines de la médina, et surtout le magnifique Pont Hassan II qui enjambe le bras de mer séparant Rabat-centre de Rabat-Salé, dont la vision, de l’autre côté sur la crête surplombant le Mausolée des Rois, est tout simplement époustouflante !

Il était donc temps, à quelques heures de mon départ pour Conakry, de descendre du neuvième étage du Golden Tulip Farah Hôtel, pour prendre le pouls de Casa, la ville blanche. Surtout sortir de Casa-centre. Casa du verre et du béton, du velours et du caviar. Casa de la jet-set avec ses nombreux et clinquants réceptifs hôteliers plus étoilés les uns que les autres : le coquet Méridien, l’imposant Sheraton, le royal Nawatt, l’Ibis, le Novotel ou encore le Sofitel, dont la seule évocation entraine l’érection de souvenirs d’une sombre «affaire» encore fumante… Cette Casa-là, est celle qui s’offrait à mon regard depuis que j’ai foulé le sol royal.

Quid des transports en commun, l’effervescence des marchés, la vie dans la rue de la capitale économique du Maroc qui abrite plus de quatre millions d’âmes ?

Pour y voir clair, j’ai chaussé mes tennis de seconde main, oublié les navettes en bus climatisé entre l’hôtel  et la Fondation Abdul-Aziz Al Saoud où se tenait le Forum, mis de côté la découverte de l’impressionnant Morocco Mall, le plus grand centre commercial en Afrique, pour chiner dans les rues de Casablanca.

Direction la médina, tout près. Sur la route, des épiceries aux enseignes scintillantes, des mendiants, des restaurants, et surtout des snacks. Ces endroits animés où de rands gaillards paressant sur des sièges en rotin, les bras en aile de vautour, fument de la cigarette et sirotent du thé marocain sur fond de conversations menées tambours battants. L’autre jour, j’ai poussé la porte du «Habous» pour prendre un délicieux verre de café au lait accompagné de cakes. Ambiance conviviale.

Sur  un écran de télé suspendu sur une poutre, une chaine diffuse des images d’un match de foot rapporté en arabe. Le commentateur m’a l’air déchainé. Sur une chaise, un grand Monsieur a la tête enfouie dans un journal format A3 qu’il dévore avec grand appétit. Au comptoir, derrière le barman assisté dans son service par une vielle dame, maigre comme un sarment de vigne, est accroché au mur un portrait du Roi Mohamed VI le regard plein de sagesse.

Entrons dans la médina. Encore la grande muraille ocre, avec à l’entrée principale, une sorte de minaret surmonté d’un pendule géant qui égraine le temps de Casablanca. L’intérieur laisse découvrir un monde effervescent : une enfilade de boutiques vendant d’objets travaillés au goût de la maroquinerie sophistiquée, des textiles légers aux couleurs bigarrées, des bagues et colliers traditionnels, des chichas de toutes les tailles, de toutes les bourses et de toutes les bouches.  Ici, comme  au marché Madina de Conakry, on marchande les prix. Comme à Madina, il y a des racoleurs postés à l’entrée du marché et qui vous entraient avec forces arguments.

Quelques belles paires de chaussures pour femmes assèchent mes poches, déjà maigres comme la vieille du snack.

Je sors de la médina, direction Joutia, à Derb Ghalef le marché électronique de la ville. Juste pour la curiosité. C’est l’occasion de tester les taxis casablancais. Premier constat : la différence avec les nôtres se trouve dans la couleur. Ici à Casa, ils sont rouges quand il s’agit des «Petits taxis» flanqués d’un mignon porte-bagages, ou blancs pour les immortelles Mercedes 240 D, appelées dans certains coins de Conakry «mon papa avait l’argent». A Conakry, tous les taxis sont collectifs et jaunes, comme la deuxième couleur de notre drapeau national. A Casa, les Mercedes-fossiles prennent deux passagers sur le siège avant (côté escroc). A Conakry, c’est interdit mais on s’en fout. Donc surcharge.

Avant qu’on entre au marché électronique, un conseil : si un taximan casablancais vous dit dans son français : «non, c’est tout preu, y a pas loin moun nami », méfiez-vous. C’est généralement jusqu’à  Diakarta, comme on dit chez nous. Donc très loin. C’est le tour qu’un mec m’a joué. Après deux rues, il me débarque à un carrefour, pointe son index dans le vide et me dit «toi tourner à droite, puis à gauche et c’est fini». J’ai tapé au bas mot 3 km pour arriver à son «c’est fini», c’est-à-dire le marché de Joutia !

«Le Paradis du piratage» comme on le surnomme. Joutia est à Casa, c’est que la rue Mongallet est à la ville de Paris. A la différence qu’ici, les pirates sont en avance par rapport au temps. Tu veux la version 2013 du logiciel Kaspersky, le dernier film à peine sorti des studios hollywoodiens ? Viens ici parce qu’à Joutia, vouloir un logiciel, un film, un documentaire, un, laptop, un Smartphone quelconque, c’est déjà l’avoir. Grâce aux hackers.

De petits génies qui se donnent comme boulot de casser des codes de logiciels qu’ils reversent sur le marché à vil prix, parce que, comme me l’a soufflé l’un d’eux «il n’y a pas encore de loi marocaine qui l’interdit». Et parce que ça rapporte de l’argent à Mohammed mon interlocuteur, de son propre aveu.

Je ne peux que vous tirer mon chapeau les gars. Grâce à vous, j’ai fait une belle collection de dicos Larousse, Le Petit Robert, version 2012 s’il vous plait, de la suite bureautique Office 2010 et plein d’autres programmes dont je rêvais. Pour la modique somme de 8 Dirhams l’unité (6300GNF).

A Joutia, j’ai pu voir aussi l’autre Casa, celle des bidonvilles faits de bric-à-brac, agglutinés les uns aux autres où la vie est moins rose, moins trendy comme au centre. Signe qu’on est Afrique. N’empêche.

Comme ces paroles d’un personnage du film Blanche Neige et le chasseur que j’ai visionné au cinéma Bigrama en compagnie d’un ami, «au nom de tout ce qui est bon et juste dans ce Royaume», je t’aime Casablanca !

 

 

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3 réactions

  1. PRINCE BAH
    Le 5 juillet 2012 à 10 h 00 min

    Bonjour ALIMOU
    Article On No féti feeeeeeeeeeeennnnnnnnnn

  2. Oscar
    Le 6 juillet 2012 à 13 h 06 min

    « …. les pirates sont en avance par rapport au temps. Tu veux la version 2013 du logiciel Kaspersky, le dernier film à peine sorti des studios hollywoodiens ? Viens ici parce qu’à Joutia, vouloir un logiciel, un film, un documentaire, un, laptop, un Smartphone quelconque, c’est déjà l’avoir. Grâce aux hackers ». je leur tire mon chapeau moi aussi.
    Merci Lim

  3. Kazaliou
    Le 18 juillet 2012 à 18 h 45 min

    tres bel article.beau titre qui a attire mon attention.et belle conclusion.Merci ALIMOU