Et de 100 ! Vous lisez mon centième billet en 19 mois de blogging. Entre plaisir et rire, l’ire et le désir. Au milieu des deux bords, un carnet d’adresse qui ne cesse de s’enrichir.
D’abord le plaisir d’écrire. Une passion pour moi, en passe de devenir une profession sur ce blog-ci. Un administrateur de formation mué en journaliste-blogueur ! Atypique ?
Si vous répondez par «oui», vous ignorez tout des subtilités du système éducatif guinéen où tu peux soutenir une thèse sur la gynécologie-obstétrique et te retrouver à valider une certification sur la préparation du thé sous le manguier ! C’est le système LMD : Laisse-moi Me Débrouiller !
Plaisir de rire aussi. Et de faire rire. Vivre à Conakry, une capitale où chaque visage est un masque crispé et attristé par la misère, exige une bonne dose d’humour et d’autodérision pour ne pas péter un câble. J’essaie donc de mettre dans chaque billet un peu de gaité dans le cœur de mon compatriote obligé de s’expatrier pour échapper à ce système LMD. Partir pour changer la tartine matinale de Tappalapa au Niebbhé Kossovo (haricots), fuir pour ne pas être saoulé de politique, «flyer» pour éviter une crise d’épilepsie à entendre parler chaque matin de la maudite CENI et de son Loussény devenu un string puant et inamovible autour de la taille des Guinéens.
Je ne sais pas si je parviens à défaire ton masque, cher compatriote, mais j’avoue qu’il m’arrive, moi, de me marrer tout seul à la relecture de certains de mes gribouillis. Folies d’un blogueur narcissique ? Peut-être.
A travers cette écriture humoristique, bloguer représente pour moi un exutoire pour échapper à ce quotidien insipide. Une évasion pour maitriser la colère, l’ire qui m’étreint de devoir ranger mon diplôme de Maitrise en Administration, mention «Très-bien», pour calculer le nombre de cousins que je pourrais avoir dans tel ou tel service. Dieu merci, cela s’est estompé depuis que j’ai lancé mon blog avec le projet Mondoblog de RFI. Une aubaine. Même si le chemin est long, sinueux et laborieux.
Car entre le choix d’un sujet d’article, son écriture, sa publication et sa «vente» sur les réseaux sociaux, il peut s’écouler un temps énorme et surtout un torrent de sueur ! Le choix du sujet à traiter est une banalité. Un coup d’œil par la fenêtre sur mon quartier de banlieue, suffit par exemple à construire un dossier entier sur la jungle urbaine de Conakry entre les ruelles étriquées, les détritus fumants, les marmots qui transforment la chaussé en terrain de foot ou qui s’entredéchirent autour du Kanda (jeu). L’écrire est, a priori facile, à part un article qui m’a donné, deux jours durant, du fil à retordre pour trouver la bonne formulation.
Une fois le sujet trouvé, le plan construit et le titre choisi (le tout dans la tête), la galère commence avec la saisie du texte sur Word. Si les enfants du quartier ne crient pas «Wéée té fa» (Youpi, la lumière !) le soir, mon Toshiba NB 255 reste sans jus. Faut aller chez le voisin, ex-ministre, qui allume son groupe électrogène pour charger mon laptop. Où se lever au milieu de la nuit pour le brancher quand c’est notre «tour» de minuit. Saisie, macération et correction accomplies, reste la publication sur WordPress et le marketing du lien sur les réseaux Facebook, Twitter et Google +. Un chemin de croix pour auploder (télécharger) l’image (rognée) d’illustration avec ma connexion mobile poussive et onéreuse.
19 mois, presque, que je paie 450.000 GNF (50 euros) par mois pour une connexion 3G qui m’oblige des fois à me percher au sommet de notre maison pour capter le bon réseau. La bataille dure parfois 4 heures avant de lever les yeux de cet écran de 10 pouces qui m’use la vue ! Avec l’arrivée récente de la 3G+, la vitesse de connexion a franchi un pas de plus, mais le plus (+) a servi à additionner les montants chez mon opérateur : 900.000GNF pour l’illimité avec 250.000 pour la clé (modem) et 20.000 francs pour la carte SIM. Scandaleux !
Surtout quand leur slogan publicitaire qualifie ces tarifs de «Foufafou» (Néant) dans un pays où le salaire normal d’un fonctionnaire tourne autour de 100 euros. Mais je suis obligé d’y souscrire, pour éviter l’insoutenable épreuve de réactualisation dans un cyber-musée de Conakry.
Tu comprends donc, cher lecteur, que ton sourire derrière ton écran, est précédé de mon ire dans mon carcan. Mon désir est que ça change. Et pour moi et pour tous ces jeunes de Guinée, injustement privés des formidables avantages liés à cet outil qu’est Internet.
Grâce à lui et mon obstination j’ai pu vivre un rêve : passer un stage de deux mois à RFI et mettre un nom sur chaque visage de ces journalistes que j’entendais depuis des années et que je rencontrais finalement en IRL (In Real Life).
Après cinq mois à Paris, dont deux à la rédaction de SlateAfrique qui héberge ce blog, je suis de retour au bled avec plus de détermination et d’expériences. Et beaucoup d’amis et de connaissances. Voilà toute ma richesse de …célibataire.
L’aventure continue. Peace and love.



13 réactions
Mr Alimou,
Vous effectuez un grand travail et du courage
Content de lire tes articles
Eh ! Alimou, je suis ravi de faire partie de ton carnet d’adresse et n’hésite pas à continuer à nous régaler d’histoire conakrygnolesques….
Olivier
je suis très fier de toi. Je prie DIEU le tout Puissant de t’accorder une santé de fer et longue vie, pour que nous continuons à te lire de plus. Amen!!!
Olivier Rogez, moi je suis simplement fier d’être ton ami et de m’être trouvé en si bonne compagnie lors de mon séjour de stage au Service Afrique de RFI. C’était un grand plaisir de côtoyer un professionnel comme toi. Merci à tous, chers lecteurs.
tu es au debut de quelque chose …de grand . assurement ! continues …alimou …courage !
Merci François-pierre. Je te crois.
La guinée regorge de talents cachés comme Sow QUI PORTEZ
LA PLUME SUR LES PLAIES DE LA GUINÉE- QUI MET LES MOTS SUR LES MAUX DES GUINÉENS- QUI NE SE BAT PAS POUR DES IDÉES MAIS POUR LE PAIN ET LA PAIX EN AFRIQUE.Un vrai clic sur les réalités socio-culturelles de la Guinée
Je like ce blog !
excellent parcourt et bonne suite
voici un beau parcours…. j’en connais ki devrait faire pareil et arreter de choohooo (comme on dit chez nous) sur les ondes de… ceux-ci se connaissent… affaire à suivre…
God Bless You.
Lol. Thanks a lot to you to @BB Moo Labé
Très marrant et émouvant en même temps!
Après cinq années passées à l’étranger, j’ai tendance à croire que la Guinée a relativement évolué entre-temps; mais à travers ce billet, je me rends compte que c’est une grosse erreur de ma part. Quoiqu’il en soit, continuons la lutte pour l’avènement d’une Guinée meilleure que celle que nous avons connue!