Ça y est, la FIFA s’est mis à la page. Pour une fois, l’instance dirigeante du football mondial a pris une décision en faveur du jeu et non de son porte-feuille: elle a autorisé l’usage en match de la technologie sur la ligne de but et l’arbitrage. « Enfin! », soupirent la plupart des amateurs de football. D’autres, à l’instar de Michel Platini, le président de l’UEFA, restent contre.
Et l’ancien meneur de jeu des Bleus n’a pas tort. Au contraire, cette évolution va accentuer l’écart entre le football professionnel et le football amateur. « The beautiful game », comme l’appellent les anglophones, a ceci de génial qu’il est universel: le football est le seul sport où aucun accessoire, aucun règlement compliqué n’entre en jeu. Deux pulls, un sac et un arbre et voilà les buts placés. Un ballon, voire une balle ou une boîte de conserve et voilà l’objet de tous les désirs… Et c’est parti pour des heures légendaires dans les cours d’écoles, les favelas, la gadoue et les cours d’immeuble. Mais tout ça, c’est fini. Ou presque. Il y aura désormais le football professionnel et le reste. Un football à deux vitesses.
Football à deux vitesses
Car il est évident que la GLT (pour Goal Line Technology, la technologie sur la ligne de but) va mettre du temps à se démocratiser. Avec un coût estimé entre 120 000 € et 200 000 €, il est évident que les clubs amateurs auront du mal à se mettre au pas. Et que dire de l’Afrique? Les clubs les plus fortunés, TP Mazembe, Espérance Tunis, Al Ahly, WAC ou Raja, devraient pouvoir s’aligner. Mais les autres? « Je ne vois pas d’autre solution que deux arbitres supplémentaires. Le football doit rester humain »,expliquait Platini. « Si on prend la vidéo pour les qualifications d’un Euro, ça veut dire pour un Féroé-Estonie, devant 1 000 personnes, qu’il faudra 25 caméras, soit 200 000 € ! Et puis on va voir que sur une faute, il y avait faute avant, et encore avant : ce serait la fin du football. »
La technologie n’a d’ailleurs jamais résolu les problèmes. Certes Frank Lampard aurait vu son but validé en 2010 contre l’Allemagne, tout comme l’Ukrainien Marko Devic face à l’Angleterre lors de l’Euro 2010 et le Nigérian Viktor Ikpeba face au Cameroun à la CAN 2000. Mais il a fallu près de 50 ans pour enfin savoir si la frappe de Geoffrey Hurst était rentrée lors de la finale de la Coupe du monde 1966 face à l’Allemagne (3-2).
Car l’arbitrage vidéo est un écran de fumée qui masque les vrais enjeux. La vidéo est inapplicable pendant le match. Contrairement au rugby sur les essais, le jeu, au foot, ne s’arrête pas, l’action en cours continue. Il faudrait donc interrompre le jeu pour vérifier, puis le reprendre. En même temps, cela donnerait une excuse aux télévisions pour passer encore plus de publicités. Mais les faits sont là, souvenez-vous. Vous êtes entre amis, assis devant un match à la télévision. Entre les chips et les bières, un énième ralenti vous montre une action litigieuse. Penalty ou pas penalty? Vous avez beau vous y mettre à plusieurs et malgré tous les angles proposés par les caméras, impossible de se mettre d’accord.
Respect des arbitres
Car les acteurs du football, dirigeants, supporters mais aussi joueurs eux-mêmes, ne connaissent bien souvent pas les règles. On veut imputer beaucoup de choses aux hommes en noir mais l’erreur est partout. Autant du côté de l’attaquant qui « rate l’immanquable » que du gardien qui « se troue complètement ». L’erreur est humaine et c’est ça qui fait la beauté de notre jeu. La main de Vata, le coup d’Harald Schumacher sur Battiston, la main de Dieu de Diego Maradona… sont entrées dans la légende et font toujours enrager les fans de l’OM, de l’équipe de France et de la sélection anglaise. « Qui dit vidéo ne dit pas justice. Tout le reste n’est que communication, démagogie, populisme », a d’ailleurs rappelé Platini.
C’est sans doute là qu’il faut commencer: éduquer les enfants qui deviendront bientôt joueurs et supporters pour leur inculquer le respect de l’arbitre et de sa décision. S’il y a une chose à prendre du rugby, c’est cette sanction pour contestation: « Allez, messieurs, vous reculez de dix mètres. » Transformer un coup franc anodin au milieu de terrain en coup franc dangereux à 25 mètres de ses buts. A la différence du rugby, auquel il est souvent comparé, le football laisse place libre à l’interprétation. Il n’y a que dix-sept règles mais il y a autant de spectateurs que d’arbitres. Les lois du rugby sont faites pour l’arbitre, les lois du football sont subies par l’arbitre.
Pour rappel, lors de la Coupe du monde 1998, lors de la dernière journée du groupe A, le Maroc bat l’Écosse trois buts à zéro. Les Lions de l’Atlas pensent être qualifiés mais la Norvège crée la surprise en battant le Brésil (2-1). Cette victoire déchaîne les médias car la Norvège obtient un penalty jugé inexistant par l’ensemble des médias. L’arbitre du match, l’Américain Esfandiar Baharmast, est dans un premier temps vivement critiqué. Néanmoins, quelques jours plus tard, une vidéo prise d’un angle différent de celui du direct réhabilite l’arbitre et démontre que la faute du défenseur brésilien Junior Baiano est bien réelle, la faute étant commise juste avant le début du ralenti diffusé en direct ou l’on ne voit que la chute du joueur norvégien Tore André Flo et pas le tirage de maillot qui précède et entraîne cette chute.
Nicholas Mc Anally
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1 réaction
Moi aussi je ne suis pas d accord sur l utilisation des vidéos. cela risque de tur l intensité du match et le goût de le suivre pour les téléspectateurs.
Ma solution est qu il faudrait que la FIFA met plus de préssion aux arbitres qui sont derrières les goals des buts d être plus vigilants sur ce problème.