Pour le Sénégal, c’est -sans doute- un grand pas… en arrière. En optant pour le Français Pierre Lechantre au sortir d’une CAN 2012 catastrophique, la Fédération sénégalaise de football a tiré un trait sur des années de travail. Entre 2008 et 2012, de Lamine Ndiaye au duo Aliou Cissé-Karim Séga Diouf, en passant par Amsata Fall et Amara Traoré, les Lions étaient confié aux bons soins d’un sélectionneur local. C’est désormais fini.
Avec le retour d’un « Sorcier Blanc » sur le banc, le Sénégal veut relever la tête. Les Mamadou Niang, Souleymane Diawara, Papiss Cissé, Pape Diakhaté, Moussa Sow, Demba Ba… sont passés à côté au Gabon et en Guinée équatoriale. Pas question de s’y laisser prendre. Avec, sur le papier, l’une des plus belles équipes du continent, Lechantre a de quoi voir venir. D’autant que le technicien français, âgé de 62 ans, est un fin connaisseur du continent après avoir dirigé le Cameroun (1999-2001), le Mali (2004-2005), le Maghreb de Fès (2007-2008), le Club Africain (2009-2010) ou le Club Sportif Sfaxien (2010). Un joli CV africain qui lui a permis de prendre le meilleur sur Bruno Metsu, coach de la génération dorée quart de finaliste de la Coupe du monde 2002 et grand favori pour succéder à Traoré.
Formation des entraîneurs locaux
Mais il s’agit peut-être d’un choix que le Sénégal va payer sur le long terme. Le talent ou l’expérience de Lechantre, qui s’appuie sur un staff français, ne peuvent être remis en cause. Pourtant, en s’appuyant sur un Européen, aux dépends d’un technicien sénégalais, la FSF s’est sans doute tiré une balle dans le pied. Quid de la formation des entraîneurs locaux? Comment motiver un Sénégalais à passer ses diplômes d’entraîneur alors que le poste d’entraîneur numéro un est confié à un étranger?
Comme les années précédentes, la CAN 2012 a marqué une mise sur la voie de garage des techniciens africains. Certains estiment le phénomène inévitable eu égard à la « valeur limitée » des entraîneurs locaux. Admettre cette « fatalité », c’est reconnaître que, depuis leur accession à l’indépendance, les pays africains, dans leur écrasante majorité, ne sont pas parvenus à former des cadres techniques de haut niveau. Le recrutement des « sorciers blancs » constitue bien souvent une fuite en avant. Qui ne comble pas la carence en cadres techniques mais l’alourdit.
Le complexe du sorcier blanc
Lors de la dernière Coupe d’Afrique, Amara Traoré (Sénégal), François Zahoui (Côte d’Ivoire), Mohamed Abdulla « Mazda » (Soudan), Sami Trabelsi (Tunisie), Harouna Doulla (Niger), Lito Vidigal (Angola) et Stan Tshosane (Botswana) avaient la lourde tache de démontrer à ceux qui douteraient encore que les fédérations africaines avaient eu raison de leur confier leurs rênes du pouvoir. Seul Zahoui, à la tête des Eléphants ivoiriens, a fait honneur au continent en emmenant sa sélection à une finale malheureuse, perdue face à la Zambie… du Français Hervé Renard.
Or, le recours à l’expert étranger traduit un complexe tenace. « Complexe vis-à-vis de la « science » footballistique de l’Europe qui ne cesse pourtant de puiser dans le vivier africain. Complexe que l’on retrouve au sein des instances dirigeantes du football et au sein des médias qui ne se préoccupent pas de valoriser l’image du technicien africain, de défendre ses droits, de l’encourager à briser ses… propres complexes », comme l’expliquent nos confrères de WeAreFootball. C’est peut-être aussi par là qu’il faut commencer.
Nicholas Mc Anally
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