Ouverture d’une prison pour femmes à Tombouctou

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Anne Collet


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Alors que la communauté internationale tergiverse pour une éventuelle intervention armée au Nord-Mali tombé entre les mains de fondamentalistes islamistes en avril dernier, la population souffre de plus en plus de leur présence et la crainte formulée par le député de Tombouctou Elhadji Baba Haïdara qu’ « AQMI transforme le Nord -Mali en un nouvel Afghanistan », est en passe de devenir une réalité, dont les femmes sont les principales victimes.

Non contents en effet d’appliquer la charia dans toute sa rigueur, les islamistes du mouvement Ansar Dine (les défenseurs de l’Islam) qui occupent la région de Tombouctou allié à Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ont annoncé le 21 septembre l’ouverture d’une prison pour femmes dans la ville aux 333 saints. Comme en Afghanistan donc où de nombreuses femmes croupissent en prison.

Cette prison abritera les femmes arrêtées au motif qu’elles ne respectent pas le port du voile obligatoire, rapporte le site Afriquinfos. Pour une première arrestation, le mari de la femme emprisonnée pourra venir la chercher à condition qu’il s’engage à ne plus la laisser sortir dans une tenue indécente, c’est à dire non voilée ou parce qu’elle porte du parfum et des bijoux. A la deuxième arrestation la sanction encourue sera très sévère. Outre l’emprisonnement les femmes risquent le fouet et les mutilations.  Selon RFI, les arrestations de femmes ont déjà commencé à Tombouctou.

Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), installé à Gao, ont donc ouvert la chasse aux femmes non voilées, mariées ou célibataires. « Si elles ne sont pas habillées du Toungou, tissu traditionnel du Sahel long de douze mètres et d’un voile foncé, elles risquent d’avoir les oreilles coupées », rapporte le site Terra Femina. Le même châtiment les attend, si elles circulent seules dans la rue au delà de 23 heures.

La police des moeurs mise en place par les nouveaux maîtres de la région, a chargé les imams d’expliquer les nouvelles lois à la population. Quant aux femmes, premières concernées, elles demandent l’aide de la communauté internationale et de leurs compatriotes du Sud du Mali. « Nous ne sommes plus libres. C’est tout. Et personne ne peut pour le moment venir nous libérer. Moi, je ne veux pas la charia. Le Mali est un pays laïc, il doit le rester », résume fataliste une jeune fille de Gao.

Des voix commencent à se faire entendre pour dénoncer les exactions des islamistes et agir solidairement avec les femmes du nord. Des femmes de toutes confessions religieuses, musulmanes, catholiques et protestantes, se sont réunies le 27 septembre à Bamako pour une prière collective sur le thème « Le Mali au dessus de tout ». Rassemblement dont l’objectif est d’ «inciter chaque fils et fille du Mali à abandonner ses intérêts égocentriques pour le bien du pays ».

A noter également les propos du professeur de droit et criminologie et psycho criminologue, Bouréma Kasaye qui qualifie de pseudo justice ce qui se passe aujourd’hui dans le nord, constatant que « les prétendus puritains sont les mêmes individus qui violent les femmes sans défense et pratiquent le mariage forcé. Une autre forme de viol légitimé voire légalisée par la charia de manière sélective ».

Le quotidien de Bamako l’Indépendant rapporte également  qu’une campagne de sensibilisation intitulée « Les femmes du Mali, unissons nous pour la paix », a été lancée par l’ambassadrice de la beauté malienne, Miss ORTM 2012, Zalihatou Maïga elle-même originaire du nord, en partenariat avec l’assocation Kadilan et la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (CAFO).

A signaler enfin le rapport de l’ association internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch qui a écouté de nombreuses victimes des islamistes et raconte leurs témoignages poignants.

Le Festival du Désert de Tombouctou en janvier 2012, avant l'imposition de la charia