En Tunisie, une femme violée n’a pas le droit de se plaindre

L'Auteur

Anne Collet


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« C’est une affaire qui fait honte à la Tunisie », a déclaré l’une des avocates et présidente de l’Association tunisienne des Femmes démocrates (ATFD)Ahlem Belhadj qui défend la jeune Tunisienne âgée de 27 ans, violée dans la nuit du 3 septembre par deux policiers aujourd’hui incarcérés, mais qui doit répondre devant la justice d’ « atteinte à la pudeu »r.

Cette triste histoire aura peut-être le mérite de réveiller la colère des femmes. Elle pourrait être le détonateur d’une nouvelle révolution, celle des femmes, même si la manifestation qui a eu lieu le 28 septembre sur la place des Droits de l’Homme a Tunis n’a pas rassemblée beaucoup de monde, tout au plus quelques centaines de personnes. Ce rassemblement a toutefois eu le mérite de montrer la détermination des participants. Pour rappel, les femmes ont gagné une manche la semaine dernière contre l’islamisation en cours en Tunisie. L’article 28 du projet de Constitution qui stipulait que la femme était complémentaire de l’homme a été abandonné.

« C’est un sentiment de révolte et de rage qui s’empare de nous quand on s’aperçoit que la justice tunisienne devient complice de criminels coupables de viol. Il est clair que cette basse manœuvre vise à mettre cette pauvre victime sous pression pour l’inciter à retirer sa plainte contre les flics suspectés d’avoir perpétré ce viol », résume ainsi le site d’informations Kapitalis .

La jeune fille a été arrêtée alors qu’elle se trouvait dans une voiture avec son fiancé dans « une position amorale », selon les violeurs présumés. Chose rare en Tunisie elle avait osé déposer une plainte pour viol contre les deux agents, à Ain Zaghouan dans la banlieue de Tunis, où se sont déroulés les faits. Elle a comparu le 2 octobre devant un juge d’instruction dans le cadre d’une information judiciaire qui peut la renvoyer devant un tribunal où elle et son fiancé risquent une peine de six mois de prison ferme. Depuis, a-t-elle raconté, elle reçoit sur facebook ou sur sa messagerie des messages obscènes et des menaces, dont elle connaît la provenance puisque des détails connus des deux seuls policiers violeurs sont donnés.

Pour ATFP et la Ligue tunisienne des droits de l’homme, « il s’agit d’une procédure qui transforme la victime en accusée, qui vise à la terroriser et à l’obliger elle et son fiancé, à renoncer à leurs droits ». Plus largement, les associations de défense des droits de l’homme doutent du sérieux du gouvernement dont la responsabilité est mise en cause, alors qu’il s’était engagé à appliquer le plan national de lutte contre les violences faites aux femmes. Une autre avocate de la jeune fille, Saïba Garrach, a d’ailleurs dénoncé la procédure, estimant que le gouvernement islamiste d’ Ennahda, est responsable « moralement et politiquement » de cette affaire. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ennahda, ces mêmes associations n’ont de cesse de dénoncer le harcèlement de la police envers les femmes portant des vêtements jugés indécents.

Devant le tribunal, une foule était venue soutenir la victime, brandissant des pancartes faisant le parallèle entre voile et viol. «Violée ou voilée faut-il choisir ? », demandait l’une d’entre elle. La liberté de s’habiller comme bon leur semble et ne pas porter le voile est en effet une des revendications les plus répandues chez les femmes. Ce droit leur est reconnu depuis 1957, date à laquelle le Code du Statut Personnel (CSP) instaurant l’égalité entre hommes et femmes, a été promulgué par Habib Bourguiba.

En attendant le juge va continuer ses investigations il décidera de classer l’affaire ou la transférer devant un tribunal compétent . Sa décision sera rendue prochainement lors d’une nouvelle audience.  Le 2 octobre soit un mois après les faits, le Premier ministre, Hamadi Jebali, a enfin fermement condamné le viol et demandé que les policiers soient sévèrement sanctionnés.

Une pétition pour demander que justice soit faite peut être signée sur ce site.

Manifestation pour les droits des femmes à Tunis