A Londres, une belle histoire de solidarité féminine entre athlètes handicapées

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Anne Collet


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C’est la première fois dans l’histoire des Jeux Paralympiques que la république démocratique du Congo (RDC) envoie des représentants, en partie grâce à la Fédération des personnes vivant avec un handicap du Congo (Fenaphaco) qui s’est beaucoup battue pour que des athlètes puissent participer. La délégation en compte deux, Levy Kitambala lanceur de disque et de javelot et Dedeline Mibamba Kimbata, coureuse de fond en fauteuil roulant. « J’ai de la joie parce que c’est la toute première fois que les handicapés congolais peuvent participer aux Jeux paralympiques. Il faut que nous soyons conscients que nous sommes comme tout le monde, que nous pratiquons tous les sports que les valides pratiquent ! », raconte à la presse la jeune Congolaise qui a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine anti personnelle alors qu’elle traversait la frontière de son pays avec l’Angola et dont l’histoire passionne la presse britannique. Ancienne basketteuse, aujourd’hui âgée de trente ans et mère d’un enfant, Dedeline s’est reconvertie dans la course mais n’avait jamais vu de chaise roulante adaptée à son sport avant d’arriver à Londres quelques jours avant l’ouverture des Jeux Olympiques le 27 juillet. Elle compte pourtant prendre part à l’épreuve du 1500 mètres le 3 septembre prochain. Une chaise roulante de course lui a été offerte par une athlète britannique handicapée qui l’a prise sous son aile et l’entraîne, bien que n’étant pas elle-même sélectionnée. Une belle histoire de solidarité interafricaine.

5000 livres, c’est le prix d’une chaise roulante adaptée à ce type d’épreuve, autant dire inaccessible à une personne originaire d’un pays du tiers monde, souligne le quotidien de Londres The Independent. Aujourd’hui grâce à Anne Wapula Strike, Dedeline s’entraîne à Harlow dans l’Essex, en attendant le grand jour.

Kimbata est née dans une famille pauvre de Kinshasa. Elle n’avait que 18 ans quand sa vie a été bouleversée pour toujours. Après avoir perdu ses deux jambes elle a été équipée de prothèses grâce à la Croix Rouge. En 2011, à 29 ans, elle a pris la décision de reprendre le sport avec l’aide d’associations humanitaires installées en RDC. Elle découvre alors qu’elle a véritable talent pour la course en fauteuil roulant. « Je gagnais toutes les courses », dit-elle fièrement. Son talent a été reconnu par le Comité international paralympique (IPC), toutefois, le manque d’argent pour financer un équipement digne de ce nom, ne lui permet pas de le développer complètement. C’est là qu’intervient Anne Wapula Strike, athlète d’origine kényane âgée de 43 ans, victime de la polio quand elle était enfant et citoyenne britannique depuis 2006, participante aux jeux d’Athènes en 2004 en tant que représentante du Kenya. Ayant entendu l’histoire de cette jeune athlète, Anne Strike a donc décidé de tout faire pour que celle-ci puisse participer aux épreuves, en commençant par lui offrir un fauteuil roulant de compétition, équipement que Dedeline n’avait encore jamais vu, précise le Guardian.

Les deux femmes partagent le même objectif et veulent envoyer au monde entier un message « démontrer qu’en Afrique des femmes handicapées ont d’autres capacités, il faut qu’elles puissent saisir leur chance et refuser la compassion ».

A son retour chez elle, Dedeline qui sait qu’elle a peu de chances d’emporter une médaille, compte reprendre très vite l’entraînement en vue d’une sélection aux jeux de Rio en 2016 « pour gagner une médaille », a-t-elle dit au Guardian. Outre son fauteuil de compétition elle repartira en RDC avec une paire de jambes toutes neuves, cadeau d’une association humanitaire britannique.