Apprendre aux Tanzaniens à respecter les albinos

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Anne Collet


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Une alerte pour protéger les albinos a été créée le 21 juillet par une communauté de femmes vivant dans la région de Mwanza (sur la rive tanzanienne du lac Victoria, à l’ouest du pays) lors d’une réunion sur le Genre et Développement, organisée par le Réseau Iledecinet.  L’objectif de ce réseau qui est de lutter pour l’égalité des genres à pris le problème des albinos à bras le corps, Mwanza est en effet la région du pays où les crimes perpétrés contre eux sont les plus nombreux. L’albinisme est une maladie génétique héréditaire qui se caractérise par un déficit de production de mélanine, altérant la couleur de la peau.

Dénonçant « les nombreux maris qui ne veulent plus entendre parler de leur épouse quand elles mettent au monde un bébé albinos », et qui demandent le divorce, Madame Maimuna Yusufu a lancé un appel à la société civile pour aider le réseau à sensibiliser les communautés rurales les plus touchées par ce problème, pour que cesse la chasse aux enfants nés dépourvus de mélanine et pour qu’ils aient les mêmes droits à une vie normale que les autres, dont celui d’aller à l’école. On estime à environ 230 000 le nombre d’albinos vivant en Tanzanie (pour 38 millions d’habitants), dont 8 000 sont enregistrés à la Société des albinos tanzaniens (TAS), créée en 1999. Une grande partie de cette population s’est réfugiée dans la capitale, Dar es Salaam, où la vie est plus sûre que dans les zones rurales.

La Tanzanie est le pays d’Afrique qui compte le plus grand nombre d’albinos. Comme dans de nombreux autres pays, ils sont persécutés pour répondre à une superstition tenace et fort répandue : ils auraient un pouvoir magique. Victimes de sorciers, des parties de leurs corps sont utilisées en décoctions ou en potions diverses, supposées apporter bonheur et prospérité à celui qui les consomme. Il en résulte une chasse aux albinos qui sont enlevés, tués et démembrés, pour être vendus en pièces. Il s’agit d’un business particulièrement lucratif, les morceaux de corps revendus atteignent parfois plusieurs milliers de dollars. Selon la TAS, des familles pauvres, poussées par l’appât du gain, s’arrangent parfois avec les tueurs pour se débarrasser d’un de ses membres atteint.

Le gouvernement tanzanien, le président Jakaya Kikwete en tête, s’est engagé à protéger cette population fragile. D’ailleurs, pour la première fois, une femme albinos, Al Shymaa Kway-Geer, a été élue au Parlement en 2008. En septembre 2009, un procès a fait couler beaucoup d’encre, trois hommes poursuivis pour avoir tué et vendu des parties du corps d’un jeune garçon de 14 ans ont été condamnés à être pendus, une première en Tanzanie.

Depuis que les autorités tanzaniennes pourchassent avec plus ou moins de ténacité les voleurs et dépeceurs d’albinos, ceux-ci sont devenus très actifs au Burundi voisin. Selon l’association Albinos sans Frontières (ASF), dont le siège a été inauguré à Bujumbura le 6 juillet dernier, grâce au soutien financier de l’Union européenne, 18 personnes auraient été tuées depuis mai 2009 sur son territoire. La dernière en date est une jeune fille de quinze ans, Chantal, enlevée dans sa famille, tuée et dépecée à quelques centaines de mètres de son foyer, le 6 mai dernier. Ses meurtriers ont été arrêtés et la Tanzanie a demandé l’extradition du commanditaire. Mais dans ce pays, raconte RFI, les assassins d’albinos semblent bénéficier d’une protection particulière. Regroupés dans une même prison, il se sont tous évadés en 2011. Ce qui laisse « craindre à la communauté que la chasse puisse recommencer », a déclaré l’ambassadeur de l’UE au Burundi, Stéphane De Loecker, cité par le magazine Iwacu, lors de l’inauguration du siège d’ASF. Et d’inviter tous les Burundais à « s’unir pour lutter contre les préjugés et croyances erronées dont sont victimes les albinos ».

Un bébé albinos abandonné dans un orphelinat du Malawi