L’avortement en débat au Maroc

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Anne Collet


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« L’avortement clandestin n’est ni une question politique ni une affaire religieuse. C’est un drame social qui affecte des milliers de jeunes filles, de mineures, de femmes qui n’ont d’autre choix que d’y avoir recours en prenant le risque d’y laisser leur vie. C’est cela un avortement effectué hors du système de santé », a déclaré l’une des participantes au deuxième congrès de L’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC) à Rabat le 12 juin dernier et que cite le quotidien Libération. Pour le professeur Chafik Chraibi, président de l’association et fervent défenseur de la légalisation de l’avortement, « au Maroc le nombre de grossesses non désirées est évaluée à un millier chaque jour », l’échec ou l’absence de contraception étant une des causes évoquées.

Preuve que le sujet est brûlant, nombre d’organisations politiques invitées à ce congrès ont refusé de s’y rendre. En particulier les islamistes du Parti de la Justice et du Développement (PJD), au pouvoir et de l’Istiqlal ainsi que le Mouvement populaire et le Rassemblement national des Indépendants. A l’opposé des députés représentants l’Union socialiste des Forces populaires (USPF), le Parti authenticité et modernité (PAM)

et le parti du progrès et du socialisme (PPS) ont proposé de réfléchir à une loi réglementant les interruptions volontaires de grossesse et appelé à l’adoption d’une loi cadre, souligne le quotidien de Casablanca. Pour l’AMLAC, malgré l’absence de certains partis, il s’agit d’une victoire car pour la première fois des politiques ont accepté de débattre d’un sujet aussi tabou. Des femmes députés ont été unanimes pour demander une révision de la loi en vigueur et surtout proposé que les lois concernant les femmes soient revues. « Le temps est venu de procéder à la révision du Code de la famille et de la loi sur la nationalité. Le temps est aussi venu d’adopter une loi contre les violences faites aux femmes », a notamment déclaré Khadija Elyamlahi, députée de l’USFP, qui va plus loin en demandant que l’éducation sexuelle devienne une matière scolaire.

Le Maroc est très divisé sur la question, pas seulement sur le plan politique. Une association défendant le droit à la vie, refusant toute interruption de grossesse, animée par des médecins voilées vient de voir le jour. Elle s’oppose violemment au Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) qui défend le droit des femmes à disposer de leur corps.

L’AMLAC qui rappelle que chaque jour 400 à 600 marocaines interrompent leur grossesse, insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’encourager l’avortement mais de le contrôler pour qu’il soit pratiqué dans des conditions sanitaires décentes. Au ministère de la Santé, le docteur Alaoui Belghiti, rapporte que l’avortement, quatrième cause de mortalité chez les Marocaines, est un problème majeur de santé publique. 25% des femmes ont recours à l’avortement sans la moindre surveillance médicale et ce, le plus souvent par manque d’argent. Les autres sont pratiqués par des gynécologues privés, des médecins généralistes, des sages-femmes ou des infirmières, mais aussi malheureusement des charlatans. Ce sont eux qui profitent le plus d’un système dont les femmes sont les premières victimes, comme dans tous les pays où l’avortement est illégal.  A ce jour, seul l’interruption thérapeutique de grossesse est autorisée en cas de pathologies graves.

Une fratrie du sud marocain

Mais que dit la loi ? « L’avortement est un crime contre l’ordre des familles et la moralité publique ». L’article 449 du code pénal précise que « quiconque par aliments, breuvage, médicaments, manœuvres, violences ou par tout autre moyen, a provoqué ou a tenté de provoquer l’avortement d’une femme enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, est puni de l’emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 200 à 500 dh (18 à 45 euros). Si la mort en résulte, la peine est la réclusion de dix à vingt ans (art. 450). Si l’individu se livre habituellement à ces actes, les peines sont doublées. Pour l’Art. 453, l’avortement n’est pas puni quand il vise à sauvegarder la vie de la mère à condition qu’il est consentement du conjoint. En l’absence de ce consentement, il faut avoir celui du médecin chef de la préfecture et en cas d’urgence, il suffit que ce dernier soit seulement avisé. Pour l’Art. 454, la femme qui s’est livrée à l’avortement est punie de six mois à deux ans de prison. Pour l’Art. 455, puni l’avorteur de deux mois à deux ans, même si l’acte n’a pas abouti. Et des mêmes peines, le vendeur des produits avortant et les complices d’avortement ».

One Rétrolien

  1. [...] la nouvelle donne. Alors que son parti adoptait, par le passé, des positions assez audacieuses sur l’avortement, ouvrant la porte à une éventuelle légalisation, voilà la ministre de la Famille qui fait [...]