Le harcèlement sexuel, une plaie d’Egypte

L'Auteur

Anne Collet


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La sortie en France du film « Les femmes du bus 678 », réalisé en 2009  par l’Egyptien Mohamed Diab et présenté au dernier festival de Cannes entend dénoncer le harcèlement sexuel dont les Egyptiennes sont perpétuellement victimes dans les lieux publics et les transports en commun du pays. Il raconte la vie quotidienne de trois femmes du Caire confrontées aux attouchements des hommes dans le bus qu’elles doivent prendre ou dans les rues. Le film a le mérite de donner un coup de projecteur sur ce phénomène omniprésent dans la société. L’Egypte est l’un des pays au monde où les agressions sexuelles sur les femmes sont les plus fréquentes, selon une enquête de l’Observatoire du Moyen Orient. Une loi pour lutter contre le phénomène était en préparation en 2010 mais n’a jamais vu le jour.

« Le harcèlement sexuel en Egypte est non seulement une habitude, c’est une épidémie. Il occupe tous les espaces de la société. Des rues sombres jusqu’au lieu de naissance du chapitre le plus récent de l’histoire du pays », à savoir la place Tahrir, souligne la journaliste américaine Sarah A. Topol dans les colonnes du New York Times, depuis le Caire où elle vit et qui sait de quoi elle parle. Sarah Topol raconte comment elle a elle-même été victime d’attouchements sur cette fameuse place. C’était un soir qui devait pourtant être de liesse, car la foule s’était rassemblée pour célébrer le premier anniversaire de la révolution menant à la chute d’Hosni Moubarak.

Le harcèlement sexuel serait donc une épidémie que les chiffres confirment. Une étude menée en 2008 par le Centre pour les droits des Egyptiennes montre que 98% des visiteuses étrangères en ont été victimes. Celles qui vivent en Egypte considèrent que c’est le problème numéro un, surtout quand elles vont tête nue. «Les hommes considèrent que le fait de ne pas porter le voile est une invitation au harcèlement », note une jeune copte de 23 ans, Sarah Mounir interrogée par le magazine en ligne Now Lebanon. De même 83% des Egyptiennes ont été ou sont harcelées, dont la moitié quotidiennement. 62% des hommes admettent qu’ils harcèlent volontiers les femmes et 53% accusent celles-ci de les provoquer. « Peut- être », demande la journaliste, « ai-je eu tort de me promener à 9 heures du soir dans les rues du Caire ? Mais non, j’en ai assez de me poser ces questions. Les Egyptiennes aussi ». Les raisons qui expliquent ce phénomène sont légions et injustifiées. Selon certains, la pauvreté est à l’origine de tout. Les hommes n’ont pas assez d’argent pour payer la dote ou un logement. Ne pouvant pas se marier, ils se sentent frustrés. D’autre part les autorités donnent le mauvais exemple. Les femmes arrêtées pendant les manifestations doivent toujours se déshabiller intégralement et jusqu’à récemment subir un test de virginité.

Le magazine américain Foreign Policy dans un article intitulé « Pourquoi nous détestent-ils ? » déplore que le problème du harcèlement sexuel tout comme plus généralement les droits des femmes aient été les grands absents de la campagne électorale pour l’élection présidentielle du 22 mai. Un véritable non sujet, il n’y avait aucune femme parmi les treize candidats du premier tour. Alors que les femmes sont descendues massivement dans la rue « rien n’a changé depuis la révolution », a d’ailleurs déploré la célèbre militante des droits des femmes Nawal El Saadawi, aujourd’hui âgée de 80 ans.  Quoi qu’il en soit les femmes ne veulent plus se laisser faire, le film de Mohamed Diab en est un vibrant exemple. « Et si la révolution égyptienne était aussi et d’abord une révolution sexuelle passant par l’émancipation de la femme ? » demande fort justement David Fontaine dans le Canard enchaîné.

Des femmes manifestant au Caire

Ce problème du harcèlement sexuel me permet de dresser un parallèle avec un autre pays de la région, l’Iran d’avant la révolution, où il était impossible pour une femme, a fortiori, une étrangère de se promener dans les rues de Téhéran sans que des mains masculines ne la frôlent ou la touchent. Expérience vécue et que personne dans mon entourage ne voulait reconnaitre, allant jusqu’à penser que je prenais mes désirs pour des réalités ! C’était vers la fin des années 70, j’ignore aujourd’hui si cette mauvaise habitude se perpétue. Sans doute que non, la révolution islamique est passée par là.