Les Marocaines manifestent contre la loi qui protège les violeurs

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Anne Collet


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Au Maroc un drame terrible a mis le feu aux poudres. Une jeune fille de 16 ans, Amina Filali, s’est suicidée en avalant de la mort aux rats le 10 mars dernier, elle avait été violée six mois plus tôt. Ses parents l’avaient mariée de force à son violeur pour éviter, à elle et sa famille, la honte d’avoir perdu sa virginité. L’article 475 du code pénal marocain datant de 1962, prévoit en effet que le violeur d’une femme mineure échappe à une condamnation s’il épouse sa victime. Le cas d’Amina n’est malheureusement pas isolé et les mariages arrangés quelques soient les circonstances, ont encore de beaux jours dans le royaume. « La loi avait livré la victime à son bourreau », déplore Nadia Salah, directrice des rédactions Media-éco dans un éditorial au quotidien l’Economiste .

L’article 475 est depuis longtemps dénoncé par les féministes qui demandent son abrogation et depuis le suicide d’Amina les demandes multiplient. Le 17 mars une manifestation à l’appel d’un réseau social anti harcèlement Women Shoufouch et de différentes associations de défense des droits des femmes a eu lieu devant le parlement à Rabat. Aux cris de « halte à la violence contre les femmes. Nous sommes toutes des Amina ! » et « Violez moi, épousez moi, ma vie est vaine je suis marocaine ! », les femmes ont une nouvelle fois demandé l’abrogation de l’article incriminé et de l’article 20 du code de la famille qui autorise le mariage de filles mineures, rapporte le quotidien marocain Libération.

En 2008, « le gouvernement avait fait une tentative de refonte du code pénal pour mettre fin à la violence contre les femmes », précise Houda Bouzil. La présidente pour Rabat de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) dont le mot d’ordre est égalité et dignité, reconnait que celle-ci a tourné court. Women Shoufouch a été crée en août 2011 dans la foulée des Slut Walks, ou marche des salopes qui ont démarré en 2011 au Canada et gagné d’autres pays, pour dire non aux violences sexuelles et aux discriminations. Au Maroc l’association compte 3000 membres.

De son côté le père de la victime a raconté qu’il était opposé au mariage de sa fille mais que sa femme l’avait convaincu de se rendre chez le juge afin d’éviter la honte. Il a participé à un sit-in à Larache près de Tanger, ville d’origine de la famille. Quant au violeur, devenu mari puis veuf de la victime, il a été laissé en liberté. « Le mariage d’Amina Filali est intervenu après des rapport sexuels consentis, la loi a été respectée et elle a donné son accord devant le juge », s’est défendu le ministre de la Justice et des Libertés, Mustapha Ramid.

Le Maroc, membre pour deux ans du Conseil de sécurité de l’ONU, n’est pas à une contradiction près, d’un côté l’article 475 va à l’encontre de la déclaration universelle des Droits de l’homme et de l’autre l’article 19 de la nouvelle Constitution, adoptée en juillet 2011, prévoit l’égalité entre les sexes et bannit toutes formes de discriminations.

« Il est encore trop tôt pour évaluer l’impact de l’arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement (PJD )» a déclaré Amina Lofti la présidente de l’ADFM « mais les premiers signaux sont inquiétants », précise-t-elle dans les colonnes du quotidien français Le Monde. Avec une seule femme au gouvernement, au lieu de trois précédemment, les islamistes au pouvoir font craindre aux femmes un retour en arrière.

En attendant, le quotidien Libération veut croire que « la mort violente d’Amina ne sera pas vaine. La mobilisation continue et le mouvement féminin, les ONG de défense des droits de l’homme et les associations en charge de l’enfance ont décidé de ne pas baisser les bras ».

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2 réactions

  1. Sari
    Le 20 mars 2012 à 17 h 59 min

    outrée ! Comment une telle chose peut-elle etre écrite dans un Code Civil ?

  2. Le 21 mars 2012 à 17 h 36 min

    Ce qui me choque encore plus dans cette histoire déjà terriblement choquante c’est l’absence totale de commentaires comme si le fait qu’une gamine de 16 ans s’est suicidée pour échapper à un mariage forcé avec son bourreau laissait les lecteurs de Slate Afrique indifférents.
    Je savais que la femme était une mineure à vie en islam mais là je me demande aussi si elle n’est pas en fait un simple bien de consommation, un truc dont les hommes ont besoin pour se reproduire mais cela est mieux si elle ne réclame pas un minimum de respect et se laisse faire. A peine humaine en fait…